INTRODUCTION. XI
l'esprit du prince et que le vieux Brienne avait jadis opiniâtrement combattu. Cétait assez pour qu'on lui en gardât rancune. Il est vrai que le dessein n'aboutit pas, et quelques mois après, de louches manœuvres poussèrent dans les bras du Roi la douce et tendre La Vallière. Alors le jeune Brienne nes'avisat-il pas de paraître amoureux à son tour de la nouvelle favorite ? Cétait jouer de malheur et lui-même a pris soin de nous apprendre combien fut grande sa maladresse.
Toujours est-il que le 1" avril 1661, Brienne fils perdait la rédaction du mémorial du conseil de Louis XIV, qu'il tenait depuis le 9 mars précédent, c'est-à-dire pendant trois semaines. Le Tellier allait dorénavant y pourvoir et le précédent rédacteur n'y faisait plus que quelques corrections ou additions, tout en continuant à veiller à lexécution des ordres du Roi, tandis que la direction des affaires étrangères se concentrait davantage entre les mains de Lionne. Plus tard, à l'heure des examens de conscience, Louis XIV lui-même a expliqué les raisons de sa détermination, parce que le vieux Brienne présumait trop de soi et que le fils était trop jeune — le Roi oublie qu'il avait deux ans de moins — et que, loin de donner des avis sur les intérêts de la couronne, on ne pouvait pas « seulement lui confier la fonction de son propre emploi ». C'est la vérité officielle. Si Ion y joint ce qu'on peut apprendre par ailleurs, on saura au juste la valeur du nouveau secrétaire d'État et pourquoi ses services furent jugés inutiles.
Tandis qu'éclatait la personnalité du monarque, celle du ministre se révélait aussi. Bien intentionné, mais mal en équilibre, il affiche en lui les tendances les plus diverses. Il affecte des goûts dispendieux et des habitudes de Mécène que l'état de sa fortune n'autorise pas. Tout en se faisant une cour d'écrivains à ses gages, il veut se ménager à lui-même une renommée de bon aloi. Le malheur est, ici encore, qu'il répand ses bien-