Qui a été ajouté en interligne
arriva à Paris vers la fin de cette année, mérite de n'être pas oubliée. Cet homme illustre est si connu par toute la suite de sa vie, par ses talents et par sa piété sage et éminente, que je ne m'y arrêterai pas : il a laissé des ouvrages d'une instruction infinie % et qui développent le cœur humain avec une lumière qui apprend aux hommes à se connoître, et toute tournée à l'édification et à la parfaite conviction.
Évêque-duc Monsieur de Langres^ mourut presque en même temps. Il de Langres, ^^^-^ simiane, fils et frère de MM. de Gordes^ tous deux
1. Dangeau dit (tome V, p. 308) : « M. Nicole mourut à Paris; c'étoit un homme fort fameux par ses beaux ouvrages, surtout par ses livres de morale qu'il nous a laissés. » Le principal de ces ouvrages était les Essais de morale, mis au jour à partir de 1671, accueillis avec beaucoup de faveur, et qui figurent dans l'inventaire de la bibliothèque de Saint- Simon, publié par M. Baschet, p. 113. De plus, Nicole avait eu une très-grande part à la composition du livre de la Perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'Eucharistie, imprimé sous le nom d'Arnauld, et il avait été également le collaborateur de Pascal, des auteurs des Méthodes de Port-Royal, et celui d'Arnauld pour la Logique. Voyez son éloge dans le Mercure, novembre 1695, p. 304-311, et dans la Gazette, p. 552. Nicole était l'un des moralistes que Mme de Sévigné goûtait le plus; elle écrit à Pomponne, le 24 novembre 1695 : « Nous perdons M. Nicole; c'est le dernier des Romains. » {Lettres, tome X, p. 333.)
2. Louis-Marie-Armand de Simiane de Gordes, premier aumônier de la reine Marie-Thérèse, abbé de la Roue, de Chaage et de Saint-Vincent de Senlis, chanoine-comte du chapitre de Lyon, était devenu évêqueduc de Langres et pair de France en janvier 1671. Il mourut à Paris, où il était venu pour l'assemblée du clergé, le 21 novembre 1695, épuisé, disait-on, par son travail de la Réfutation des principales erreurs des quiétistes. Il avait soixante-dix ans.
3. Guillaume de Simiane, mort en septembre 1642, et François de Simiane de Pontevès de Garces, mort le 23 novembre 1680, à cinquantehuit ans, tous deux titrés marquis de Gordes, faits chevaliers de l'Ordre en 1633 et en 1661, avaient tous deux aussi commandé la compagnie écossaise des gardes du corps, à partir de 1623, et possédé le gouvernement du Pont-Saint-Esprit. Le second avait été nommé lieutenant de Roi et grand sénéchal de Provence en 1656, chevalier d'honneur de la Reine en 1666.
chevaliers de l'Ordre et premiers capitaines* des gardes du Gordes; corps. Le dernier vendit sa charge à M. de Chandenier^, ^* ™°''*' et fut depuis chevalier d'honneur de la Reine. Le père, mort en 1642, faisoit souvent arrêter le carrosse de Louis XIII ; il lui disoit : « Sire, vous ne voulez pas qu'on crève, faites donc arrêter, s'il vous plaît; » et il descendoit pour pisser. Le Roi rioit, et le considéroit. Mon père, qui l'a vu arriver cent fois, me l'a conté. L'autre mourut en 1680; c'est le père de Mme de Rhodes^. Monsieur de Langres fut donc élevé à la cour, et de très-bonne heure premier aumônier de la Reine. C'étoit un vrai gentilhomme, et le meilleur homme du monde, que tout le monde aimoit, répandu dans le plus grand monde et avec le plus distingué. On l'appeloit volontiers le bon Langres. Il n'avoit rien de mauvais, même pour les mœurs, mais il n'étoit pas fait pour être évêque : il jouoit à toutes sortes de jeux, et le plus gros jeu du monde. M. de Vendôme, Monsieur le Grand, et quelques autres de cette volée lui attrapèrent gros deux ou trois fois au billard. Il ne dit mot, et s'en alla à Langres, où il se mit à étudier les adresses du billard, et s'enfermoit bien pour cela, de peur qu'on le sût. De retour à Paris, voilà ces Messieurs
4. C'est-à-dire, capitaines de la plus ancienne des quatre compagnies, celle qui avait été composée d'Écossais, sous le règne de Charles VII, et qui était la « plus distinguée, » nous dit Saint-Simon (tome V, p. 129).
