Furetière ne«donne pas cette locution
6. Littré ne cite que cet exemple de mignardise, taudis qu'il relève des emplois fréquents d'abandonné (à la ligne suivante et quatorze lignes plus loin) pris substantivement an sens de : qui ne connaît pas de IVein, dans Bourdaloue, Molière, Pascal, Voltaire et Montesquieu.
bordé à faire trembler les plus abandonnés. Leurs plaisirs, leurs regrets, leurs désirs, leurs espérances\ tout y étoit au naturel et au plus effréné. Je ne crois pas qu'il se dise tant d'abominations en plusieurs jours dans les plus mauvais lieux'-. Cela, et l'aventure qui causa la démission, auroit^ suffi, ensemble et séparément, pour faire jeter ce malheureux Gervaise dans un cachot pour le reste de ses jours, à qui l'auroit voulu abandonner à la justice intérieure de son ordre. Nous nous en promîmes tous le secret, les quatre qui le savions et ceux à qui il fallut le dire*; mais M. de Pontchartrain crut, comme nous, qu'il falloit déposer le chiffre et le déchiffrement à Monsieur de Paris, pour s'en pouvoir servir si l'aveuglement de cet abandonné et ses intrigues ôtoient toute autre ressource. Je portai^ donc l'un et l'autre chez
i. Espérance, au singulier, dans le manuscrit.
•2. Chateaubriand, dans sa Vie de Rancé (p. 249), nie la possibilité de ces « ribauderies » en chilTre. Toujours est-il que le fond des accusations qui achevèrent de perdre dom Gervaise fut divulgué, au moins en gros, puisque, l'affaire finie, Dangeau la résuma en ces quelques lignes : « Le P. Agathe Ange accusé d'avoir eu une mauvaise conduite. On a recherché sa vie. L'ancien abbé, qui avoit été son meilleur ami, a cru avoir sujet de s'en plaindre. On prétend qu'il l'a convaincu sur plusieurs mauvais commerces ; ou l'a ôté de la maison, et on l'envoie à Septfonds. » (Journal, 24 juin 4699, tome VII, p. 102».) — Quant à la gravité des faits dont notre auteur fait entendre que dom Gervaise se serait rendu coupable, soit avant, soit depuis son entrée à la Trappe, on peut voir, dans la relation de la mort de dom Muce i)ar Rancé lui-même et dans la lettre que cet abbé écrivit au même propos, vers 1694 (ms. Fr, 24123, fol. 59-61), que la Trappe donnait asile à des pécheurs vraiment couverts d'abominations; mais est-il vraisemblable que ces faits de 1698 aient pu se passer dans une maison sévèrement tenue, cL qu'ensuite, maintenu provisoirement dans sa dignité et son autorité, dom Gervaise ait confié un pareil message à un porteur aussi peu discret et habile?