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LES VOYAGES DE BRIENNE

[On a voulu insérer ici et grouper quelques témoi«^nages contemporains, pris surtout dans la correspondance des agents de la France à l'étranger, qui permettent de suivre en partie Brienne dans son long voyage à travers l'Europe, et servent de contrôle à ses assertions.]

Chaniit à Brienne père.

... Ce ne sera point encore pour cet ordinaire que je me donnerai l'honneur de vous écrire la joie que nous avons de voir M. le comte de Brienne. Il y a plus à aimer et à louer en sa personne que l'on n'en sauroit découvrir en peu de jours, le suis surpris de ce que j'en vois déjà, et je me répute heuieux d'avoir à vous donner de si bonnes nouvelles . .

Chanut.

A La Haye, le 11» juin 1654.

Affaires étrangères, Correspondance politique, Hollande, vol. 54, 1° 159 v°.

Chanui à Brienne père.

... Avec votre dépèche de ce dernier courrier, j'ai reçu celle que que vous m'avez adressée pour jNI . d'Avaugour. Je la garderai pour la lui rendre à son passage. On nous écrit qu'il étoit encore à Paris, sollicitant le payement d'une partie de six mille livres qu'il avoit peine à tirer. Je ne vois point tant de nécessité qu'il se presse pour les all'aires du Roi, que je ne sois aisément consolé de son retardement par l'honneur que je reçois d'avoir ici et d'entretenir avec plus de loisir Monsieur le comte votre fds. Je lui ai tenu compagnie aux visites chez Mesdames les princesses et la ///. 19

reine de Bohême, el du resle il a tant de complaisance qu'il ne témoigne point de s'ennuyer ennotre petite lamille. Je n'ai pas eu l'honneur de le connoitre auparavant son départ de France, mais de l'air dont je le vois agir et parler, je pense qu'il est fort changé depuis ce temps-là et je tiens pour certain qu'il ira bien plus avant dans peu d'années, car il a l'àme droite, fort résolue au bien, l'esprit curieux et prompt, et assez d'appétit de gloire pour se forcer au travail, auquel il n'est pas naturel de se porter en son âge. Son institution chez les Pères Jésuites lui a donné une conscience fort tendre, et je crois qu'il est bien qu'en ce temps où la jeunesse prend son pli et se donne quelquefois la liberté de disposer de sa condition, il voie dans l'usage du monde que la piété et la vertu se peuvent conserver aussi pures et peut-être plus vigoureuses comme plus libres dans la vie civile que dans les professions régulières. Si la comparaison n'étoit pas trop basse, je dirois que la conscience nous est comme la bouche aux chevaux : c'est par là que l'on nous conduit et que l'on nous arrête tout court dans la fougue de nos passions, mais il ne faut pas qu'elle soit trop délicate.

A ce que je suis capable d'en juger, M. le comte de Brienne a bien employé le temps qu'il a donné à sa Philosophie. Il me semble qu'il en a autant que sa condition en demande, car les Belles-Lettres me semblent lui être plus nécessaires. Aussi les aime-t-il, et M. Blondel choisit fort bien, à mon avis, celles qu'il doit prendre par ordre et lui en fait naître le désir fort adroitement. Comme il se plie facilement à ce qui lui est présenté, qu'il a beaucoup de vigueur et qu'elle augmentera encore, j'estime que vous en pouvez faire tout ce qu'il vous plaira. Mais soit que son naturel le porte plus à la douceur qu à la fierté, soit qu'il s'estime déjà destiné par votre choix, il me semble qu'il se forme principalement à suivre le chemin que vous lui marquez. Et certes, entre tous les signes d'un beau naturel que nous voyons en lui, je prise beaucoup le grand respect et la

grand amour qu il a pour vous et pour Madame sa mère. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous le conserve, et du reste je suis assuré, avec laide de Dieu et le soin que vous en laites ])rendre, qu'il sera très digne de sa condition et de votre amitié. De ma part, je rends grâces à Dieu qu'en la résolution où j'étois de vous obéir en vous écrivant franchement ce que j'en connoissois, j'aie eu à vous en laire un si bon rapport, et vous procurer en cela une des plus grandes joies que l'on puisse recevoir dans la vie. Je suis, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

Chanut.

A La Haye, le 18 juin 1654.

Ibid., (° 1(53 v•^

il/""^ de Brienne à Christine de Suède.

