Voyez tome I, p. 284, note d, et ci-dessus, p
2. Jacques de la Grange, ancien commissaire des guerres, protégé par Louvois malgré des actes fort répréhensibles, était intendant de la province d'Alsace depuis vingt ans environ, et avait remplacé en 1693, comme intendant de l'armée d'Allemagne, M. de la Fond, intendant en Franche-Comté. Il fut disgracié au commencement de l'année 1698, et M. de la Fond lui succéda à Strasbourg. Nous ignorons la date de sa mort.
3. Quand une armée se formait sur la frontière, en Flandres, en Alsace, en Dauphiné, en Roussillon, il était d'usage que l'intendant le plus proche l'accompagnât pour y faire le service administratif; pendant son absence, l'intendance de la province était tenue par un subdélégué général.
4. On voit en effet, par la correspondance de M. de la Grange, qui est mêlée avec celle du maréchal et des officiers généraux, dans les volumes du Dépôt de la guerre, que Barbezieux demandait l'avis de cet intendant sur chaque projet et son rapport sur chaque action. II avait d'ailleurs toujours suivi les armées du Rhin et connaissait aussi bien les ressources du pays que les fortifications qu'il avait fait exécuter dans les places fortes. — A propos d'une des campagnes précédentes, où l'autre intendant, de la Fond, s'était permis de critiquer les opérations du maréchal de Lorge, Saint-Simon a fait, sur l'article du Journal de
Préférence de l'avisdel'intendantàceluidu général, qui coûte une irruption des ennemis en Alsace.
i64 MÉMOIRES [1694]
reçut un ordre positif tel que la Grange Tavoit proposé ^ A cela le maréchal de Lorge ne put qu'obéir, et, ne trouvant point de subsistances plus proches que les bords de la Nahe"-, il se mit, avec la première ligne, tout contre Kreuznach^, et envoya Tallard', avec la seconde, au delà de cette petite rivière, guéable partout, dans le Hunds-
Dangeau du 18 avril 1693 (tome IV, p. 268), une espèce de note ou {Add. S-S. 86] d'addition, qu'il y a lieu d'indiquer ici.
4. Primitivement, M. de Lorge avait proposé de transporter toute l'armée en Alsace pendant un mois ou six semaines; puis il se réduisit, sur les calculs de l'intendant, à y faire hiverner un seul corps, pendant que l'armée vivrait dans le Hundsrûck. Le Roi répondit qu'il ne lui semblait même pas nécessaire d'envoyer un corps considérable, qui épuiserait la province. A quoi le maréciial répliqua, le 3 septembre : « De dire que, si l'Alsace donnoit des fourrages un mois durant à un corps, elle ne seroit plus en état d'en fournir l'hiver aux troupes que V. M. y destineroit, pour cela. Sire, ce sont des discours d'intendants qui ne songent qu'à faire décharger leurs provinces pour charger les voisines, sans considérer si c'est le bien des affaires de V. M. » (Dépôt de la guerre, vol. 1266, n^s 49, SI, 63, 72.) On quitta Gau-Bockelheim le 8 septembre ; la deuxième ligne et la réserve, qui se mirent en marche pour le Hundsrûck, comprenaient vingt et un escadrons de dragons, soixante-quatre de cavalerie et cinq bataillons de la brigade du comte d'Hautefort.
2. Cette rivière (Saint-Simon écrit : Naw) prend sa source dans le HundsriJck, coule du S. 0. au N. E., traverse Kreuznach, où elle commence à être navigable, et se jette dans le Rhin (rive gauche) près de Bingen.
3. Kreuznach, ville du Palatinat, à sept lieues environ S. 0. de Mayence et trois lieues S. du confluent de la Nahe. Kreuznach possède des eaux minérales et des salines bien connues.
4. Camille de la Baume d'Hostun, comte de Tallard, né le 14 février 4632, avait été successivement guidon des gendarmes anglais (4667), mestre de camp du régiment Royal-Cravates (4668), brigadier (4677), maréchal de camp (4688), et était lieutenant général depuis 4693. Après la paix de Ryswyk, il fut nommé ambassadeur extraordinaire en Angleterre, eut l'Ordre et le gouvernement du pays de Foix en 4704, fut fait maréchal de France en 4703, gouverneur de Franche-Comté en 4704, duc d'Hostun en 4742, pair en 4745, membre du Conseil de régence en 4747, membre honoraire de l'Académie des sciences en 4723, ministre d'État en 4726, et mourut à Paris le 30 mars 4728.
riick', où nous eûmes des fourrages et des vivres en abondance.
