Lettre sans date, qui peut être du mardi 8 mai
'ô. Journal de Daiiycau, tome VIII, p. 137. — C. Ibidem, tome I, p. 53.
vreuse, Mme de Soubise, Mme de Seignelay et Mme de Montchevreuil ; mais, dans la suite, on sut que Mme de Soubise ne devoit pas faire le voyage*. » D'ailleurs, un accès de goutte coupa court à tous les projets du Roi.
En somme, Dangeau et le marquis de Sourches parlent peu de Mme de Soubise dans le train quotidien de la cour : le Journal mentionne en 4690 son assistance à une représentation cVEsther et son premier Marly ; sa présence aux voyages de Flandre en 1692 et 1693- ; son installation, en 169o, dans un nouvel appartement du château de Versailles^; sa présence au voyage de Compiègne en 1698; entin, l'acquisition, moyennant trois cent cinquante mille livres, de ce palais pour lequel elle quitta, en 1700, son « étrange maison de la place Royale, » et « dont les Guises ne pourroient reconnoître l'étendue ni la somptuosité qu'il a prises depuis entre ses mains*. »
Chaque'année était marquée par de nouvelles- faveurs, ou pécuniaires, ou lucratives, ou honorifiques : en 1681, don de cinquante mille écus pour payer le gouvernement de Berry; en 1683, fiançailles de Constance- Emilie de Rohan avec le comte de Ribeyra-Grande, dans le cabinet du Roi^; en 168o, don de la riche abbaye de Saint-Taurin d'Évreux pour le second fils, Hercule-Mcriadec ; en 1689, transmission immédiate à un autre cadet des bénéfices de « ce bel abbé de Rohan, si beau et trop beau, » devenu chef de la maison et prince par la mort de son aîné ; en 1690, un régiment de cavalerie pour le nouveau prince; en 1691, une charge de guidon des gendarmes de la garde pour son frère le chevalier de Rohan, et le gouvernement de Champagne et de Brie pour leur père, qui passe le Berry au frère de Mme de Maintenon ; en 1692, l'abbaye du Moutier-en-Argonne pour l'abbé de Soubise (Armand-Gaston), l'abbaye de Jouarre pour sa sœur, et l'enseigne des gendarmes, avec rang de
2. En 1692, il y eut sans doute quelque intrigue, car les Mémoires de Sourches disent (tome IV, p. 30) : « La princesse de Soubise sut alors profiler de l'incommodité de la comtesse de Roucy, et elle obtint la place qu'elle devoit occuper dans un des carrosses du Roi pendant le voyage. » Et Dangeau (tome IV, p. 67) : « Mme de Soubise fera le voyage de Flandre ; elle sera dans le second carrosse du Roi, à la place qui étoit destinée à Mme de Montchevreuil. » On mena une vie très gaie et très active à Mons et au camp royal avant que le siège fût mis devant Namur. Nous avons vu que le prince de Soubise se distingua très particulièrement et lit merveilles dans une des actions de ce siège : tome I, p. -41 ; comparez les Mémoires de Sourches, tome IV, p. 53-56.
3. Elle déménagea deux fois dans les six premiers mois, ayant pris d'abord l'appartement du maréchal d'IIumières, puis celui de M. et Mme d'Uzès (Journal de Datiffeau, tome V, p. 214; Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 240).
4. Journal, iomc VII, p. 264 et 217; Mémoires de Saint-Simon, tomes 11 de 1873, p. 306, et XII, p. 89.
Ji. Gazette de 1683, p. 252.
mcstre de camp de cavalerie, pour le chevalier; ea 1694, fiançailles de Mlle de Soubise avec le comte de Calhéta dans le cabinet du Roi, qui donne un collier de perles de dix raille écus acheté à la vente de la vieille Mme de Chavigny * ; en 1694 encore, un canonicat de Strasbourg pour l'abbé, la survivance du gouvernement de Champagne et Brie pour le prince Hercule-Mériadec, qui épouse la princesse de Turenne, héritière de Ventadour, et, pour leur mère, une place de duègne auprès de la future duchesse de Bourgogne-; en 4696, le grade de brigadier pour le même prince Hercule-Mériadec, qui passe maréchal de camp dès 1702, capitaine des gendarmes dès 1703, lieutenant général dès 1704; en 1697, une enseigne aux gendarmes pour le prince Maximilien ; en 1698, une abbaye de dix-huit mille livres pour l'abbé, à peine sorti des bancs de la Sorbonnc; en 1700, peut-être les frais de l'élection à la coadjutorerie de Strasbourg; etc., etc.
Le silence presque absolu du Journal de Dangeau sur Mme de Soubise, après l'année 1700, marque combien l'éclipsé fut complète. C'est qu'un mal impitoyable retenait la princesse « à pourrir sur les meubles les plus précieux, au fond de ce vaste et superbe hôtel de Guise ^ » dont elle vit à peine commencer les augmentations et l'embellissement. « Rien de plus fragile que ces blondes éblouissantes, a dit Michelet *.
Elles doivent souvent leur éclat au vice du sang. On le vit par la
Soubise, qui mourut de scrofules, décomposée et gâtée jusqu'aux os »
Michelet paraphrase Saint-Simon. Celui-ci précise tout, et le mal, et ses causes premières. Astreinte, dit-il, à lîn régime suivi pour conserver la fraîcheur et l'éclat de son teint, Mme de Soubise ne mangeait jamais que du veau, des poulets et des poulardes rôtis ou bouillis, des salades, des fruits, quelques laitages; pour boisson, elle ne prenait que rarement quelques gouttes de vin dans son eau-^. « Ce fut, lit-on dans une rédaction primit'ive, ce fut cette constante nourriture qui lui donna les écrouelles, qu'elle porta plusieurs années, et sans qu'en le sût, et dont, à la fin, elle mourut^. » Mais, en un autre endroit des Mémoires'', le mal est présenté comme une affection beaucoup plus ancienne, constitutionnelle même, qui aurait été cause de la mort prématurée de quelquesuns des enfants, « malgré le miracle qu'on prétend attaché à l'attouchement de nos Rois ; la vérité est que, quand ils touchent les malades, c'est au sortir de la communion*. » En effet, dès les plus beaux temps, on
i. Journal de Dangeau, tome V, p. 8 et 10, avec Addition de Saint-Simon, qui n'admet pas que ces présents soient spéciaux pour les familles princières. 2. Voyez notre tome IV, p. 302. — 3. Mémoires, tome VI, p. 249.