Madame, je ne puis refuser à M. Sparr de rendre par lui à Votre Majesté un devoir que mon respect a retenu depuis quelque temps, bien que ma passion m'en ait très souventsollicitée. Je crois. Madame, que la bonté de Votre Majesté agréera que je lui rende le témoignage, que je dois à la vérité, de l'approbation générale que ledit sieur Sparr s'est acquise en France, et qu'il v a servi Votre Majesté avec soin et fidélité. Je l'ai supplié de dire à Votre Majesté ce (jue iM. de Brienne et moi sentons sur la résolution qu'Elieaprise et dont il me semble (|ue tout le monde craint l'accomplissement. Pour moi. Madame, qui admire tout ce (jue Votre Majesté fait, j'avoue que je demande à Dieu de tout mon cœur que sa gloire se trouve dans une si belle action aussi bien que la vôtre. Je ne puis soulï'rir qu'elle soit bornée par les temps : je la désire éternelle, et que vous ne quittiez jamais ce que votre naissance vous donne que pour des choses qui sont mille fois plus élevées. J'espère, Madame, que Votre Majesté me pardonnera la liberté de ce souhait, et qu'Elle voudra bien voir mon fils,

comme elle m'a lait Thonneur de me le promettre. Il part avec M. d'Avaugoiir, que le Roi envoie ambassadeur vers Votre Majesté. S'il est assez heureux de trouver encore Votre Majesté sur le trône, il y verra la pratique des plus belles règles du parfait gouvernement, et si Votre Majesté l'a quitté, comme toute l'Europe en est menacée, il ne laissera pas, si Votre Majesté veut bien qu'il ait l'honneur de lui faire la révérence, de voir en votre personne des qualités dignes de toutes sortes de grandeurs et de se soumettre à cet empire des esprits et des cœurs, que Votre Majesté conservera toute sa vie et qui lui donnera en tous temps une autorité plus étendue que celle de la fortune, que tous les hommes raisonnables ne sauroient s'empêcher de respecter et de laquelle je continuerai toujours d'être sujette pai' estime, comme je serai toute ma vie par inclination.

[Juin 1654.]

Bibliothèque de l'Arsenal, m s. n° 6034, f° 392.

Bi'ietine père à ifAçau^oii?'.

... J'achève celle-ci en vous conviant d'aviser avec M. Chanut, si le changement arrivé en Suède ne me doit point empêcher d'y laisser aller mon fils, s'il sera de son avantage de vous accompagner en Danemark, et, de là, quel chemin il doit tenir pour continuer son voyage. Je suis en sorte persuadé de votre amitié que je ne crains point de vous demander conseil. Aussi devez-vous faire état de mon très humble service, et je commencerai à me louer de la fortune, lorsqu'elle m'aura fait naître les occasions de vous en rendre.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Loménie-Brienne.

A Sedan, ce 5 juillet 1654.

Affaires étrangères, Correspondance politique, Suéde, vol. 20, (» 217.

Chanut à B?-iennf> père.

... De Paris, le 19" on nous écrit que M. d'Avaugour n'étoit pas encore parti, et à vous confesser la vérité, nous l'attendons sans impatience. M. le comte de Brienne étudie tout le matin ; l'après-dînée il visite les beaux lieux du voisinao^e et les principales maisons des dames dupavs. Le soir, les entretiens de lettres nous exercent avec grand plaisir. Tout son temps est plein et de telle sorte que, se mettant au lit, je ne crois pas qu'il ait sujet d'en plaindre l'emploi. Soyez-en, s'il vous plaît, jaloux, mais je crois qu'il ne sortira point d'ici qu'il ne m'aime quasi autant que vous faites.

Je suis, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

Chanit.

A La Haye, le 25 juin 16.54.

Hollande, vol. 54, i« 172 r".

Chiinul à Ih-iennc père.

... Nous attendons à tous moments M. d'Avaugour et déjà je ressens la douleur de perdre la compagnie de M. le comte de Brienne. .l'ai usé auprès de lui de toute l'étendue du pouvoir que vous m'avez donné ; et comme si mes paroles avoient été autant animées de votre autorité que de mon zèle, je lui ai vu concevoir des ardeurs incroyables pour la vertu et des i(>solulions bien fermes de pratiquer les petits avis que j'ai pris la liberté de lui donner pour ses études, (pie j'estime qu'il doit tourner non point à de vaines curiosités, mais aux solides moyens de profiter auprès de vous et de bien recevoir le flambeau que vous lui donnerez. En vérité, il est tel que je l'aurois servi et aimé quand même il m'auroit été d'ailleurs inconnu et que je

n'aurois pas su qu'il est fils d'un père qui m'a fait autant de bien que s'il étoit aussi le mien.

