‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 191 sur 427 · Premier gentilhomme en survivance : ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Premier gentilhomme en survivance : ci-dessus, p

4. Il y eut deux scènes, ef non pas une seule, d'après les récits de

[1698] DE SAINT-SIMON. 3l.-i

Le lendemain, 30 juillet, M. de Vendôme arriva d'Anet, eut audience du Roi, et de là alla chez ÎM. le prince de Conti. Ce fut un grand émoi à la cour. Les princes du sang- prirent l'affaire fort haut, et les bâtards si embarrassés', que, le 2 août, M. du Maine et M. le comte de Toulouse allèrent voir M. le prince de Conti. Enfin l'affaire s'accommoda à Marly. Le 6 août, le matin, Monseigneur pria le Roi de vouloir bien pardonner au Grand Prieur et le faire sortir de la Bastille, et l'assura que M. le prince de Conti lui pardonnoit aussi. Là-dessus, le Roi envoya chercher M. de Vendôme : il lui dit qu'il alloit faire expédier l'ordre pour faire sortir son frère de la Bastille; qu'il pourroit, le lendemain, l'amener à Marly, où d'abord il vouloit qu'il allât demander pardon à M. le prince de Conti, après"' à Monseigneur ; qui! le verroit ensuite, et que, de là, il s'en retourneroit à Paris. Il ajouta qu'au retour à Versailles, le Grand Prieur pourroit y venir'. La chose fut exécutée de point en

Madame, de Racine, de l'ambassadeur Erizzo et des Annales de la cour, et, par hasard, Dangeau, que suit notre auteur, se trouve n'être pas exact. Ce fut seulement le lundi 29 que les choses prirent une tournure plus vive. Ce jour-là, comme le prince de Conti traversait seul la cour de Meudon, le Grand Prieur alla lui demander raison. Le prince de Conti se fâcha tout rouge; et dit : « Tout autre, quel qu'il puisse être, que j'aurais offensé, je lui ferais raison ; mais, pour vous, misérable, je vous méprise trop pour cela. Allez à la tranchée de Barcelone ! » Tout Meudon accourut. Les deux adversaires se mirent tellement en colère, qu'ils se reprochèrent ce qu'ils savaient l'un de l'autre, et s'injurièrent comme des palefreniers. Le prince se rendit incontinent chez Monseigneur, puis chez le Roi, et leur raconta tout. Le Grand Prieur voulut en faire autant ; mais M. le Dauphin refusa de le voir, ainsi que le Roi, qui lui fit dire d'aller prendre ses ordres chez M. de Pontchartrain. On avait déjà expédié la lettre de cachet pour la Bastille, qui a été publiée par Jal et par Ravaisson. Le soir même, à neuf heures, le Grand Prieur s'y rendit.

1. il faut sousr-entendre un verbe : se trouvèrent, ou furent. — Le h d'embarrassés corrige un p.

-2. Après est en interligne, au-dessus d'ensuite, biffé.

3. Tout cela est copié presque textuellement du Journal de Dangeau.

point de la sorte le lendemain jeudi, 7 août, les deux pardons demandés et en propres termes, et M. de Vendôme présent avec son frère. Ce ne fut pas sans que nature pâtit cruellement en tous les deux; mais il fallut avaler le calice et calmer les princes du sang, qui étoient extrêmement animés \ L'électeur de Pendant les jours de cette querelle^ un envoyé de Saxe reconnu l'électeur de Saxe qui venoit d'arriver^ à Paris eut au-

01 de Pologne i t. • p i i-

par le Uoi. dience du Roi, et son maître lut publiquement reconnu ici roi de Pologne'.

1. Dangeau dit : « M. de Vendômo s'est comporté dans toute cette affaire avec beaucoup d'esprit et tant do sagesse, qu'il a désarmé les princes du sang, qui étoient foT"t animés. » {Journal, tome VI, p. 393.) Dans ses notes de l'année 1698 (Arch. nat., M 757, p. IO0-IO6), le P. Léonard ajoute quelques détails sur raccommodement : « ....Pendant le temps de sa détention (du Grand Prieur), M. le duc de Vendôme, son

frère aine, fut toujours eu mouvement Le 12..., S. M., l'ayant fait

entrer dans son cabinet, lui fit une forte mercuriale du manque de respect qu'il avoit eu pour M. de Conti, prince du sang, et pour Mgr le Dauphin, dans la maison duquel il s'étoit emporté. Le Grand Prieur a demandé pardon à Mgr le Dauphin de son emportement dans sa maison. 11 a embrassé les genoux de M. le prince de Conti, en lui demandant pardon ; qui lui dit qu'il lui pardonnoit, qu'il ne songeoit plus à ce qui s'étoit passé entr'eux, et qu'il vouloit vivre avec lui en bonne amitié — Le Grand Prieur alla ensuite à l'hôtel de Condé, von- les princes du sang, savoir : Monsieur le Prince et M. le duc de Bourbon, son fils, pour leur demander pardon de ce qui lui étoit arrivé avec M. le prince de Conti. » Les rapports de l'ambassadeur Erizzo font connaître que le duc du Maine, quoique allié au prince de Conti, et le comte de Toulouse, tous deux intéressés à la cause des bâtards, prirent la défense du Grand Prieur, comme Saint-Simon le raconte.

'i. Journal de Datujeau, ^29 juillet (tome VI, p. 388) : « Le Roi, après son lever, donna audience au général Jourdan, envoyé du nouveau roi de Pologne. Il eut audience ensuite de toute la maison royale. •> C'était un livonien, major général dans les troupes de l'Électeur. Il est appelé Jordan par la Gazette d' Amsterdam (n° lxiu) et par le Mercure historique et politique, qui reproduit ses discours (tome XXV, p. 44.")- 447), et Jordanis par le baron de Rreteuil, dans ses mémoires sur les réceptions d'ambassadeurs (ms. Arsenal 3860, p. 207).

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