‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 13 sur 142 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

Brienne avait laissé dans ses souvenirs cette révélation qui ne pouvait que lui nuire. Elle attira sur son œuvre une attention qui, sans cela, eût risqué de lui manquer, et quand, deux ans plus tard, en 1662, cette œuvre fut réimprimée, le malencontreux passage en avait disparu.

Mais, entre temps, Topuscule s'était accru, avec Fambition de Brienne, et aussi son dérangement d'esprit. Il reparaissait aux yeux du public sous une forme moins discrète, orné en tête d'un frontispice allégorique de Le Brun, et d'un portrait de l'auteur par le même artiste : figure fine, intelligente, inquiétante aussi par le regard mal assuré. L'ouvrage était complété par une vue d'un campement lapon, une carte et un dictionnaire géographique de Nicolas Sanson, et précédé d'un chœur de poètes latins, pour la plupart jésuites, les pères Cossart, Rapin, Jourdain. Verjus, Esprit Fléchier lui-même, qui décernaient à l'envi au jeune écrivain un brevet d'humaniste élégant. C'était triompher sans modestie, et pour mieux marquer son avantage, l'auteur avait distribué cette édition nouvelle autant qu'il avait dissimulé l'autre. On trouve encore des exemplaires qu'il offrit à toutes les bibliothèques notoires, à tous les gens en vue, parmi eux Bossuet qui a marqué la circonstance sur le titre du volume qui lui a appartenu.

Tout cela était bien fait pour agiter un amour-propre moins sensible que celui de Brienne. Pareils éloges lui montèrent au cerveau et le troublèrent de plus en plus. Certes, d'autres avant lui, Mazarin par exemple et Foucquet. avaient encouragé la muse latine des contemporains, et la gueuserie des gens de lettres avait répondu à ces avances avec un empressement trop marqué. Tour à tour ils avaient célébré Mazarin et Foucquet, qui tous deux faisaient de ces éloges un instrument de règne. Ils vantaient de même Brienne, dont la générosité les séduisait. Quelques-uns n'en étaient pas dignes, soit pour

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