Je suis, Monsieur, votre iirs hmubie, très obéissant et très obligé serA'iteur.

(>HANUT.

(Sans date).

Ibid., f" 206 v«.

CJianut à Briennc pbve.

... Le doute qu'il semble ({ue vous ayc2 lait d'ajouter une pleine créance à ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire de Monsieur votre fils nous blesseroit tous deui, si l'on pouvoit être offensé d'un père et maître. Cl^oyexmoi, Monsieur, il est digne dé vous et de votfë estime, et je suis digne de foi au témoignage que je vous en ai rendu. Je l'ai donné avec réserve et en la pensée que vous aurez un nouveau plaisir, lorsque vous lé verrez meilleur que je ne le vous ai dépeint. Plus je l'observe, mes espérances croissent. Nous ne perdons point le temps en attendant M. d'Avaugour et nous craignons lui et moi qu'il vienne trop tôt. Trouverez-vous bon. Monsieur, que je vous découvre une appréhension sur ce qu'on nous écrit qu'il y a quelques jeunes gens de condition qui viennent avec M. d'Avaugour. Il arrivera peut-être que quelques-uns se voudront attacher à M. le comte de IJrienne pour le suivre dans le reste du voyage que vous lui avez commandé de faire. Cela serolt plein de péril pour ses mœurs, pour son instruction et pour le bon usage de son temps, car notre jeunesse est pour la plupart insolente, tumultueuse et débauchée. C'est ce qui me donne la pensée de vous supplier de lui donner la liberté, ou plutôt à M. Blonde! (duquel il est plus à propos que vienne le refus), qu'ils n'admettent personne dans leur compagnie, quelque recommandation qu'elle aie, s'ils ne connoissent que sa conversation puisse profiter à M. le comte. Le zèle que j'ai à votre service et

l'affection qtie je prends pouf de si riches commencements me portent à me mêler ainsi de ses affaires, et de ma vie je ne cesserai d'y prendre intérêt, puisque je suis véritablement, Monsieur, votre très humble et très obéissant et très obligé serviteur.

CnA>'UT.

Annotation au dos :

Sans date. Reçu à Sedah le 20* juillet 1654. ibicL, f'^ 185.

Chamit à Brienne père.

... Permettez-mi»i, \Ionsieur, de rendre compte à M'"* de Brienne du départ de Monsieur le comte votre fils, et de laconsultalion que nous avons faite par votre commandement sur son voyage. A l'égard de M. Blondel, duquel vous agréez que je vous aie rendu bon témoignage, en la dépêche qu'il vous a plu de m'écrire du 15" de Ce mois, j'espère que le succès ne le détruira point. La charge qu'il fait veut un homme de bieti essentiellement tel, et qui ne cherche point à s'insinuer par de mauvaises complaisances. En le louant de ces qualités, je ne dois pas omettre que Monsieur le comte ne mérite pas moins d'estime de ce qu'il se soumet sans peine <à la direction et à la libre censure du gouverneur que vous lui avez donné...

Je suis, Monsieur, votie très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

Chanlt.

A La Haye, le 22 juillet 1554.

Ibid., P 195 v°.

Cltannl à Brienne père

Monsieur, deux heures après avoir fermé les dépêches de l'ordinaile decnier, M. d'AvaugoUr arriva. Il m'a donné peu de temps pour le désir que j'avois de le retenir ei \;\

