‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 189 sur 427 · IH9S · texte numérisé non relu

IH9S

DE SAIiNT-SIMoX.

11 arriva à Meudon une scène fort étrange^ On jouoit après souper, et Monseigneur s'alla coucher; assez de courtisans demeurèrent à jouer ou à voir jouer. M. le prince de Conti et le Grand Prieur"^ étoient des acteurs. Il y eut un coup qui fit une dispute. On a déjà vu en plus d'un endroit'^ que ce prince et MM. de Vendôme ne s'aimoient pas, et d'une manière même assez déclarée. La faveur de M. de Vendôme, qui ne l'étoit pas moins*, sa préférence sur les princes du sang pour le commandement des armées, ses rangs et ses distinctions crus à pas de géant, touchant presque le niveau des princes du sans:, avoient tellement augmenté l'audace du Grand Prieur, qu'il lui échappa dans la dispute une aigreur et des propos qui eussent été trop forts dans un égal, et qui lui attirèrent^ une cruelle repartie, où le prince de Conti tançoit à bout portant et sa fidélité au jeu et son courage à la guerre, l'un et l'autre, à la vérité, fort peu nets*'. Là -dessus, le Grand Prieur s'emporte, jette les cartes, et lui demande satisfaction, l'épée à la main, de

•1. Cette scène se passa le 28 juillet, selon le récit de Dangeau (tome YI, p. 387-388, 390 et 39-2-393), que Saint-Simon suit encore ici, le 27, selon M. de Sourches (tome VI, p. 49-o4). On la trouve aussi racontée dans une lettre de Madame que je citerai, dans une lettre de Racine à son tils {Œuvres, tome Vit, p. 269), dans la Gazette d'Amsterdam, n° lAiii, dans les Annales de la cnnr, tome II, p. 4U0-402 et 406-407, etc. Quelques pièces relatives à ce conflit, entre autres la relation envoyée à Venise par l'ambassadeur Erizzo (copie des Dépêches vénitiennes, filza 491, p. 263-263 et 279-282), ont été réunies dans le tome X des Archives de la Bastille, p. 'I73-17o. Jal avait reproduit, sans connaître les faits, l'ordre d'envoi du Grand Prieur à la Bastille et l'ordre de mise en liberté {Dictionnaire critique, p. 1241).

2. Philippe de Vendôme, frère cadet du duc : tome I, p. 303. ÎNous avons déjà vu les deux frères prendre querelle au jeu, chez Mme d'Armagnac, avec Roquelaure (tome II, p. 246-230), et le second, eu 1698 même (ci-dessus, p. 67-68), contester la préséance à l'ambassadeur anglais.

3. Notamment tomes I, p. 279-304, II, p. 183, 232, 246 et 288-291, IV, p. 437 et 444.

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