N' LXXVII
'< De Paris, le 19 septembre 1698.
" Le 15, sur les cinq heures du soir, le Roi, qui revenoit de faire la revue de la gendarmerie et des deux compagnies des gendarmes et des chevau-légers, alla, avec Mme la duchesse de Bourgogne et toute la cour, au moulin, pour voir prendre la demi-lune. Les assiégeants passèrent au travers des palissades du chemin couvert, où ils étoient logés, firent la descente du fossé, montèrent sur la demi-lune, et y entrèrent après avoir arraché quelques palissades qui ferraoient la fraise, nonobstant le grand feu qu'on faisoit sur eux. L'ardeur des assiégeants fut si grande, qu'ils y entrèrent avant que d'y avoir fait leur logement ; mais ils réparèrent bientôt cette faute par un grand nombre de travailleurs qu'ils employèrent à établir un logement sur l'angle de la demi-lune. Les assiégés, se voyant trop pressés, demandèrent à capituler. Le Roi, qui étoit présent, dit qu'ils s'étoient trop bien défendus pour ne leur pas accorder toutes les marques d'honneur, et qu'il leur laissoit la liberté de dresser eux-mêmes leur capitulation. Les assiégeants, pour se distinguer des assiégés, mirent de petites branches d'arbres sur leurs chapeaux, en signe de victoire. Le IG, le Roi alla visiter l'aile gauche de l'armée. Le 17, on attaqua les retranchements du camp : ce qui fut ])i*écédé d'une longue escarmouche dans un village voisin du camp, où il y avoit de l'infanterie et des dragons à pied. 11 y eut grand feu de part et d'autre, et enfin on contraignit les troupes qui s'y étoient postées de rentrer dans le camp. Après cette escarmouche, la cour alla voir forcer le camp de la tranchée, qui étoit défendu par M. le duc de Bourgogne. M. Rosen, lieutenant général, qui attaquoit, força le camp avec la première ligne, et y demeura longtemps ; mais M. le duc de Bourgogne, ayant rallié ses troupes, les mena aux ennemis avec une si tière contenance, qu'il les chassa des retranchements. Ceux-ci néanmoins firent une très belle retraite. Le Roi devoit hier voir défiler l'infanterie par compagnies, et aujourd'hui il y aura une bataille générale. '