XII INTRODUCTION
faits sans discernement et que ses propres œuvres justifient mal la réputation de leur auteur. C'est vers le latin que se tourna la passion de Brienne et le besoin de conter son voyage en fut le prétexte. Si l'on croit Boilcau, qui avait le même âge que lui, Brienne, à vingt ans, affichait déjà le goût immodéré des vers latins. « Il était alors, écrit plus tard Boileau, dans la folie de faire des vers latins, et surtout des vers phaleuces, et comme sa dignité en ce temps-là était considérable, je ne pus résistera la prière de mon frère, aujourd'hui chanoine de la Sainte-Chapelle, qui était souvent visité de lui, et qui m'engagea à faire des vers phaleuces à la louange de ce fou qualifié, car il était déjà fou. J'en fis donc, et il les lui montra : mais comme c'était la première fois que je m'étais exercé dans ce genre de vers, ils ne furent pas trouvés bons, et ils ne l'étaient pas en effet. Si bien que dans le dépit où j'étais d'avoir si mal réussi, je composai l'épigramme dont il est question, et montrai qu'il ne faut pas légèrement irriter genus irritabile vatum. )) C'est l'épigramme qui a pour titre : In Marullum versibus j^haleucis antea malè laudatum, qui figure désormais dans toutes les éditions des œuvres de Boileau.
Sur ce point donc, la collaboration n'alla pas loin ; mais Brienne trouva ailleurs des prôneurs bien décidés à tirer profit de sa manie. Fort peu de temps après, en 1660, il mettait au jour une mince brochure petit in-8 de 40 pages, imprimée au Louvre par Cramoisi et contenant l'itinéraire du voyage à travers l'Europe, retracé en un latin élégant, mais tendu. Sans doute ce n'était pas l'usage que les secrétaires d'Etat consacrassent ainsi à leur propre bénéfice le loisir de leur charge et la pérennité du latin. Cette fois-ci, sans doute, la tentative assez modeste fût passée inaperçue, si la plaquette n'eût contenu un passage fort inconvenant sur les mœurs conjugales des anciens Scandinaves. Par légèreté d'esprit, par goût de la singularité,