‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 406 sur 427 · Grande corrigé en marquée · texte numérisé non relu

Grande corrigé en marquée

ÎÎTO APPENDICE XII.

les directeurs. La maison de Lorraine chargea du sien le sieur d'Hozier, généalogiste de la grande écurie pour les preuves des pages i. Tous, de part et d'autre, se donnoient beaucoup de mouvement, tandis que le grand écuyer et le chevalier de Lorraine rioient sous cape, n'en prenoient que pour la forme, et savoient à quoi s'en tenir. Mais il se trouva une difficulté, qui tourna encore à leur avantage. On pouvoit dire de tout ceci, qui eût su le dessous des cartes, que c'étoit la fête des bâtards : aussi le Roi voulut-il que le duc de Vendôme fût le premier de la promotion, aux termes des changements des statuts par la Ligue. Point de difficulté entre lui et Monsieur le Grand ; mais M. d'Elbeuf se trouvoit l'ancien de M. de Vendôme, et c'étoit là l'embarras. On négocia pour le faire céder, mais en vain, et [il] se tint ferme à précéder, ou à refuser l'Ordre. Le chevalier de Lorraine l'y soutenoit, et, tout bas, représentoit au Roi sa parole pour leur préséance. De tout cela il fut convenu que M. d'Elbeuf ne prendroit point l'Ordre, mais qu'en dédommagement de cet avantage que le Roi vouloit pour M. de Vendôme, le comte de Brionne, fils aîné et survivancier de Monsieur le Grand, qui n'avoit lors que vingt-sept ans, et le chevalier de Lorraine et le comte de Marsan, tous deux frères de Monsieur le Grand, seroient faits tous quatre chevaliers de l'Ordre et ne seroient précédés que par le duc de Vendôme ; et, pour leur mieux dorer la pilule à l'extérieur, M. de Louvois, chancelier de l'Ordre et ministre, qui ne marchoit pas aisément, alla de la part du Roi chez Monsieur le Grand, le lui dire.

« On peut donc juger du succès qu'eut le mémoire des ducs. Le Roi ne laissa pas d'en être peiné jusqu'à vouloir bien leur faire excuse. 11 chargea le duc de Chevreuse de leur dire qu'il avoit eu des raisons si fortes de donner pour cette fois la préséance à la maison de Lorraine, qu'il n'avoit pu s'en dispenser ; que cette considération avoit arrêté la promotion fort longtemps, nonobstant l'indécence du si petit nombre; qu'il entendoit que cette préséance fût pour cette fois seulement, sans conséquence aucune pour toute autre cérémonie, même pour les autres promotions de l'Ordre, et que cela fût inscrit et couché ainsi sur les registres de l'Ordre. Il ajouta force propos et promesses consolantes, mais qui ne furent que des discours, tandis que les Lorrains avoient la chose. Ce ne fut pas tout-. En entrant au chapitre où il alloit déclarer la promotion, il prit M. de Chevreuse à part et lui répéta les mômes choses; puis, se tournant vers les chevaliers assemblés, tandis que M. de Chevreuse sortoit, il éleva la voix et dit qu'il n'avoit omis aucun duc en âge d'cLre chevalier de l'Ordre, et ajouta comme il n'en devoit omettre aucun, sinon trois, dont il vouloit bien rendre raison tout haut : M. de Ventadour, parce qu'il ne vouloit pas que son ordre fût vu dans

1. Nous avons indiqué ces mémoires dans notre tome I, p. 61, note 3, et, depuis, ils ont été reproduits par les éditeurs des Mémoires du marquis tic Sowches, tome II, Appendice.

2. Comparez, pour les lignes suivantes, l'Addition C, dans notre tome I, p. 318 et 319.

tous les cabarets et les mauvais lieux de Paris; M. de Brissac, parce qu'il ne vouloit pas le profaner en des lieux encore pires ; que, pour le troisième, qui étoit le duc de Rohan, il avouoit la vérité : qu'il u'avoit point d'autre raison que de ne s'être jamais aimés tous deux, qu'il n'avoit pu se résoudre à lui donner l'Ordre, et qu'il falloit au moins lui en passer un. De tous les trois, ces raisons étoient véritables. M. de Rohan avoit anciennement eu son mariage fait avec la fille unique du duc * de Créquy, et sa survivance de pi'emier gentilhomme de la chambre accordée, laquelle a depuis été la duchesse de la Trémoïlle. Il le rompit, et fit celui de Mlle de Vardes, oi!i il trouva de plus grands biens. Le Roi, qui ne tenoit rien de pareil aux charges qui approchoient de sa personne, et qui étoit jaloux au dernier point que chacun n'estimât et ne désirât rien plus fortement, se trouva choqué à l'excès contre M. de Piohan d'avoir renoncé à cette survivance, et d'autant plus piqué que ç'avoit été pour épouser la fille d'un exilé depuis longues années et pour des choses personnelles au Roi, les plus intéressantes et les plus intimes dans le temps qu'il étoit le plus avant dans sa faveur et dans sa confiance et qu'il avoit déjà fort avancé sa fortune. Outre ce péché, que le Roi n'oublia jamais, le duc de Rohan en avoit un autre : de toute sa vie, il étoit brouillé à l'excès avec sa sœur la belle Mme de Soubise. C'en étoit trop en un même homme pour ne pas combler la mesure, dont le Roi s'attacha, jusqu'à la fin de sa vie, à lui faire sentir tout le poids ^.

« On a déjà remarqué d'avance, p. -^, que ce fut en cette promotion que, pour la première fois, la préséance fut donnée à tous les lïiaréchaux de France et ducs à brevet, et, après eux, à tous les grands officiers de la maison du Roi, et même de Mme la Dauphine, sur tous les autres gentilshommes de la même promotion, observant de mêler les ducs à brevet parmi les maréchaux de France, mais avec la préférence à ceux-ci. Les gentilshommes non ducs à brevet, ni maréchaux de France, chevaliers de l'Ordre des pi'écédentes promotions, continuèrent sans difficulté à conserver leur rang d'ancienneté sur eux et de les précéder; et depuis, cela s'est toujours observé.

« Cette nouveauté donna lieu à M. de Soubise et au comte d'Auvergne, que le Roi vouloit faire chevaliers de l'Ordre en cette promotion, de demander de précéder les maréchaux de France et les ducs à brevet*. Le prince de Guémené, que le Roi avoit aussi résolu de faire pour gratifier la belle Mme de Soubise, se joignit à la même demande. M. de Bouillon étoit exilé ; l'Ordre ne lui fut point offert : ainsi il ne se mêla de rien. Et parce que ceux qu'ils demandoient à précéder le dévoient être des gentilshommes anciens chevaliers de l'Ordre, ils ajoutèrent à leur demande que le prince de Guémené fût reçu dans l'Ordre dans

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