2. François de Rochechouart, marquis de Chandenier, né en 1611, fut d'abord, en 1633, capitaine aux gardes, puis eut la charge de M. de Gordes en 1642. Disgracié sous le règne suivant, en janvier 1651, il se retira dans ses terres, et, quoiqu'on eût commis au commandement de sa compagnie le comte d'Ayen (duc de Noailles), il ne donna sa démission qu'au bout de vingt ans, pour revenir alors à Paris, où nous le verrons bientôt mourir, le 14 août 1696.
3. Anne-Marie-Thérèse de Simiane de Gordes, mariée, le 21 mars 1682, à François-Louis de Simiane, marquis de Moncha, puis, en secondes noces, le 21 avril 1692, à Charles Pot, marquis de Rhodes, qui était grand maître des cérémonies depuis 1662, et qui mourut en juillet 1706. Mme de Rhodes ne mourut que le 2février 1740, à quatre-vingt-cinq ans. L'indicatif c'est vient peut-être de ce que ce passage a été écrit avant 1740.
[I69oJ
Abbé
de Tounerre
évêque-duc de
Langres.
Sa modestie.
[Add. S'-S. ISA]
à le presser de jouer au billard, et lui à s'en défendre, comme un homme déjà battu et qui, depuis six mois de séjour à Langres, n'a vu que des chanoines et des curés. Quand il se fut bien fait importuner, il céda enfin. Il joua d'abord médiocrement, puis mieux, et fit grossir la partie; enfin il les gagna tout de suite, puis se moqua d'eux, après avoir regagné beaucoup plus qu'il n'avoit perdu. Il avoit un grand désir de l'Ordre, et de toutes façons étoit fait pour l'avoir ', et mourut fort vieux sans y être parvenu. Langres fut donné à l'abbé de Tonnerre^, fils du frère aîné de Monsieur de Noyon. Il étoit aumônier du Roi, et servoit auprès de Monseigneur, qui, le lendemain au soir, s'en alla à Meudon, où les courtisans qu'il menoit avoient l'honneur de manger tous, et toujours avec lui. Quand son souper fut servi, et que l'abbé de Tonnerre eut dit le Benedicite, il lui dit de se mettre à table. L'abbé répondit modestement qu'il avoit soupe, car l'aumônier mangeoit devant^ à la table du maître d'hôtel '. « Et pourquoi, Monsieur l'abbé? lui dit Monseigneur. Vous êtes nommé à
•1. La maison de Simiane était des plus anciennes et des plus illustres de la Provence. Voyez sa filiation, depuis le dixième siècle, dans VUistoire généalogique du P. Anselme, tome II, p. 238 et suivantes.
2. Frauçois-Louis de Clermont-Tonnerre, abbé de Thenailles en 1690, avait été nommé aumônier du Roi le 14 septembre 1692. Son oncle, Monsieur de Noyon, dont il était vicaire général depuis 1691, avait demandé pour lui l'évêché de Chàlons, « afin qu'on vit trois pairs du même nom » {Correspondance générale de Mme de Maintenon, tome IV, p. 17); l'évêché de Langres vint à point pour satisfaire ce goût de « symétrie, » selon le mot de Mme de Maintenon. Le Roi nomma en même temps, le 24 décembre 1693, MM. de Noailles et de Tonnerre. Ainsi, sur sept pairies ecclésiastiques, il s'en trouvait deux dans la maison de Noailles, et trois dans celle de Clermont. L'évêque de Langres ne fut sacré que le 14 octobre suivant. Il eut l'abbaye de Bèse en 1706, et mourut le 12 mars 1724, dans un âge fort avancé.