‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 297 sur 427 · ADDITIONS DE SAINT-SIMON AU JOURNAL DE DANGEAU · texte numérisé non relu

ADDITIONS DE SAINT-SIMON AU JOURNAL DE DANGEAU

dont lasœurétoit mère de ce comte de Beauvau qui, par sa femme plus que par lui, a fait une si grande fortune en Lorraine en biens immenses, et, par M. de Lorraine, a élc fait prince par l'Empereur, et grand d'Espagne par Philippe V. Ce Charmel se poussa à la cour par le jeu, où il fut également fidèle et heureux, se fit des amis, réussit auprès du Roi, et fut lié avec tout ce qu'il y avoit de plus considérable. On en voit quelque chose en l'article de M. de Créquy'. Au milieu de la vie la plus agréable et la plus entraînée. Dieu permit que, sans dessein, il lût le Traité de la vérité de la religion chrétienne d'Abbadie, qui le toucha au point de prendre la résolution de tout quitter; il l'exécuta avec un courage et une générosité héroinue, et résista au Roi, qui le voulut retenir, et à qui, seul, il en fit la confidence. Il se logea dans une maison qui entroit dans l'église de l'Institution des Pères de l'Oratoire, oi^i il ne s'appliqua plus iiu'à toute sorte de bonnes œuvres, qu'il soutint par une austérité de vie incroyable, qui ne fit qu'augmenter, et qui n'avoit cà l'extérieur que les dehors de la vie la plus commune. Nous le verrons exilé à la fin. C'est assez de lui présentement. Il né fut jamais marié.

2(39. Dom Gervaise, abbé de la Trappe.

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G novembre 1687. — Ce P. Agathe Ange^ Gervaise étoit un carme déchaussé qui s'étoit jeté à la Trappe ne pouvant plus demeurer dans son ordre par les désordres secrets de sa vie, et si secrets, que M. Bossuet, évoque de Meaux, dans le diocèse duquel il avoit fort prêché, le vanta infiniment à M. de Rancé, abbé réformateur de la Trappe, sur le témoignage duquel il le reçut. Il avoit tous les talents désirables, et fut quelques années l'édification de la maison : tant qu'enfin, Monsieur de la Trappe s'étant démis, et le religieux qu'il avcit^ fait abbé à sa place par la protection et la nomination du Roi étant mort peu de mois après, il crut ne pouvoir faire un meilleur choix que de ce carme, qui gouverna bien quelque temps ; mais, se voyant maître, il en abusa en toutes façons, et traita Monsieur de la Trappe avec une telle indignité, qu'elle lui servit à se maintenir en place par la frayeur qu'eut ce grand homme de trouver quelque satisfaction personnelle à le faire ôter, quoiqu'il vit la maison prête à être renversée. Enfin il arriva chose qui força la conscience de Monsieur de la Trappe d'accepter sa démission, qu'il lui vint apporter deux heures après, de crainte de pis, et sa conduite vagabonde, errante, etc., redoutée de tous les lieux où il demeuroit, n'a encore montré que le moins triste côté de ce personnage.

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