N" LXXVII I
«De Paris, le 22 septembre 1698.
« Depuis la prise de Compiègne par capitulation, il y eut un combat général le 19 de ce mois, entre les deux armées, qui avoient été mises en bataille, chacune sur deux lignes. Le choc commença à Hoùarnenvilliers, qui est un lieu appartenant au duc de Luxembourg*. 11 y avoit un corps d'infanterie, qui fut attaqué par des dragons à pied. Après un grand feu
1. La Gazelle appelle cette localité : la ferme d'Ornavillicrs. Elle ne figure pas sur les cartes.
590 APPENDICE XIY.
de part et d'autre, ceux-ci en chassèrent l'infanterie, qui fut bientôt soutenue par d'autres troupes, et alors l'action devint générale, mais non sanglante, si ce n'est pour quelques malheureux : ce qu'il étoit bien difficile d'éviter dans un si grand choc. M. le duc de Bourgogne fit enfin plier l'armée ennemie ; mais il y eut un bataillon carré qui tint ferme jusques à la fin et se retira en très bon ordre. Le Roi, qui étoit avec les dames, les quitta pour aller voir ce bataillon. Le 20, S. M. vit défiler l'infanterie de la seconde ligne et les carabiniers. Et le 21, tous ces divertissements militaires se terminèrent par un grand fourrage, où l'escorte fat battue, les fourrageurs et les chevaux pris : ce qui mit fin à ce fameux campement.... "
Extrait des ANNALES DE LA COUR ET DE PARIS *,
«' Le Roi nomma le maréchal de Boufflers pour commander ce
camp sous M. le duc de Bourgogne, et, comme S. M. savoit qu'il étoit homme à s'y ruiner pour répondre à l'honneur qu'il lui faisoit de le choisir préférablement à tout autre pour un emploi de si grande distinction, il lui fit présent de cinquante mille écus avant que de partir. Ce camp néanmoins ne devoit durer que trois semaines : ainsi cette somme sembloit être bien forte pour si peu de temps. Mais ce maréchal, qui a toujours aimé la dépense, et qui, de ses premiers emplois, affectoit de paroître semblable à M. de Turenne, c'est-à-dire de ne faire cas que de la gloire sans se soucier aucunement de l'argent, y fit une si grosse dépense, qu'il lui en fallut bien encore autant pour y subvenir. Il y eut cinq tables soir et matin, servies tout aussi splendidement l'une que l'autre. Tout ce qu'il y avoit de plus exquis dans le Royaume y abondoit, et l'on ne fit jamais ni meilleure chère, ni plus délicate. Il avoit plus de cent chefs de cuisine, sans compter ceux qui servoient sous eux; ceux qui travailloient le matin se reposoient l'après-dînée. Il y avoit une infinité de fourgons en campagne pour lui apporter ses provisions. Il y en avoit deux seulement pour la glace qu'il faisoit venir tous les jours de Paris, et ces fourgons avoient leurs relais à moitié chemin, parce que les chevaux n'eussent pu souffrir cette fatigue sans crever. Il en étoit de même de tous les autres fourgons qu'il avoit en campagne, et il avoit des pourvoyeurs, non seulement à Paris, mais encore dans toutes les bonnes villes à vingt ou vingt-cinq lieues tout autour du camp. Chaque table avoit deux maîtres d'hôtel pour les servir, et il avoit pris pour surintendant de tous ces officiers un homme qui avoit été autrefois à feu M. l'archevêque de Paris. Comme c'étoit celui de tout le Royaume qui entcndoit le mieux ces sortes de choses, et qu'il n'avoit qu'à parler pour être obéi, tout cela se passa avec une somptuosité si extraordinaire qu'il est impossible de le bien représenter.