‹ Mémoires -- (volume 3)Chapitre 37 sur 44 · DERNIERS JOURS DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DE LOUIS XIV

preiicaiit occa:>ion. de leurs larmes, les pria de s'en aller, parce qu'il voulait leposci. Elles, sorties avec le peu qui était entré, le rkleau du lit fut un peu tiré ; et Mme do ]\raintenon passa dans les arrière-cabinets.

T^ lundi 26 août, la nuit ne fut pas meilleure. Il fut pansé, puis entendit la messe. Il y avait le pur nécessaire dans la chambre, qui sortit après la messe. Le Roi lit demeurer les cardinaux de Rohan et de Bissy, Mme de Maintenon resta aussi comme elle demeurait toujours, et avec elle le maréchal de Villeroy, le P. Tellier et le chancelier. Il appela les deux cardinaux:, protestait qu'il mourait dans la foi et la soumisaion do l'Eglise, puis ajouta en les regardant qu'il était fâché de laisser les aîïaires de l'Eglise en l'état où elles étaient, qu'il y était parfaitement ignorant, qu'ils savaient, et qu'il les en attestait, qu'il n'y avait rien fait de ce qu'ils avaient voulu, qu'il y avait fait tout ce qu'ils avaient voulu, que c'était donc à eux à répondre devant Dieu poui lui do tout ce qui s'y était fait, et du trop et du trop peu, qu'il protestait de nf>uveitu qu'il les en chargeait devant Dieu, et qu'il en avait la conscience nette, comme un ignorant qui s'était abandonné absolument à eux dans toute la suite de l'aiïaire. Quel affreux coup de tonnerre] Mais les deux cardinaux n'étaient pas pour s'en épouvanter ; leur calme était à toute épreuve. Leur réponse ne fut que sécurité et louanges ; et le R)i à répéter que, dans son ignorance, il avait cru ne pouvoir mieux faire pour sa conscience que de se laisser conduire en toute confiance par eux, par quoi il était déchargé devant D eu sur eux. Il ajouti que, pour le cardinal de N)iilles, D eu lui était témoin qu'il ne le haïssait point, et qu'il avait toujours été fâché de ce qu'il avait cru devoir faire contre lui. A ce& dernières paroles Bloin, Fagon, tout baissé et tout courtisan qu'il était, et Maréchal, qui étaient en vue et assez près du Roi, se regardèrent et se demandèrent entre haut et bas si on laisserait mourir le Roi sans voir son archevêque, sans marquer par U\ réconciliation et pardon, que c'était un scandale nécessaire cà lever. Le Roi, qui les entt-.ndit, reprit la parole aussitôt, et déclara que uon seulement il ne s'y sentait point de répugnance, mais qu'il le désirait.

Ce mot interdit les deux cardinaux bien plus [que] la cita-

tion que le Roi veuait de leur faire devant Dieu à sa décharge. Mtue de Maiuteuon en fut effrayée ; le P. Tellier eu trembla. Un retour de confiance dans le Roi, un autre de générosité et de vérité dans le pasteur, les intimidèrent. Ils redoutèrent les moments où le respect et la crainte fuient si loin devant des considérations plus préguantes. Le «ilence régnait dans ce terrible embarras. Le Roi le rompit pour ordonner au chancelier d'envoyer sur-le-ehiemp chercher le cardinal de Noailles, si ces Messieurs, en regardant les cardinaux de Rohan et de Bissy jugeaient qu'il n'y eût point d'inconvénient. Tous deux se regardèrent, puis s'éloignèrent jusque vers la fenêtre avec le P. Tellier, le chanceUer et Mme de Mainteuon. Tellier cria tout bas, et fut appuyé de Bissy ; IVIme de Maintenon trouva la chose dangereuse ; Rohan, plus doux ou plus politique sur le futur, ne dit rien ; le chi^ucelier non plus. La résolution enfin ui. de fiair la "cène comme ils l'avaient ccmmeucce et conduite jusqu'alors, en trompant le Roi et se jouant de lui. Ils s'en rapprochèrent, et lui firent entendre avec force louanges qu'il ne fallait pas exposer la bonne cause au triomphe de ses ennemis, et à ce qu'ils sauraient tirer d'une démarche qui ne partait que de la bonne volonté du Roi et d'un excès de déh- ^atesse de conscience ; qu'ainsi ils approuvaient bien Cjue le cardinal de Noailles eût l'honneur de le voir, mais à condition qu'il accepterait la constitution, et qu'il en donnerait sa parole. Le Roi, encore en cela, se soumit à leur avis, mais sans raisonner, et dans le moment le chancelie.i'» écrivit conforméjuent, et dépêcha au cardinal de Noailles.

Dès que le Roi eut consenti, les deux cardinaux le flattèrent de la grande œuvre qu'il allait opérer (tant leur frayeur fut grande qu'il ne levint à le vouloir voir sans condition dont le piège était si misérable et si aisé à découvrir), ou en ramenant le cardinal de Noailles, ou eu manifestant par son refus et son opiniâtreté invincible à troubler l'Eglise, et son ingratitude consommée pour un roi à qui il devait tout, et qui lui tendait ses bras mourants. Le dernier arriva. Le cardinal de Noailles fut pénétré de douleur de ce dernier comble de l'artifice. Il avait tort ou raison devant tout parti sur l'affaire de la constitution ; mais quoi qu'il en fût, l'évéuement de la mort instante du Roi n'opérait rien sur la vérité de cette matière, ni

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