livre » Il est vrai que des amis de Fénelon, comme l'abbé Brisacier
lui reprochaient aussi d'avoir quitté ses habitudes de modération pour céder à l'entraînement et aux exemples de violence (Correspondance de Fénelon, tome IX, p. 23). C'était moins une guerre qu'un duel entre les deux prélats, selon le mot de l'abbé le Gendre {Mémoires, p. 239).
i. Ce livre, la Relation sur le quiétisme, avait été présenté au Roi (sans doute en manuscrit) dès le 3 mars : voyez le Journal de Dangcau, tome VI, p. 303, et la lettre de Fénelon au Nonce, i" mars 1698. Le mois simant [ibidem, p. 332), Fénelon avait fait imprimer « des lettres dont M. l'archevêque de Paris et M. l'évêque de Meaux se plaignent fort, et travaillent, chacun de leur côté, à y faire réponse. » Ces réponses furent connues dès le 20 mai [ibidem, p. 330) : « On dit qu'elles sont très bien faites et très fortes, et vont être publiques. » Ce fut seulement le 26 juin que, l'impression de la Relation étant achevée. Monsieur de Meaux en offrit un exemplaire au Roi, lequel avait eu, deux jours auparavant, une longue conférence avec le cardinal de Noailles et avait pris connaissance du livre (p. 371). Voyez la Correspondance de Fénelon, tome IX, p. 249 et suivantes; les Mémoires de Vabbé le Gendre, p. 239-241 ; la Relation de Phélippeaux, tome II, p. 32-36; le livre de M. Guerrier sur 3/ar/flHic Gitijon, p. 422-438; la Gazelle d'Amsterdam, n° un et Extr. lv, etc.
2. Ce sont là les propres termes dont se sert Dangcau. Dans sa table manuscrite du Journal, Saint-Simon note ainsi le fait : « Monsieur de Meaux présente au Roi son livre, historique de tout le procédé réciproque dans l'affaire de Monsieur de Carabray, ({ui fait grand bruit et grande impression, et que le Roi autorise. » Effectivement, cette publication consomma la ruine du prélat contre qui elle était dirigée. Mme de Maintenon écrivait, le 29 juin, ces mots : « Le livre de Monsieur de Meaux réveille la colère du Roi sur ce que nous l'avons laissé faire (Fénelon) archevêque. Il m'en fait de grands reproches. Il faut que toute la peine de cette affaire tombe sur moi. » (Correspondance générale, tome IV, p. 237.) Madame, qui se fit faire une définition du quiétisme par Bossuet, fut convaincue que Fénelon et ses amis n'avaient eu d'autre vue que de gouverner la cour et le Roi par le moyen de
brillant à Marly, et le Roi avoit chargé le Nonce* d'envoyer ce livre "^ au Pape. Rome fut agitée de tout cet éclat : l'affaire, qui dormoit un peu à la congrégation du Saint- Office^, où elle avoit été renvoyée, reprit couleur, et couleur qui commença à devenir fort louche pour Monsieur de Cambray \
Mme de Maintenon, et que le partage du butin était préparé à l'avance entre eux. « La religion, écrivait-elle à l'électrice de Hanovre, est ce qu'on avait le moins en vue dans cette affaire; mais Mme de Maintenon, voyant que Monsieur de Meaux avait découvert la fourberie et qu'il pourrait y avoir un éclat, eut peur que le Roi ne s'aperçût de la manière dont elle l'avait mené : elle vira donc de bord sur-le-champ, et abandonna Mme Guyon, avec tout son parti.... » (Recueil Rolland, p. 18o et 190-197, et recueil Jacglé, tome I, p. 197 et 198; comparez les lettres des 7 et 17 août.)
1. Le nonce du Pape était Marc-Daniel DeUïni, noble vénitien et neveu d'un cai-dinal de même nom. Nommé vice-légat d'Avignon en octobre 4691, archevêque de Damas et nonce en France en décembre 469S, évêque de Brescia en 1698, il devint cardinal en 1699, et mourut le 5 août 1704, à l'âge de cinquante ans.
2. Ce livre a été ajouté après coup en interligne, et le pronom /' biffé entre de et envoyer, sans élider la préposition, comme il eût convenu.
