SUITE DU TEXTE
« Mais Dieu lui fit la grâce de se reconnoiPre (il devroit dire : et il m'eut cette obligation) et de mourir en bon chrétien : d'où nous devons conclure qu'il sait mieux que nous-mêmes ce qui est propre, et que nous ne savons ce qu'il nous faut quand nous murmurons contre sa providence. En effet on se perd plus souvent dans la prospérité que dans l'alïliction ; mais la nature est si corrompue qu'elle voudroit que le chemin du ciel fut semé de fleurs au lieu d'épines qui s'y rencontrent. »
GLOSE
Je ne veux point d'autre preuve que ce Testament politique n'est point de M. Colbert. Auroit-il eu le front de faire cette moralité? JNon sans doute. Il l'a suivi de près* . Les douleurs très cruelles qu'il souffrit très impatiemment à sa mort lui ont fait voir en effet que non seulement le chemin du ciel, mais celui de l'enfer même où peut-être il est descendu tout vivant, étoient certainement semé d'épines.
Je reviens au Roi, et n'ayant plus qu'un mot à dire de la longue et jamais interrompue prospérité de ce règne glorieux et rempli d'événements si incroyables, je conclus ce mémoire par cette réflexion, qui vaut bien celle de mon auteur sur
1. Colbert mourut trois ans et demi après Foucquet, le 6 septembre 1683.
ia bonne mort dont Dieu a couronné la patience de M. Foucquet.
C'est que le Roi a fait tout ce qu'il pouvoit pour interrompre la prospérité de son règne et pour se faire de la peine à lui-même ; mais que le ciel l'a comblé de tant de grâces en l'accordant aux vœux de la France après la longue stérilité de la Reine sa mère, qu'on peut dire de ce grand roi qu'il est selon le cœur de Dieu, de même que David, à qui l'homicide et l'adultère compliqués n'ont pas ôté ce bel éloge que l'Ecriture lui donne. Je dis donc de Sa Majesté que, s'il a été pécheur, il a fait de grandes choses pour l'Eglise et qu'à la mort il pourra dire à Dieu : « Si j'ai péché par i'oiblesse, comme je l'avoue, j'ai tâché d'expier mes péchés par l'aumône, par la pénitence, par la prière et plus encore par la destruction totale de l'hérésie dans le royaume dont vous avez commis la conduite à mes soins. »
Je ne vois qu'une seule chose qui reste à expier à ce grand prince avant sa mort. Car la vie exemplaire qu'il mène maintenant fait assez voir qu'il n'est plus retombé dans le péché qu'il a pleuré. Tl a sinon trop aimé la louange, au moins un peu trop souffert qu'on le louât avec excès. Il ne devoit pas permettre qu'on fit tant de vers à sa louange, ni qu'on dressât dans Paris ni ailleurs tant de statues de bronze et de marbre à son honneur^ C'est une
1. Au moins une fois, Louis XIV eut l'air mal disposé en faveur de ces monuments élevés à sa gloire. Comme on le sait, sa statue de bronze doré, couronnée par la Victoire, avait été dressée au milieu de la place des Victoires, et le duc de La Feuillade l'aNait fait ériger et garder. La transformation de la
des choses qui déplaît davantage à Dieu, car enfin l'idolâtrie est un grand péché : « Tu ne te feras point d'image taillée pour l'adorer », dit-il à son peuple. Or, je n'ignore pas que les statues des princes de la terre ne sont pas faites pour être adorées ; mais enfin ce sont des statues et des images qui dans la vérité ne devroient être consacrés qu'au culte des saints par rapport au saint des saints.
Supprimez donc, grand Roi, tant de dépenses inutiles et qui peuvent vous causer de très cuisants remords, à votre dernière heure. Arrêtez la licence des poètes et des orateurs, même des prédicateurs qui ne croiroient pas faire un beau sermon s'ils n'y fourroient bien ou mal votre éloge.
Je ne vois plus que cela qui mérite d'être corrigé dans votre belle vie, ni qui soit plus digne de l'attention que vous avez sur vous-même, de la piété que vous professez, en un mot de Louis le Grand à qui il ne reste plus que le surnom de saint à acquérir. Je vous le souhaite, Sire, de tout mon cœur et je suis
place des Victoires ayant fait supprimer la statue du Roi, on lui en parla: « M. de Pomponne, quand la chose tut proposée au Conseil, représente à Sa Majesté que tout le monde y avoit regret de ne pas voir sa statue placée ; mais elle répondit qu'elle étoit lasse de tous ces monuments de sa gloire, et que ce seroit plutôt fait de la fondre pour en faire des sols. On espère qu'on lui fera quartier et qu'elle sera placée ailleurs : c'est un chefd'œuvre. » (Lettre de la marquise d'Huxelles, du 8 août 1698, citée par L. Delavaud, Le marquis de Pomponne , p. 233, note 4.) Cette velléité du roi ne dura pas et sa statue ne tarda pas à reparaître au même endroit.
avec un très profond respect de Votre Majesté et de votre personne sacrée le très humble et très obligé serviteur et très obéissante créature en Notre Seigneur Jésus Christ, mon maître et le vôtre.