A peine la goûtions-nous, que Tallard reçut ordre de partir aussitôt avec toutes ses troupes, pour aller rejoindre le maréchal de Lorge : c'est que le prince Louis de Bade avoit calculé, sur notre éloignement, qu'il auroit le loisir de faire une rafle en Alsace avant que nous pussions être rejoints, et de se retirer avant que nous pussions aller à lui. Il avoit donc jeté un pont de bateaux sur le Rhin, à Hagenbach^, à la faveur d'une grande île, dans laquelle il avoit mis de l'artillerie, et de ià s'étoit espacé en Alsace par corps séparés. Au premier avis^, le maréchal de Lorge s'étoit porté avec quelque cavalerie jusqu'à Landau, où le maréchal de Joyeuse lui mena ses troupes, et nous partîmes le lendemain de l'arrivée de l'ordre, pour passer la
1 . Le Hundsrùck (dos de chien) est une chaîne de montagnes boisées qui continue les Vosges, s'étend en arc de cercle entre le Rhin, la Nahe et la Moselle, et se termine vers Coblenz.
2. Petite ville du Palatinat, sur la rive gauche du Rhin, à une lieue N. de Lauterbourg.
3. Ce fut le 15 septembre qu'arriva au camp la nouvelle que les ennemis venaient d'occuper, le jour même, Hagenbach abandonné. Le maréchal de Lorge en fut désespéré. « Depuis un ou deux mois, écrivitil au Roi, parlant à M. de la Grange sur ce passage du Rhin, je lui ai dit et répété plusieurs fois qu'il falloit savoir se couper un doigt pour se sauver le bras, et peut-être la vie; et c'étoit sur ce que je souhaitois de tenir sur le Rhin un petit corps, pour avoir toujours la vue sur M. le prince Louis de Bade, tandis que l'armée de V. M. étoit trop éloignée pour empêcher que l'armée ennemie ne prît quelque poste en deçà de ce fleuve. Mais M. de la Grange m'a toujours dit que ce seroit ruiner l'Alsace, et qu'on n'y pourroit point mettre autant de troupes en quartier d'hiver que les autres années, si je prenois ce parti, et de plus qu'il étoit persuadé qu'il étoit impossible aux ennemis de pouvoir faire conduire d'Heiibronn tous les bateaux et toutes les autres choses qu'il leur falloit pour faire un pont sur le Rhin. Et même hier, à deux lieues au delà de Neu-Linauge, en nous en venant, il me dit qu'il garantiroit pour une pistole tout le mal qui pourroit arriver à l'Alsace par le passage des ennemis. » (Dépôt de la guerre, vol. 1260, n» 40S.) Le 17, M. de Lorge arriva à Landau avec douze cents chevaux ; l'armée le joignit le 19.
Nahe et camper le lendemain à Flonheim*. Tallard y eut avis que le prince de Hesse^ se préparoit, avec vingt mille hommes, à l'attaquer le lendemain dans sa marche; mais ce que nous appréhendions, c'étoit de trouver le défilé de Durckheim^ occupé, où* il étoit aisé d'empêcher le passage et de tenir ainsi les deux lignes de notre armée séparées, et par conséquent fort embarrassées, et désoler l'Alsace tandis que la première ligne seule ne le pourroit empêcher, et que la seconde demeureroit inutile.
Dans cet embarras, il se«trouva une cousine de l'homme chez qui j'étois logé, qui arrivoit de Mayence, d'où elle étoit partie la veille, et je le sus de mes gens, qui le découvrirent. Elle ne parloit qu'allemand ; je la menai à Tallard, qui me pria de lui servir d'interprète. Nous sûmes d'elle que les portes de Mayence étoient fermées, qu'on n'y laissoit entrer personne de ce côté-ci, qu'on l'en avoit fait sortir, qu'elle avoit vu quantité de tentes au delà de Mayence, et que des hussards lui avoient dit que c'étoit le prince de Hesse qui alloit joindre le prince Louis. Cela ne nous instruisit guère, et Tallard, n'ayant aucun avis des partis qu'il avoit, en envoya encore deux dehors. Nous avions bien fait quatorze lieues de France^, et n'étions arrivés qu'à huit heures du soir, de sorte qu'il fallut bien donner la nuit au repos, et nous avions encore huit lieues jusqu'aux défilés de Durckheim. Nous marchâmes le lendemain dans la disposition "^ de trouver
1. Localité de la Hesse-Darmstadt, à une lieue N. 0. d'Alzey.
2. Charles, landgrave de Hesse-Cassel, prince d'Hirschfeld,etc., né le 3 août 1654, avait succédé à son père en 1663. 11 commandait, depuis l'ouverture de la campagne, un corps de douze mille hommes environ, séparé de l'armée du prince de Bade. Il mourut le 23 mars 1730.
3. Petite ville au débouché d'une vallée arrosée par l'Isenach et traversée par la route de Neustadt à Mayence, à quatre lieues 0. de Mannheim.