3. Cette congrégation (ci-dessus, p. 111, note 1) siégeait d'une façon permanente, pour juger toutes les questions d'hérésie, d'apostasie, de magie, etc. : voyez Lunadoro, Relazione délia corte di Roma, éd. 1698, p. 4S. On peut suivre dans les lettres de l'abbé de Chantérac (tome IX de la Correspondance .de Fénelon) et dans la Relation de Phélippeaux toute la procédure de 1698. Quand les consulteurs eurent fini l'examen préalable, en juin, l'affaire passa aux mains des cardinaux et du Pape, qui tinrent trois séances par semaine. L^ cardinal de Bouillon sut faire des absences à point nommé, lorsque vint le moment d'opiner.
4. Voici ce que disait Dangeau, à la date du 30 juillet (p. 374) : « On écrit de Rome que l'affaire de M. l'archevèque'de Cambray, qui est, depuis deux mois, renvoyée à la congrégation du Saint-OfFice, commence à aller fort mal pour lui. On croit que son livre y sera condamné. M. le Nonce envoya au Pape, il y a six semaines, par ordre du Roi, le mémoire de cet archevêque, que Monsieur de Meaux vient de faire imprimer dans ce dernier livre de la Relation du quiétisme. Les amis de Monsieur de Cambray disent qu'il répondra sûrement au livre de Monsieur de Meaux. » L'abbé de Beaufort écrivait, en juin, à M. de Noailles, évêque de Chàlons : <• J'ai donné à l'abbé de Voussienne la relation de Monsieur de Meaux sur le quiétisme, que M. le Dieu m'a
Monsieur île Dans ces entrefaites ^ il arriva une chose qui ne laissa
Meaiix consiiUe j^ m'importuner ^ Monsieur de Meaux étoit ancien-
Monsieur de r 1 .,,,,.,,,.
la Trappe sur uemcnt ami de Monsieur de la Trappe; il 1 étoit aile voir
Monsieur de quelquefois, et ils s'écrivoient de temps en temps ; ils
Cambray, la \ . . , , -i ' ,• • . i i ht •
publie* à son S aimoieut, et ils s estimoient encore davantage. Monsieur
envoyée pour vous ; il m'a promis de vous l'envoyer aussitôt qu'il seroit à Voussienne, c'est-à-dire dans la fia de la semaine. Cette relation rend la cause si honteuse, que tout le monde l'abjure. On dit ici tout publiquement que MM. de Beauvillier et de Chevrcuse, avec leurs dames, l'ont abjurée entre les mains de Monsieur de Grenoble, et le premier des deux a dit que, quoique son abjuration ne fût pas vraisemblable, elle étoit néanmoins véritable. L'abbé de Maulévrier abjure comme les autres, et il a écrit à Monsieur de Cambray qu'il n'anroit plus de commerce avec lui. On écrit de Rome que l'affaire pourroit bien finir plus tôt qu'on ne pense : cela seroit fort à désirer; quand on y aura vu la relation de Monsieur de Meaux et le dernier écrit du P. de la Combe, qui avoue des familiarités criminelles avec Mme Guyon, peut-être se pressera-t-on davantage. » {Archives de la Bastille, tome IX, p. 73.) En effet, à Rome, oià l'archevêque de Paris et M. de Beauvillier, chacun de son côté, écrivirent pour qu'on pressât le jugement (lettres publiées par M. Kervyn de Lettenhove dans les Notices et extraits sur les collections d'autographes de M. de Stassart, p. 4{)-47 et 62), les amis de Fénelon manifestèrent leur indignation de ces disgrâces, qu'ils considéraient comme un triomphe pour l'archevêque de Paris, une preuve du ressentiment tout-puissant de Mme de Maintenon, et une façon d'influer sur la décision du Pape. (Correspondance de Fénelon, tome IV, p. 215- 218; Nisard, Une polémique religieuse au dix-septième siècle, dans la Revue des Deux Mondes, -15 juillet 184o, p. 315 et 322.) Fénelon luimême se rendait bien compte de la portée de ces coups successifs : voyez ses lettres du 6 et du 13 juin à l'abbé de Chantérac, ainsi que la correspondance de Bossuet, des mois de juin, juillet et aoiàt.
d. Ici, Saint-Simon interrompt le récit de l'affaire même du quiétisme ; mais il n'y a pas de coupure d'alinéa dans le manuscrit, tout le morceau formant un seul paragraphe de la page 142 à la page 177.