crainte de perdre la compagnie de M. le comte deBrienne, mais autant qu'il a été nécessaire pour nous donner l'un à l'autre les informations des affaires auxquelles nous devons servir. M. Blondel étoit en peine pour n'avoir pas reçu les lettres de change qu'on lui avoit écrit que M. d'Avaugour apportoit. Il n'a pas laissé de se mettre en chemin, Monsieur le comte me laissant ordre d'ouvrir les paquets que je recevrai pour lui et de faire refermer la lettre qu'il attend à Amsterdam ou une autre payable à Hambourg, où je la lui ferai tenir si elle vient assez à temps pour l'v trouver encore. Et si, par quelque rencontre, l'on avoit omis à Paris de lui envoyer les lettres de change par le premier ordinaire, j'écrirai à quelqu'un de mes amis à Hambourg qu'on lui fournisse ladite somme de deux mille livres en prenant sa lettre de change payable à Paris. Nous nous sommes séparés avec beaucoup de peine et, si je l'ose dire, avec une mutuelle satisfaction. Si, pour chose si grande l'on pouvoit recevoir une si faible caution, je ne craindrois pas de vous répondre, qu'avec la grâce de Dieu, vous aurez en lui un fils digne de vous. Il attire la bienveillance de tous ceux qui le voient et surtout je ne puis assez louer l'incroyable désir qu'il a de se perfectionner et de vous plaire. J'ai pris la liberté de conseiller à M. Blondel de le hasarder le moins qu'il pourra aux passages de la mer et au lieu de s'embarquer à Lubeck ou à \\ ismar avec -M. d'Avaugour, de traverser tout le Danemaik et la Suède, qu il va pour voir principalement. De même j'ai été d'avis qu'au lieu du trajet de Stockholm à Dantzig, qui ne sera point sans péril vers les équinoxes, où ils le feroient, ils passent de Suède en Aland, et de là en Finlande, à la capitale du pays Abo, de là à Kevel et tout au long de la Livonie, Courlande et la Prusse ducale à Dantzig.

Sur le point de fermer cette dépèche l'ordinaire nous arrive où je trouve les paquets pour M. le comte de Brienne, dans lesquels sont sans doute les lettres de change

qu'il altendoit. Je vais lesenvover par un exprès à Amsterdam où je suis assuré qu'on le trouvera encore demain du matin.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant et très obligé serviteur.

Chahut.

Sans date. Annotation au dos : Postscript, de M. Chanut du 25 juillet 1654.

Ibid., P 190.

CJianut à Drienne père.

... Je vous rends. Monsieur, très humbles crrâces de la justice que vous me laites en me reconnoissant pour vôtre, et pour une personne fidèlement attachée aux intérêts de votre maison. Je n'en prétends point de mérite auprès de vous, pour ce que votre bienveillance et vos bienfaits ont prévenu tous les services que je vous pourrois rendre ; mais je me réjouis en mon âme que vous me connoissiez pour ce que je suis, et qu'il vous plaise d'y prendre confiance. J'ai loué la résolution que Monsieur le comte votre fils m'a fait l'honneur de m'écrire de Hambourg qu'il a prise, après avoir manqué la reine de Suède de quelques heures. De l'air dont cette princesse prend sa course, iî est quasi impossible qu'il ne la retrouve dans la sienne en quelque endroit du monde, et s'il avoit maintenant perdu l'occasion devoir un roi et un état avec lesquels nous aurons toujours à négocier, il ne le rencontreroit plus. C'est la consolation que je lui donnerai par le premier ordinaire, prenant la liberté de continuer avec lui un commerce de lettres tantôt latines et tantôt françoises qui me feront connoîlre qu'il se tient parole à lui-même dans le bon dessein qu'il a pris de se former un style qui vous puisse plaire...

Je suis, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

Chanut.

A La Haye, le 6" août 1654.

IhhL, f» 209.

Chanut à Briennc père.

... Je ne puis, Monsieur, demeurer en silence sur la bonté que vous me témoignez de vouloir bien faire quelque londement sur moi pour le service de Monsieur le comte votre fils. Je vous promets, Monsieur, en homme de bien que je vous garderai fidélité en sa personne tant que Dieu me donnera la vie, et qu'il aura en moi un serviteur assuré qui aimera sa gloire et la procurera de toute son industrie, sans prétendre autre chose que de vous rendre une partie de ce qu'il vous doit.

Je suis. Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

Chanut.

A La Haye, le 20'' août 1654.

rbid., P219 v^.

Picfjiœs à B rien ne père.

A Stockholm, ce 12 septembre 1654.

Monseigneur, j'ai reçu cette semaine tout à la fois les deux dépêches qu'il vous a plu me faire des 11 et 23 août de Pérônndj et ai été fort consolé d'apprendre que les miennes des 19 et 27 juin, dont j'étois en peine, vous aient été rendues. J'espère que vous aurez envoyé à M. l'ambassadeur d'Avaugour celles du Hoi dont j'ai besoin et que je vous ai demandées pour me pouvoir licencier de Sa Majesté de Suède, et me retirer d'ici. Mon dit sieur l'Ambassadeur n'est point encore arrivée Pour Monsieur le comte votre fils, il y a déjà huit jours qu'il est datis cette cour. Il lui est tombé une fluxion sur les veux qui l'incommode un peu. Je ne vois pas qu il y ait rien à craindre ; au contraire, il y a toutes les apparences du monde qu'il en sera dans peu de jours entièrement soulagé, de quoi je prie Dieu de tout mon cœur.

