‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 356 sur 427 · Saint-Simon écrit : guet à pend · texte numérisé non relu

Saint-Simon écrit : guet à pend

3. Mémoires, tome XI, p. 10'j-ll7; Aïklition au Joiinuil de Uaiif/cau, lonie XV, p. 3filt.

une dans Paris de tout ce qui étoit le plus distingué, qui étoit consultée ', dont les paroles et les rares '- visites faisoient l'orgueil des uns et la jalousie des autres, à qui les princesses les plus immédiates du Roi prenoient à tâche de plaire, qui brisoit toutes les coutumes et tous les usages ordinaires pour sa distinction ou sa commodité, qui montroit en tout son autorité dans la cour, et dont, pour tout dire en un mot, Mme de Maintenon étoit presque la complaisante. Toute la grandeur et l'éclat avoit disparu, pour ne laisser voir qu'une exilée sans ressource, sans appui, sans consistance, et une errante sans savoir encore où se retirer et à l'emprunt de tout en attendant. Un reste de considération, et peut-être la curiosité encore davantage, lui attira d'abord beaucoup de monde en suspens de son ancienne faveur; mais on ne tarda pas à être détrompé sur sa durée. Elle languit après l'audience qu'elle attendoit ; elle ne fut guère que d'une demi-heure chez le Roi, et d'une heure chez Mme de Maintenon, sans aller nulle autre part, que diner chez Torcy, et sans coucher à Versailles. Mme de Maintenon ne pouvoit plus se servir d'elle en Espagne, et, si le Roi n'avoit point influé à son expulsion, il étoit dégoûté d'elle par l'excès de folle ambition qui l'avoit portée 2 à tenter de se faire souveraine, et par la crainte qu'il avoit eue qu'elle n'épousât publiquement son petit-fils, dont cela lui avoit arraché son consentement, faute de mieux, à un mariage qui lui déplaisoit et qu'il n'avoit soutl'ert que comme un remède qui ne se pouvoit différer contre cette crainte. Quelque haine que Mme de Maintenon marquât pour M. le duc d'Orléans, elle eut encore plus de frayeur de laisser rapprocher de la cour une femme de cet esprit et de ce caractère, dont la figure ne sentoit point son âge et qui étoit si propre à amuser le Roi, et si capable, une fois introduite, de le mener bien loin. Ce même exemple en étoit en Mme de Maintenon, que le Roi avoit commencé par ne* pouvoir souffrir, qu'il avoit souvent proposé à Mme de Montespan de renvoyer, qu'il lui avoit tant de fois reproché avec aigreur de garder, et qui enfin étoit devenue ce qu'on la voyoit être et durer depuis tant d'années ; et elle ne l'oublioit pas sur les autres dont elle croyoit avoir lieu de se garder. Ces deux audiences furent donc polies, mais sèches, et finirent toutes deux par le conseil de retourner en Italie après avoir pris un sufïisant repos ^; et toutefois des offres de service en Espagne pour l'assurance d'une pension coflsidérable, qu'elle obtint en effet. Elle étoit arrivée vers la mi-février l7lo, et demeura chez M. de Noirmoutier jusqu'à la fin de juillet ; elle n'avoit été qu'une seule fois à Versailles. Le monde, qui la voyoit délaissée de la cour et qui avoit satisfait sa première curiosité, l'abandonna; elle demeura réduite aux amis de son frère et au petit nombre des siens qui avoient eu honte de

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