2. Cet épisode incident n'est point emprunté à Uangean, comme tout ce qui précède. On le retrouve, un peu réduit, dans une lettre que Saint-Simon écrivit au garde des sceaux Chauvelin le 20 mars 1728, et oiJ il comparait sa propre situation vis-à-vis des princes outragés par son mémoire au Régent et la situation de Rancé, en 1698, vis-à-vis de Monsieur de Cambray : voyez le texte de cette lettre dans le tome XXI (complémentaire) de l'édition de 1873, p. 252-253.
Publie la réponse ou la consultation.
amis.
de Meaux, dans les premières crises de la dispute, lui insu, et le envoya ses premiers écrits, ceux que Monsieur de Cam- '^'"ouiiiepoui-
•^ i> I I A toujours avec
bray publia d abord, et en même temps les Maximes des cet archevêque saints; il le pria d'examiner ces différents ouvrages, et, et avec ses sans en faire un lui-même, dont il n'avoit ni le temps ni la santé, de lui mander franchement et en amitié ce qu'il en pensoit. Monsieur de la Trappe lut attentivement tout ce que Monsieur de Meaux lui avolt envoyée Tout savant et grand théologien qu'il fût, le livre des Maximes des saints l'étonna et le scandalisa beaucoup. Plus il l'étudia, et plus ces mêmes sentiments le pénétrèrent. Il fallut enfin répondre après avoir bien examiné. Il crut répondre en particulier, et à son ami; il compta qu'il n'écrivoit qu'à lui et que sa lettre ne serolt vue de personne : il ne la mesura donc point comme on fait un jugement, et il manda tout net à Monsieur de Meaux, après une dissertation fort courte, que, si Monsieur de Gambray avoit raison, il falloit brûler l'Evangile et se plaindre de Jésus- Christ, qui n'étoit venu au monde que pour nous tromper". La force terrible de cette expression^ étoit si effrayante, que Monsieur de Meaux la crut digne d'être montrée à Mme de Maintenon, et Mme de Maintenon, qui ne cherchoit qu'à accabler Monsieur de Cambray de toutes les autorités
1. M. l'abbé Dubois a exposé le rôle de Monsieur de la Trappe dans son Histoire de Rancé, tome II, p. o03-olo.
2. Deux lettres de Monsieur de la Trappe à Bossuet, datées de mars et d'avril 1697, parurent en tête de la Relation de Bossuet, et elles sont imprimées dans ses Œuvres, ainsi que dans le recueil de Lettres d' Armand-Jean le Bouthillier de Rancé publié, en 1846^ par M. Gonod, p. 397-401. Il y a une troisième lettre, adressée au curé de Vareddes. Voyez aussi les papiers du P. Léonard, Bibl. nat., ms. Fr. 24123, fol. 46 v°, 64 et 63.
3. Rancé disait un peu autrement, dans la lettre du 14 avril : « En vérité, si les chimères de ces fanatiques avoient lieu, il faudroit fermer le livre des divines Écritures, laisser l'Évangile, quelque saintes et quelque nécessaires qu'en soient les pratiques, comme si elles ne nous étoient d'aucune utilité; il faudroit, dis-je, compter pour rien la vie et la conduite de Jésus-Christ.... »
possibles', voulut absolument qu'on imprimât cette réponse de Monsieur de la Trappe à Monsieur de Meaux". On peut imaginer quel triomphe d'une part et quels cris perçants de l'autre^. Monsieur de Gambray et ses amis n'eurent* pas assez de voix ni de plumes pour se plaindre^ et pour tomber sur Monsieur de la Trappe, qui, de son désert, osoit anathématiser un évêque et juger de son autorité, et de la manière la plus violente et la plus cruelle, une question qui étoit déférée au Pape et qui étoit actuellement sous son examen. Ils en firent même faire des reproches amers à Monsieur de la Trappe, et de là éclatèrent 'contre lui. Monsieur do la Trappe fut très