Suède, vol. 20, t° 333.

Chanut à Brienne père.

... Je ne finirai point celte lettre sans prendre la liberté de me réjouir devant vous de l'arrivée de M. le comte de Brienne en Suède, bien que je ne sois pas sans peine à cause de la saison qui est déjà fort avancée. M. Picques m'écrit l'arrivée de M. d'Avaugout-, et la peine où il se trouve de ne pouvoir sortir, faute de moyens de payer ses dettes. J'espère que vous en aurez compassion ou plutôt que vous la donnerez à Messieurs des finances.

Je suis, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

Chanut.

A La Haye, ce 8 octobre 1654.

Hollande, vol. 54, f" 259.

D' As'aui^uur et lirlcnne /Un à Jh-icn/w pcrc.

A Stockholm, le 10 octobre 1654.

Monseigneur, après les très humbles remerciements que nous vous rendons d'avoir joint en même commission deux personnes autant unies et passionnées à vous servir et honorer comme elles v ont d'obliijalion, nous commencerons par vous dire le déplaisir que nous avons de ne pouvoir pas nous servir de la lettre commune pour nous établir en même temps. Elle ne lilule et ne nomme ambassadeur- que l'un de nous, et nous douions avec raison que (selon la teneur d'icellei l'autre soit reconnu pour tel en une cour bien ponctuelle aujourd'hui et de près marquée à toutes les cérémonies qu'elle doit faire et recevoir. De sorte qu'afin de ne nous trouver tous deux non seulement en égalé peine et dispute, mais en bien plus grande, pour nous faire recevoir ensemble et par le moyen de la lettre commune, nous avons jugé à propos que l'un s'établisse avec la particulière, pour être autorisé et avoir pris meilleur moyen de servir I autre, allant ainsi au plus sur et suivant le che-^

min qui nous semble plus court aussi de faciliter toutes choses. Car nous nous ferons entendre au roi, et, plaidant avec lui-même notre cause et notre procès, nous devons espérer davantage qu'avec ses ministres, qui le flattent possible trop dans ses pensées et prétentions toutes nouvelles.

Sitôt que la poste d'hier fut arrivée, le roi ne manqua pas d'envoyer promptement à notre locjis demander si on avoit reçu des lettres de la Cour, et si elles portoient une nouvelle créance. A quoi l'un de nous répondant selon qu'il savoit, il fut enquis du temps qu'on le voudroit communi- ((uer audit roi. Sa Majesté ayant impatience grande pour les voir, on répliqua civilement là-dessus au maître de cérémonies, nommé Linde, qui parloit, que le Roi n'en avoit pas eu une moindre de faire compliment à son maître, puisque Sa Majesté lui avoit envoyé tant de lettres et de personnes expressément députées pour cela, avant môme la réception des notifications ordinaires, ajoutant qu'on déchiffroit nos dépêches, et qu'après les avoir lues et fait copier les lettres de créance, on lui montreroit fort volontiers ces dernières, prenant cependant le temps qui étoit nécessaire pour délibérer entre nous ce que nous devrions faire avec nos lettres et desquelles il faudroit se servir les premières, vous assurant, Monseigneur, que sans icelles nous n'avions point à espérer d'audience, ni à être traité d'ambassadeur non plus, pour les raisons ci-devant alléguées.

M. Linde retourna chez nous le même jour, auquel nous montrâmes copie de la lettre de créance particulière qu il demanda avec instance pour la faire voir à son maître, et nous fûmes jusqu'au midi du lendemain incertain si elle lui plairoitou non, quoique nous eussions même jugé à propos d'ajouter aux titres ceux du comte Palatin du Rhin, duc de Bavière, Julliers, Clèves et Berg, affectés par ce nouveau roi de même que ceux de la Suède, ayant ses raisons pour cela, que nous n'avons pas jugé devoir être disputées par la France, autrement ne nous fussions nous pas émancipés de cette petite addition-là.

