Mme rie Maintenon au cani]) de Compiègne
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9 septembre 1698. — Ce camp de Coiupiègne, qui, pour des marionnettes que le Roi voulut se donner, et plus encore à Mme de Maintenon, sous le nom de M. le duc de Bourgogne et de son instruction, devint un spectacle effrayant de magnificence et de luxe, (|ui étonna l'Europe après une si longue guerre et qui ruina troupes et particuliers, les uns pour longtemps, d'autres à ne s'en jamais relever; cette attaque de Compiègnc donna aux étrangers accourus sans nombre, et même aux François, un' autre sorte de spectacle qui demeura peint et imprimé dans la tête de ceux qui le virent, bien des années après. Le Roi étoit sur le cavalier, c'est-à-dire sur im endroit un peu plus élevé du rempart de Compiègne ou de la terrasse qui est de plain pied à son appartement, qui sert d'unique jardin et qui a vue sur une vaste campagne qui est entre la ville et la forêt. Toute la cour, hommes et femmes, étoit en haie sur plusieurs rangs, debout le long de cette terrasse, et toute l'armée en plusieurs' lignes au bas : ainsi le Roi étoit vu à découvert de toute l'armée et de toute sa cour. Il étoit debout, un bras appuyé sur le haut d'une chaise à porteurs fermée, dans laquelle étoit Mme de Maintenon, à qui il expliquoit tout, et lui parloit à tout moment. A chaque fois, il se découvroit, se baissoit à la hauteur d'une glace de côté, dont Mme de Maintenon tiroit quatre doigts au plus, et la repoussoit dès que le Roi se relevoit; et le nombre de fois que cela arriva fut innombrable. Mme la duchesse de Bourgogne étoit assise sur un des bâtons de la chaise en avant ; des deux côtés de la chaise, les princesses du sang, et les dames debout, en haie et bien parées. Cela dura bien près de deux bonnes heures. Pendant ce temps-là, Canillac, colonel du régiment d'infanterie de Rouergue, venant, de la part de Crenan, demander quelqu'ordre au Roi, entra par une petite porte faite exprès au bas du cavalier et le monta par le roide droit au Roi, qu'il trouva vis-à-vis de lui. Comme il avoit toujours demeuré tout au pied de la muraille, il n'avoit rien vu de ce qui étoit sur le cavalier. Il l'aperçut donc en entier et d'un seul coup d'œil en le montant, et il en demeura surpris de telle sorte, que, la machine suivant l'impression de l'âme, il resta court, sans parole et sans oreilles ; il fut assez longtemps sans pouvoir se remettre. Il s'expliqua, il entendit aussi peu, et l'edescendit si plein de la vision qu'il venoit de voir, qu'il ne pouvoit s'en remettre. Elle fît grande impression sur chacun, et plus de bruit que la prudence ne le devoit permettre.