‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 415 sur 427 · Éd. 1*39, tome II, p. .iI3-41G · texte numérisé non relu

Éd. 1*39, tome II, p. .iI3-41G

« Ce camp acheva de ruiner les officiers, qui commençoient déjà bien à l'être par la dépense qu'il leur avoit fallu faire pendant la guerre. Cependant, comme chacun ne songeoit qu'à plaire au Roi, ni plus ni moins que si c'eût été une divinité, il n'y eut jamais rien de si leste ni de si magnifique que tous les officiers, depuis le premier jusques au dernier. Ils avoient même fait habiller tous les cavaliers et tous les soldats de neuf, et il y eut des régiments qui n'en furent pas quittes pour vingt-cinq mille écus. Mais, pendant qu'ils s'en appauvrirent, Paris s'en enrichit. Quinze jours ou trois semaines avant que le camp se formât, l'on ne vit que ballots aux portes des marchands, que l'on venoit charger de moment à autre. Il est impossible aussi de dire combien il sortit de toutes sortes de provisions de bouche de cette grande ville pour transporter de ce côté-là : aussi cela eût été capable de l'affamer, si les marchands ne se fussent précautionnés de longue main. Comme les étrangers sont curieux, et qu'il ne se présentoit pas tous les jours une occasion semblable à celle-là, il n'y en eut guère qui ne fût bien aise de se transporter au camp. Ainsi ce fut, à proprement parler, comme une procession depuis Paris jusques à Compiègne, où l'on ne trouvoit point à se loger pour son argent. Il fut même fait défense aux hôteliers d'y donner retraite à personne, soit qu'on voulût conserver leur logement pour les gens de cour, soit qu'on ne voulût pas remplir cette ville d'un nombre de personnes inconnues, et éviter par là ce qui en pouvoit arriver de fâcheux. Enfin, le temps que devoit durer ce camp étant expiré, le Roi s'en retourna à Versailles avec toute la cour, après qu'il eut fait de grandes libéralités à toutes les troupes. La magnificence qui y avoit paru acheva de détromper les étrangers de la prévention qu'ils avoient apportée de leur pays que la France étoit entièrement épuisée d'hommes et d'argent. Ils avoient déjà bien vu le contraire par ce qui s'étoit passé au mariage de M. le duc de Bourgogne et par la grande alïluence de peuple qu'ils avoient trouvé à Paris. Mais, ce dont ils venoient encore d'être témoins eux-mêmes achevant de les en désabuser tout à fait, ils commencèrent à regarder le Roi comme un Crésus dont les richesses étoient intarissables..,. •>

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