‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 408 sur 427 · Aujourd'hui fol. CG v°. — G, Aujourd'hui fol. lOG v · texte numérisé non relu

Aujourd'hui fol. CG v°. — G, Aujourd'hui fol. lOG v

gentilshommes, dont il n'y en eut que six, de toute la promotion, après lui, dont étoit le marquis de Marigny, qui marcha le quatrième après lui. 11 n'y avoit point eu d'autre la Marck-Bouillon chevalier de l'Ordre que ces deux-là, et des la Tour-Bouillon aucun, le maréchal de Bouillon, le premier des la Tour-Bouillon, étant huguenot, et ses fils hors de portée de l'être quand il y en eut depuis qu'ils furent catholiques, parce qu'il ne fut pas fait de chevaliers de l'Ordre depuis de leur temps.

« MM. de Lorraine, non contents de leur triomphe par la sodomie et le double adultère, et la belle Mme de Soubise furent également, mais séparément, alarmés de l'ordre si publiquement donné à Châteauneut pour ses registres. D'en parler au Roi, il n'y avoit pas lieu d'espérer de le faire rétracter en faveur de gens si fort et si hasardeusement payés d'avance, et, pour Mme de Soubise, après la colère que le Roi avoit montrée. Ils s'adressèrent donc à Chàteauneuf, qui, craignant Monsieur le Grand et le chevalier de Lorraine auprès du Roi, n'écrivit rien, et qui, craignant encore plus la belle Mme de Soubise, fit bien pis, car il écrivit que MM. de Guémené, de Soubise et comte d'Auvergne s'étoient excusés de recevoir l'Ordre parce qu'ils n'avoient pas voulu y être précédés par la maison de Lorraine. Chàteauneuf savoit bien à qui il avoit affaire des deux parts. 11 laissa couler du temps, pour laisser refroidir les choses ; puis, comptant bien que les ducs ne lui deraanderoient pas à voir ses registres, il y omit et y écrivit hardiment ce qu'il voulut; et cela n'a été su que si longtemps après, que la même négligence qui avoit engourdi les ducs à suivre ce débris de leur affaire les rendit paralytiques sur la tardive découverte'.

« Chàteauneuf fit encore un autre trait, également contre ducs et princes, dans cette promotion, et peut-être fut-ce pour s'en raccommoder avec les premiers, plus sensibles, plus vifs et plus suivis en leurs affaires, qu'il deviat faussaire à leur gré. Tout épais qu'il étoit, il voyoit, comme tout le monde, l'agrandissement continuel des bâtards et la passion que le Roi et Mme de Maintenon y avoient. Jusqu'à cette promotion, on donnoit des carreaux aux ducs et aux princes, aux cérémonies de l'Ordre, pour éviter l'embarras de laisser entrer leurs gens pour les leur apporter, à la différence de tous les autres temps de l'année, oi^i ils en faisoiept apporter chacun pour soi, et la Chapelle n'en fournissoit qu'aux princes du sang. Chàteauneuf, qui, par l'absence de M. d'Avaux, lors ambassadeur en Hollande, faisoit sa fonction de prévôt et grand maître des cérémonies de l'Ordre, proposa le matin, tout bas, au Roi, de ne faire donner de carreaux qu'aux princes du sang et à M. du Maine, afin que les autres qui en dévoient avoir, n'étant pas avertis de ce changement, n'eussent pas le temps ni le moyen, la cérémonie commencée, de s'en faire apporter de chez eux-. Cette distinction plut au Roi, et il

1. Ci-dessus, p. 264. Voyez ci-après, p. 08O-08I. le texte du procès-verbai.

2. Addition 6, dans le tome I, p. 3"20, et Addition à Dangeau, tome XVI, p. 339; Écrits inédits, tome 111, mémoire de 1711, p. 43 et oD.

n'y eut point de carreaux. La surprise fut grande lorsqu'il ne s'en trouva point à la cérémonie de la veille. Le Roi ne s'expliqua point. M. de Vendôme, qui devoit sa préférence sur M. d'Elbcuf à M. du Maine, n'osa parler de son carreau ; les Lorrains, si contents d'ailleurs et qui n'avoient osé souffler sur l'ordre du Roi pour le registre, bien qu'ils eussent la raison des statuts changés par la Ligue pour eux, ne jugèrent pas à propos de rien dire; les ducs, battus de l'oiseau et se voyant en cause commune avec ces autres, les laissèrent faire, ou plutôt ne rien faire : de manière qu'à la cérémonie du lendemain, aucun n'osa hasarder de carreau. Mais, dans la suite, le Roi s'en expliqua et dit qu'il n'avoit prétendu qu'ôter l'égalité de fournir des carreaux aux princes du sang et à tous ceux qui en dévoient avoir, et non les empêcher d'en porter. Et depuis ducs et princes chevaliers de l'Ordre en ont fait porter pour eux aux cérémonies de l'Ordre, jusqu'à ce que, de l'un à l'autre, le, carreau en avant du Roi s'est aboli pour les hommes non princes du sang, qui est une matière différente de celle-ci et. qui n'est pas de ces Légères notions sur VOrdre.

