Signée le 7 novembre
I^outeville le suivit partout. Sa valeur et ses mœurs, son activité, tout en lui étoit fait pour plaire au prince, et toutes sortes de liaisons fortifioient la leur. A ce retour en France, Mme do Châtillon reprit sonempire\ Son frère avoit trente-trois ans ; il avoit acquis de la réputation à la guerre, il étoit devenu officier général, et avoit auprès de j\Ionsieur le Prince le mérite d'avoir suivi sa fortune jusqu'au bout, qu'il partageoit avec fort peu de gens de sa volée. Ils cherchèrent donc une récompense qui fit honneur à Monsieur le Prince, et une fortune à Bouteville, et ils dénichèrent'^ ce mariage du second lit de l'héritière de Piney avec M. de Clermont^. Elle étoit laide affreusement et de taille et de visage : c' étoit une grosse vilaine harengère dans son tonneau*; mais elle étoit fort riche par le défaut des enfants du premier lit, dont l'état parut à Monsieur le Prince un chausse-pied^ pour faire Bouteville [Add. S'-S. 69] duc et pair. Il crut d'abord se devoir assurer de la religieuse". Elle avoit souvent murmuré contre ses vœux"; il craignit qu'un grand mariage de sa sœur du second lit ne la portât à un éclat embarrassant : il la fut trouver à sa grille, et, moyennant une dispense du Pape, dont il se
1. Elle conserva tous ses agréments jusque dans un âge avancé. En 1073, Mlle de Scudéry la trouvait « plus charmante que tout ce qu'il y a de jeune à la cour. » En 1678, à l'armée de son frère, où elle alla pour quelque négociation secrète, on la comparait à Armide.
"2. La phrase est elliptique; il faut entendre : « Ils dénichèrent [la fille née de] ce mariage, etc. »
3. Comparez le passage correspondant (p. 20 et 21) des Mémoires pour servir à Ihistoire du maréchal duc de Luxembourg, publiés à la Haye en 1738.
4. Sorte de demi-tonneau dans lequel s'asseyaient les marchandes en plein vent. Ce sens n'est pas indiqué par Furetière ; M. Littré n'en donne que l'emploi fait par Saint-Simon, qui se servira encore de la même comparaison lors de la mort de Mme de Luxembourg, tome III, p. 70.
o. Chausse-pied « se dit figurément des choses qui donnent de la facilité à eu faire une autre. » [Furetière.)