‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 361 sur 427 · LE MARÉCHAL DE CASTELNAU · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE CASTELNAU

(Fragment inédit de Saint-Simon*.)

" Le maréchal de Castelnau fit son apprentissage en Hollande, sous le marquis^ d'Hauterive, colonel général des troupes auxiliaires françoises, puis servit en cinq grands sièges jusqu'en 1641, se trouva au combat de Fribourg 1644, et servit l'année suivante de maréchal de bataille à celle de Nordlingue*, puis de maréchal de camp, et fut, en 1647, gouverneur de la Bassée, et de Brest en 1648, vit après six grands sièges, et se trouva aux lignes d'Arras 1634 ; il commanda l'aile gauche de l'armée victorieuse de M. de Turenne à la bataille des Dunes ou de Dunkerque, que Monsieur le Prince et les Espagnols vouioient secourir, 14 juin 1638, et fut blessé à mort deux jours après, devant cette place. Le cardinal Mazarin, pressé de le faire maréchal de France, consulta les chirurgiens, et, sur ce qu'ils l'assurèrent qu'il n'en pouvoit pas revenir, lui fit donner le bâton. Il mourut en effet à Calais, le 13 juillet suivant, à trente-huit ans. C'étoit un très galant homme, et de très grande espérance. De Marie Girard, qui n'étoit rien et qui mourut en 1696^, il ne laissa qu'un fils et une fille, mère du dernier maréchalduc de Gramont et de la maréchale-duchesse de Boufflers, et un fils, qui, avec la beauté de sa sœur, contribua extrêmement à son mariage; il fut gendre du maréchal Foucault, et mourut à vingt-sept ans, en 1672, d'une blessure reçue devant Ameyden^, ayant un régiment de cavalerie. Il ne laissa que deux filles : l'une, mariée en province au seigneur de Murât; l'autre, chanoinesse d'Épinal, qui prétendoit fort à la beauté. Je ne puis oublier que leur mère, fort grosse et courte, et qui venoit quelquefois à la cour sans savoir pourquoi, se trouvant un soir à ce cercle debout que le Roi tenoit un instant au sortir de son souper avant que d'entrer dans son cabinet, y pissa si étrangement sous elle, que les ruisseaux en coulèrent de tous côtés, que ses jupes et bas de robe en demeurèrent trempés, et que les garçons bleus vinrent, avec

1. Ci-dessus, p. 122. Comparez deux Additions au Journal de JhingeaK, tomes IV, p. 443, et V, p. 43'J.

2. Extrait des notices sur les MARiiciiAux de France, vol. 45 des papiers de Saint-Simon (aujourd'hui France 200), fol. 14'J v.

3. Saint-Simon écrit en abrégé: « le M. de Castelnau «, et: « le M. d'Hauterive ».

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