Cependant, en la place de M. Linde que nous allendions avec impatience, le roi de Suède nous envoya un de ses secrétaires nommé Canterstein, pour nous dire qu'il avoil vu copie de la lettre du Roi, obligeante par sa teneur, mais que les titres de la suscription, nommément ceux de Très haut et très excellent, qui, revenant à Altesse et Excellence concédés à de petits princes, n'égaloient non plus celui de Sérénité baillé au Roi dans la lettre que celui de Suède lui avoit écrite, que le mot de ^'ous en trançois revenoit peu à celui de Sérénissime dont Leurs Majestés se servoient en dedans de le^irs lettres qu'ils s'écrivoient, qu'il seroit mieux que Leurs Majestés convinssent d'une langue tierce commune à tous deux, l'un ne pouvant parler sa langue sans donner sujet à l'autre de faire de même, ajoutant pour fin de son discours, accompagné de paroles civiles et assez choisies, que le roi de Suède recevroit maintenant la lettre du Roi écrite en François sans nulle conséquence pour l'avenir, où il se déclaroit neltement à nous ne pouvoir ni ne vouloir aussi plus le faire; que nous en informassions la Cour et y rendissions nos ofîices à ce qu'elle voulût se résoudre aux désirs de Sa Majesté, qui, deux heures après la sortie du secrétaire Canterstein, nous fit renouveler cette belle protestation par M. Linde, lequel assura l'un de nous d'avoir audience quand il voudroit, après avoir fait son entrée dans la ville.

Cependant, pour revenir à M. Canterstein, on ne le laissa pas retourner auprès de son maître comme il pensoit, ni avec espérance que nous nous emploierions à la Cour de solliciter ce qu'il désiroit. Car il lui fut nettement dit que la France écrivoit aujourd'hui au roi son maître comme elle avoit toujours lait aux autres rois de wSuède, lesquels ayant toujours répondu en latin tant en France qu'aux autres rois, il se trouvoit que la nouveauté n'étoit pas du côté de la France, assurant de plus que sa chancellerie, assez connue et considérée dans le monde, n'avoli encore jamais écrit sinon en françois aux empereurs, rois et princes chré-

tiens et autres, ni jamais parlé que par i>oi(s au dedans des loitres ; mais que ce mot de i'ouSj mon frère, qui y éloit mentionné, et puis celui de roi mis à la suscription dénotoient l'un et l'autre titre de Majesté qui étoit bien plus que celui de Sérénité, dont il parloit, avec d'autres raisons civilement représentées, qui dévoient persuader M. Canterstein que son maître obtiendroit tout aussi peu que la chancellerie de France changeât sa façon d'écrire, que nous nous employassions pour l'ei* solliciter et y laire servir le roi son maître en ce point-là, qu'on ne laisseroit pas d'y écrire ce qu'il vouloit nous charger de rapporter, mais qu'il pouvoit l'assurer que la France n'écrii*oit pas en autre façon à lui qu'à tous les autres rois, tant pour les titres que pour la langue, dont pas un ne s'étoit jamais plaint ni recherché du chan'^emenl.

Quant au point de l'audience, nous répondîmes à M. Canterslein que nous la ferions demander après l'entrée dans la ville, que nous n'eussions pas efïéctuée sans le long temps que nous avons resté dans la maison et pour faire voir au monde que nous y sommes tous vivants. INolre commission sera partagée : celui de nous deux qui paroilra le premier à l'audience ne touchant que la congralulalion de l'avènement du roi de Suède à la couronne, laissant entièrement celle pour le mariage à son collègue, duquel il ne parlera sinon qu'en y faisant espérer une commission extraordinaire, et afin de préparer l'esprit du roi à cette allente et à la recevoir dans s(»n temps. Nous ne pouvons encore savoir comment cette seconde cérémonie passera, ni ce que nos négociations particulières moyenneront d'avantageux pour la commission, mais nous croyons bien, Monseigneur, que vous êtes assez persuadé qu'il ne sera rien omis de notre part que nous dussions et pensions faire.

Nous remettons, s'il vous plaît, les réponses dues à toutes vos lettres d'aÛaire, aussi bien qu'à vous informer de celte cour, jusqu'après y être établi, et avoir commencé de parler au monde, afin de vous informer justement et assuré-

ment des choses les plus importâmes à savoir, vous disant néanmoins ici en passant que le comte Erick, qui doit succéder à la charge de feu son père, devant aller en Angleterre après son ambassade du Holsteinet devant lui quelque gentilhomme envoyé pour préparer les voies à ce futur ambassadeur, cela doit assez faire croire que Messieurs les Suédois ont négocié ou vont maintenant négocier avec Monsieur le Protecteur d'autres choses que pour le seul regard du commerce.

