G'* , en abrégé, dans le manuscrit
4. Prodi[gieux\ est écrit en surcharge sur grand no[mbre], biffé.
du Roi, elle les aimoit encore comme s'ils avoient été les siens, et le sacrifice que M. du Maine lui avoit fait de Mme de Montespan, dont il avoit procuré et hâté l'entier et dernier cloignement sans retour, de concert avec elle et pour l'amour d'elle, l'avoit mise si absolument dans ses intérêts, qu'il disposa d'elle, en tout et pour tout, tout le reste de sa vie et de la vie du Roi. Le Roi leur avoit fait prendre de fait tout l'extérieur du rang des princes du sang, qu'il en avoit consolés par plusieurs nouveaux avantages que ses b;Uards partageoient avec eux. Il les avoit liés ensemble par des mariages sans exemple*. La fille naturelle qu'il avoit eue de Mlle de la Vallière, il l'avoit fait épouser dès 1680 à M. le prince de Conti ; il n'en tomba pas moins dans sa disgrâce par son voyage d'Hongrie. En arrivant de cette guerre, il espéra de se raccommoder par sa femme. Presqu'aussitôt après, elle eut la petite vérole à Fontainebleau : il crut faire sa cour en la gardant lui-même ; il prit la petite vérole : elle en revint et a vécu cinquante-huit ans depuis; mais lui en' mourut, sans enfants, à vingt-cinq ans, et sans avoir été chevalier de l'Ordre, ni eu charge ni gouvernement. Ce lien rompu, le Roi ne pensa qu'à le réparer. Il avoit deux filles de Mme de Montespan, et ce double adultère ajoutoit infiniment à la bâtai'dise. Néanmoins, dès que l'aînée des deux fut nubile, c'est-à-dire dès qu'elle eut douze ans, il la maria à M. le duc de Bourbon, avec la survivance de la charge de grand maître de France et de gouverneur de Bourgogne : à quoi il ajouta toutes sortes de privances et de distinctions qui charmèrent ce héros en sa retraite de Chantilly, et dont les sentiments étoient bien changés depuis son retour d'avec les Espagnols, et Monsieur son fils le plus bas de tous les courtisans. Ce mariage s'étoit fait en i68o, le 24 juillet. L'autre fille du Roi et de Mme de Montespan restoit ; elle étoit du 4 mai 4677, et n'étoit pas encore nubile-, et c'est ce qui donne tant de peine à M. de Louvois pour vaincre le Roi à faire la promotion. Le Roi ne vouloit rien moins pour elle que son propre neveu, petit-fils de France. Il avoit affaire pour cela à Monsieur, son frère, très soumis en tout, mais parfaitement glorieux, et à Madame, haute, d'un courage mâle et indomptable, en prise à personne, allemande depuis les pieds jusqu'à la tête, élevée dans une espèce de culte pour la pureté du sang, dans l'horreur des moindres mésalliances, qui, en Allemagne, dégradent les enfants légitimes des plus grands princes et des Électeurs même, et leur postérité à jamais, et surtout dans l'exécration de la bâtardise, qui excluroit et infecteroit à tel point tout ce qu'elle toucheroit en Allemagne, qu'il n'y a point d'exemple que ceux des plus grands princes s'y soient alliés plus haut qu'à la simple noblesse, et encore fort difficilement, par l'exclusion formelle de tous les chapitres où celte noblesse peut entrer. Combien plus d'une double bâtardise ! Il n'y avoit donc
1. Comparez ce qui va suivre avec le texte de l'année 1C92, dans notre tome I, p. 58 et suivantes, et avec un passage de l'Addition G, p. 319.
2. Ma?7Vc corrigé en nubile. Ensuite il ya bien donne, li l'indicatif présent.
point d'espérance d'y amener une princesse aussi entière et aussi inaccessible, que par la force, et cette force ne se pouvoit exécuter que par Monsieur, qui étoit la gloire même d'une part, et la foiblesse même de l'autre. Pour surmonter de tels obstacles, le Roi prit un chemin qu'il trouvoit battu pour lui en toutes autres choses, et l'unique par où cellelà pouvoit réussir.
« Le chevalier de Lorraine, beau à merveilles et fait à peindre en sa jeunesse, dont il conserva toute sa vie de grands restes, avoit plu à Monsieur, qui étoit du goût d'Henri III, et, comme ce malheureux prince, quoique Monsieur eût toujours eu quantité de mignons, la supériorité d'esprit et de naissance de celui-ci, qui l'avoient établi le maître chez Monsieur, le conservèrent dans la possession de le gouverner absolument tant qu'il vécut, et sans partage avec personne. Le grand écuyer, son frère, pour qui le Roi avoit de longue main une amitié et une distinction très marquée*, s'en servit pour le mettre, dès qu'il le put, entre le Roi et Monsieur ; et ce fut depuis la voie constante par où le Roi fit toujours tout ce qu'il voulut de Monsieur son frère, et par où aussi les deux autres frères se mirent et se conservèrent toujours dans un tel crédit auprès du Roi, qu'ils n'étoient jamais refusés de rien. Ce fut donc là la voie que le Roi prit pour faire cet étrange mariage. Le chevalier de Lorraine lui en présenta toutes les difficultés, et se fit fort en même temps de les vaincre; mais elles étoient telles, et la passion du Roi et de Mme de Maintenon si extrême pour cette affaire, que le chevalier de Lorraine osa faire son marché et y fut J^eçu. Il demanda deux conditions : la préséance de la maison de Lorraine en la prochaine promotion de l'Ordre que le Roi feroit, et de l'argent. L'un et l'autre fut accordé, et ce fut à ce prix que le chevalier de Lorraine en répondit au Roi. Tout cela étoit encore entre quatre personnes, le Roi et Mme de Maintenon et les deux frères Lorrains, lorsque M. de Louvois insista pour faire la promotion, et, comme la future épouse n'étoit pas eu âge, et que la chose ne se pouvoit que brusquer, si on vouloit réussir avec un prince aussi foible et aussi peu secret que celui à qui on avoit affaire, et qui, après son consentement, étoit le seul instrument possible à y forcer Madame, rien n'étoit donc encore entamé alors, et le Roi avoit peine à payer d'avance et dans l'incertitude du succès, au dépens de la douleur dont il alloit poignarder tout ce qui l'approchoit de plus distingué et avec le plus de faveur et de privance. C'est ce qui avoit retardé la promotion jusqu'alors, et ce qui donna tant de peine à M. de Louvois pour la faire faire.
« Quand le Roi fut résolu, il reprit de nouveau la parole du chevalier de Lorraine, et il déclara qu'il alloit faire des chevaliers. Là-dessus, grand émoi pour la préséance. Les ducs travaillèrent à un mémoire, dont le sieur Clairambault, généalogiste de l'ordre du Saint-Esprit, fut le compositeur, et les ducs de Luynes et de Chevreuse principalement