« M. de Monaco, qui ctoit lors à Monaco, fut de cette pi'omotion*. Le 44 juin précédent, il y avoit six mois, le duc de Valentinois, son fils, avoit épousé une fille de Monsieur le Grand, et, en faveur de ce mariage, Monsieur le Grand avoit obtenu le rang de prince étranger pour M. de Monaco et ses enfants. 11 y avoit eu un grand démêlé à la signature du contrat, que Monsieur le Grand gagna de la main sur M. de Monaco, qui, ne voyant goutte, ne s'en aperçut que quand il vint pour signer : i! trouva le nom de Monsieur le Grand écrit ; il jeta la plume, et feu et flammes. Le Roi, en présence duquel, et de toute la cour, cela se passa dans son cabinet, eut toutes les peines du monde à l'apaiser et à empêcher la rupture du mariage, et, comme il n'y avoit plus de remède, il régla que M. de Monaco signeroit avant Monsieur le Grand les registres du curé. Tout cela ne contenta point M. de Monaco, et Monsieur, pour les raccommoder, leur donna, sans Madame, un grand dîner à toute la noce, à Saint-Cloud, pour manger avec eux, où, tant bien que mal, il les rapatria. Cela fit apparemment penser au Roi qu'il ne falloit pas nommer M. de Monaco au chapitre sans s'être assuré de lui. Il lui fit donc écrire, et qu'il n'auroit que son rang d'ancienneté parmi les ducs. M. de Monaco accepta sans nulle difficulté et prit chez lui le cordon bleu dès que la permission lui en eut été envoyée, comme on fit à quantité d'absents sur les frontières, à M. de Lavardin à Rome, oîi il étoit ambassadeur, et à ceux qui étoicnt employés pour le service du Roi. M. de Monaco, de retour, fut reçu et marcha en son rang de duc. La cérémonie suivante, il s'absenta, et encore celle d'après. Cette affectation fut suspecte au Roi, qui lui en fit parler. M. de Monaco avoua sa pré-

1. Comparez l'AdcUtion 0, dans notre tome 1, p. 321, le mémoire de 1711, dans les Écrits inédits, tome 111, p. 161, et le ms. Clairamhault 'il, p. 489, reproduit ci-après, p. 581. Cela ne se rclrouve pas dans les Mémoires.

tention de précéder les ducs, qui fut très mal reçue. Le Roi se fâcha, et lui fit dire en termes très forts de se trouver en son rang de duc en la cérémonie prochaine. Il obéit sans réplique, et n'a depuis manqué à aucune, jusqu'à son départ pour son ambassade de Rome, où il est mort, et sans plus de prétention.

« M. de Luxembourg en avoit une contre les ducs ses anciens, prétendant le rang de la première érection de Piney en lo8I. Ce procès n'est point de la matière présente * ; on le trouvera aux Duchés-pairies existants, titre de PiNEY2,avec son succès, qui ne lui fut pas favorable. Pour ne point préjudicier à ce qu'il prétendoit, il obtint de prendre l'Ordre hors de rang et le pénultième des ducs, et y a marché dans les cérémonies de l'Ordre et de la cour, le reste de sa vie.

« Deux ducs furent différemment traités pour la dispense d'âge : MM. de la Trémoïlle et de la Ferté. Il manquoit un peu plus d'un an au premier. Le second^ étoit de janvier 16S7. Le vin, le cabaret et la compagnie sortable à ce goût gâtoient en lui beaucoup de grandes parties militaires et plusieurs autres de son état. Le Roi avoit souvent et toujours inutilement tâché de l'en corriger, et lui en avoit parlé, tantôt en père, et quelquefois en maître. Piqué enfin de son peu de succès, il s'en expliqua tout haut et lui manda à Paris, où il étoit, que, s'il n'avoit pas dispense d'âge, il ne s'en prît qu'à soi-même. Pour M. de la Trémoïlle, le matin, au lever, immédiatement avant le chapitre où les chevaliers furent déclarés, le Roi lui demanda son âge, et il le lui dit franchement. « J'en suis « fâché, répondit le Roi; mais, dès que vous l'aurez, je ne vous ferai « pas attendre. » Le lendemain encore, au lever, le Roi l'appela, et lui dit que sa bonne foi méritoit dispense, et qu'il seroit de la promotion. Il fit entrer ce qui se trouva là de chevaliers dans son cabinet, tint chapitre un moment, et l'ajouta. La dispense n'étoit pas de deux ans.

« Sur ce qui s'étçit passé au chapitre de la promotion de 1633 qu'on a vu p. 226*, il fut décidéque M. de la Trémoïlle précéderoit M. d'Uzès. Ce dernier, qui crut devoir sa condamnation à M. de Louvois, avec qui il étoit brouillé, se plaignit amèrement, et obtint, sous prétexte de goutte, de ne venir point à la cérémonie avec les autres, mais d'y entrer à part quand elle seroit commencée, et d'être reçu en arrivant, et de s'en retourner tout de suite. C'étoit une misérable consolation, puisque, une fois reçu, il falloit comparoître trois fois l'an, comme il fit, aux cérémonies de l'Ordre, et y céder à M. de la Trémoïlle.

« Une autre fantaisie, plutôt que dispute, car elle étoit sans aucun fondement, fut tout à fait ridicule». M. de Chevreuse, dès qu'il fut nommé

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