Nous sommes avec toutle respect que nous devons être, Monseigneur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

D'AvAlGOUR,

De Lomkme-Bkienne.

Suède, vol. 20, (" 362.

Brienne perc à d^Ai'aus;nur.

^^(>nsicu^, comme Tordinairc dépêche decetlc villele 11^ du mois passé vous doit avoir rendu il y a déjà quelque temps (ainsi que je vous en avertis par celui qui partit il y a huit jours) les lettres de créance sur vous et sur mon fils pour féliciter le roi de Suède de son élévation sur le trône et de son mariage avec une des princesses de Holstein, en la forme qu'il les pouvoit désirer, c'esl-à-direavec les titres qui ont de tout temps été donnés aux rois de Suède, je n'ai rien à répondre à votre dernière dépêche, puisqu'elle ne contient autre chose cjue ce qui regarde le refus que vous m'aviez déjà mande d'avoir été fait de vous admettre à l'audience, faute de ces lettres de créance...

Je suis. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De LoMÉNiE-BniEisivE.

A Paris, ce 30 octobre 1654.

Suéde, vol. 20, f"402.

.ÎOA APPENDICES.

Brienne père à (TAvaugour.

Monsieur, bien que la lettre que vous m'avez écrite en date du 10 du passé qui me fut rendue le 3 du courant, se trouve signée de mon fils, parce que vous l'avez voulu, comme de vous, ce ne sera qu'à vous seul à qui je ferai réponse. Il n'a pas été de l'intention du Roi qu'il y eût deux ambassadeurs en Suède, l'un au titre d'extraordinaire, qu'il eût fallu donner à mon fils, puisque vous y avez été envoyé avec celui d'ordinaire, parce que Sa Majesté n'a pas désiré, et je ne l'aurois jamais su consentir, que mon fils eût pris la main sur vous ; mais bien, puisqu'Elle l'a honoré de la charge de sa dernière confiance, faire que le roi de Suède reçût par son entremise les témoignages de la joie que son avènement à la couronne et son mariage peuvent lui causer, m'étant peut-être flatté que votre adresse et la manière différente de laquelle les rois de Suède ont vécu au passé avec la France feroient que le roi de Suède se résoudroit à une chose qu'il eût pu autoriser des termes de la lettre que vous lui aviez rendue.

Je lairrai à mon fils le soin de vous témoigner le ressentiment qui lui reste et que j'ai de la façon obligeante de laquelle vous l'avez traité et me contenterai devons protester que j'en aurai toute ma vie un entier ressentiment.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant

serviteur.

De Loméme-Brienxe.

A Paris, ce il" jour de novembre 1654.

Suède, vol. 20, f° 356.

Brienne père à (TAvaugour

. .. Évitez donc, demandant des ordres, de dire que vous attendez ceux de la Cour, mais seulement du Roi, qui lait voir qu'il a des pensées dignes de la grandeur de sa nais-

sance, et s'il les conserve et se met en état de les exécuter, vous, Monsieur, et mon fils, serez en part de la gloire qu'il acquerra, car votre suffisance et votre courage vous feront considérer par lui. Je me flatte de croire que mon fils aura cette même fortune. Je vous demande la continuation de votre amitié et de croire que je suis. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Loméme-Brienne.

A Paris, ce 20 novembre 1654.

Suède, vol. 20, f" 429 v".

Brienne père à cV Avdiiiiour.

Monsieur, vous continuez à favoriser mon fils de si bonne grâce et avec une affection si sincère que je ne puis m empêcher de vous en remercier ; mais vos soins ne lui procureront pas l'avantage que vous désireriez, parce qu'il n'a pas semblé juste que le Roi se mît en soin d'honorer extraordinairement celui du Nord, qui reçoit avec froideur ce que ses prédécesseurs avoient recherché, outre que l'indisposition de mon fils est telle qu'il y a apparence qu'elle l'empêcheroit de faire le compliment au roi et à la reine de Suède qu'il convient sur leur mariage, de sorte qu'il a été jugé à propos de laisser à vous seul le soin de leur rendre cette civilité.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Lomiîmie-Brieîsne.

A Paris, ce 27 novembre 1654.

Suède, vol. 20, 1° 393.

Le comte Magnus de La Gardie à Brienne père.

