‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 355 sur 427 · ImUspcnuahte, au singulier, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

ImUspcnuahte, au singulier, dans le manuscrit

veuves. Si celle-ci se proposa ce but, c'est ce qui ne [se] peut ni assurer ni nier; mais il est certain qu'elle ne se fût pas contentée d'un mariage inconnu et caché, ni Mme de Maintenon, sa bonne amie, de la voir reine déclarée, ayant elle-même perdu depuis si longtemps toute espérance de l'être de la même façon publique. Si la princesse eut ce dessein, elle eut assez bon esprit pour n'en rien espérer de la part de la France, et pour n'en pas faire le moindre semblant à qui que ce fût en Espagne; mais la frayeur qu'on en eut engagea le Roi à presser son petit-fils de se remarier. Soit que Mme des Ursins eût eu, ou non, l'espérance d'être reine, ou qu'elle eût compris l'impossibilité ou le danger d'y parvenir, elle pensa elle-même à remarier le roi pour elle-même, c'est-à-dire à une princesse qui lui eût toute l'obligation de ce mariage, et qui, en même temps, fût, de soi, si médiocre et si destituée d'appuis, qu'elle eût toujours besoin d'elle et ne pût troubler sa toute-puissance. M. de Vendôme avoit fait recrue, en Italie, d'un abbé Alberoni', par l'indignation que l'évèque de Parme avoit conçue, envoyé par son maître vers lui, d'avoir été reçu et obligé à traiter avec lui sur sa chaise percée et d'avoir vu son derrière en plein en se levant, parce qu'il le lui montra en se plaignant des pustules que la chaleur du pays, disoit-il, lui avoit élevées dessus. En la place de l'évèque, M. de Parme envoya Alberoni, fils d'un jardinier, qui s'étoit élevé par son esprit et son manège, qui vit et admira le cul du duc, au lieu d'en être offensé comme l'évèque, qui espéra une meilleure fortune en changeant de maître, et qui, passant légèrement sur les bastonnades que la jalousie des autres domestiques lui attira, posséda M. de Vendôme jusqu'à sa mort et demeura après à Madrid, résident de Parme, parce qu'ayant été l'entremetteur de bien des choses entre M. de Vendôme et Mme des Ursins, il en étoit connu fort familièrement, et que M. le- duc de Parme en crut tirer plus d'avantages que par un autre nouveau. 11 ne s'y trompa pas, et ni l'un ni l'autre n'auroient osé imaginer la fortune incroyable qu'ils en tirèrent tous deux. La princesse de Parme parut à Mme des Ursins, par les raisons qui ont été touchées, celle qu'il lui falloit pour une reine d'Espagne. Sa double bâtardise ne put être un obstacle à ses vues ; la mère de cette princesse étoit sœur de la mère de l'Empereur, de la reine d'Espagne veuve de Charles II, de la feue reine de Portugal et du dernier électeur palatin. Si Alberoni lui en donna la vue, ou si elle la prit d'elle-même, c'est ce qui n'a point été su. Elle en écrivit en France, où le scandale de l'alliance céda à la nécessité d'en faire une et de ne la pouvoir espérer qu'au gré et par l'entremise de la princesse des Ursins. L'affaire fut donc bientôt conclue; mais voici l'énigme que personne n'a pu encore bien démêler''. Ce qui

1. Mémoires, tome IV de 1873, p. 3S7-388. •2. M. le est écrit en surcharge sur d'autres mots illisibles. 3. Mémoires, tome XI. p. 7:>-84 ; Aildition .tm Joinxnl dr D'iiif/cnu, tome W, p. 33(1-340.

Sl-2 APPENDICE VI.

est de vrai, c'est que, comme la princesse de Parme entroit en Espagne, le Roi dit à Marly quelques mots ambigus sur Mme des Ursins, en parlant à Torcy, qui donnèrent curiosité et torture. Ce qui est vrai encore, c'est que Mme de Maintenon, et conséquemment le Roi, avoient totalement changé à son égard depuis la folle tentative de la souveraineté. Ils gardoient les apparences ; mais des traits échappés en plusieurs occasions montroient un fonds de dégoût et d'impatience bien différent, s'il faut parler ainsi, de l'affolement passé, et le* peu de surprise, jointe à la froideur avec laquelle ils reçurent la nouvelle de sa catastrophe, donnèrent fort à penser qu'ils y avoient eu part. Jamais il n'y en eut de pareille. Le subit, la conjoncture, le moment, la saison et le temps, en un mot toutes les circonstances, la rendirent également surprenante et accablante ; et cette reine postiche, depuis tant d'années publiquement et à découvert toute-puissante et régnante, se vit briser comme le plus foible roseau, injuriée, insultée, arrêtée, livrée à la rigueur des frimas du mois de décembre, à l'horreur de la nuit, à l'incertitude des chemins, à la nudité de toutes choses, par une étrangère, en l'abordant, qui, de guet-apens-, lui fait une querelle, et par une princesse qui, sans appui de personne, et, pour cela, choisie par elle, lui doit toute sa grandeur, qui, au premier moment qu'elle l'aperçoit, l'appesantit et la déploie sur elle, non seulement toute entière, mais usurpe celle qu'elle n'avoit pas. On se dispensera ici d'un récit si connu et qui ne sera omis dans aucune histoire. On se dispensera aussi des immenses réflexions.

« Arrivée à Rayonne dans l'état de corps et d'esprit qui se peut imaginer, mais constamment soutenue de la plus grande force de courage, elle y attendit quelques jours la permission d'aller à la cour, et s'y achemina après à petites journées, et arriva enfin à Paris, chez son frère le duc de Noirmoutier^. Pendant ce voyage, M. le duc d'Orléans résolut de lui faire sentir ce qu'il étoit, et Madame, quoique auparavant amie de Mme des Ursins, l'y fortifia plus que personne. Ils déclarèrent qu'ils ne la verroient point, la défendirent à tout le Palais-Royal, et ils exigèrent des personnes qui leur tenoient par une amitié marquée de se la défendre aussi. Ils allèrent plus loin : ils obtinrent qu'elle ne coucheroit point à A'ersailles, qu'elle ne s'y trouveroit en aucun lieu de cour, ni public, où ils fussent, qu'elle ne seroit d'aucun voyage, ni de Marly; en un mot, qu'elle ne verroit le Roi que pour lui parler en audience, et le moins qu'il se pourroit. Et tout cela fut littéralement exécuté. Ce ne fut plus cette espèce de reine étrangère à qui le Roi faisoit les honneurs de sa cour, qui traitoit d'affaires avec clic tête à tète, qui lui envoyoit ses ministres, à qui tout faisoil la cour, qui en avoit

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