Monsieur, l'arrivée de M. le comte de Mrienne, votre fils, en cette cour, m'avoit donné beaucoup de joie dans l'espé- ///. 20

rauce qu en sa personne je pouri'ois témoigner à Voire Excellence le ressentiment que j'ai des faveurs qu'elle m'alait en France. Je me trouve pourtant déçu, Monsieur, par les soins que M. l'Ambassadeur en prend, et je vois d'un œil jaloux l'avantage qu'il en reçoit à mon préjudice. Si je n'ai pas droit de le lui disputer, d'autant qu'il enétoit en possession avant mon retour à la cour, du moins vous puis-je assurer que le désir de lui être utile ne cède pas au sien, et que je tiendrois à un grand bonheur de lui en donner des marques assurées.

J'ai prié jM. Olivier de voir Votre Excellence de ma part, pour lui confirmer cette vérité, et lui renouveler les offres de mes très humbles services, en la conjurant de me continuer l'honneur de ses bonnes grâces. C'est une personne de qui je fais une estime très particulière et que je prends la liberté de vous recommander et vous supplie très humblement me faire la faveur d'introduire auprès de ^lonsieur le Cardinal, afin qu'il lui puisse rendre la lettre que je lui écris en réponse de la sienne.

Je ne parle point de lui à Son Eminence pour ce que je n'ai pas encore eu occasion de témoignera Leurs Majestés le zèle que j'ai pour leur service, dansles choses que Monsieur l'Ambassadeur doit proposer au Roi pour l'union étroite des deux couronnes. !Mais j aurois une obligation très sensible à Votre Excellence si elle avoitla bonté de lui faire connoître que je m'intéresse beaucoup en la fortune dudit sieur Olivier et que je lui serois très redevable si elle le re^arJoit favorablement à ma considération.

Ce sera, Monsieur, un accroissement de bienfaits, les- (juels je tâcherai de mériter par mes obéissances et serai continuellement. Monsieur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.

M. DE La Gaiîdie.

A Stockholm, le 8 décembre 1654.

Suède, vol. 20, f 465.

Chanut à B vienne père.

... Vous me traitez, Monsieur, avec trop de grâce, dans le jugement que vous faites de ma réponse à la reine de Suède. Ce que vous en écrivez vaut beaucoup mieux que la lettre même, et vous me l'avez donné pour consolation du déplaisir que j'ai eu de me voir réduit à déplaire à cette princesse. Permettez-moi, Monsieur, de vous rendre en échange de la charité que vous avez pour moi, une conjouissance fidèle du bon succès qu'a eu M. le comte de Brienne dans sa première action publique auprès du roi et de la reine de Suède. Il m'en est écrit de Stockholm en des termesquime comblent de joie. Vos espérances. Monsieur, seront surpassées en ce brave fils. Laissez-le, s'il vous plaît, former avec un peu de loisir en voyant le monde, afin que dès son abord en France il s'établisse en la réputation qui sera le fondement de l'estime perpétuelle de toute sa vie. Pardonnez-moi si je parle si librement ; je suis de votre maison, vous m'y avez reçu pour un serviteur inaliénable, j'y ai intérêt...

A La Haye, le 28 janvier 165.5.

Hollande, vol. 54, f° 330 v°.

Chanut à Brienne père.

... J'ai de l'impatience que le dit sieur Picques soit auprès de vous. Monsieur, pour vous dire, comme spectateur, l'estime que M. le comte de Brienne laisse de sa personne et de sa conduite dans la cour de Suède. Ne vous déchargez point. Monsieur, sur cjui que ce soit de l'obligation que vous avez à Dieu solidement de ce que vous l'avez lait tel qu'il est. Vous vous reconnoîtrez tellement en lui, en ses actions, en toutes les nobles inclinations au bien, que vous avouerez que, pour son instruction, il est seulement besoin d'empêcher que l'abord du mal et des mauvais exemples

corrompent les grâces qu'il a reçues en naissant et que dedecorent henè nata culpae...

X La Haye, ce 25 février 1655.

Ibid., f°345.

Brienne fils à sa mère.

A Dantzick, le 9 avril 1655.

Madame, le roi de Suède partant le 1^"" de février pour son voyage vers les frontières du Danemark, et M. d'Avaugour l'accompagnant, je pris ce jour-là congé de lui, et de toute la cour, et partis de Stockholm le 2®, et arrivai le lendemain à Upsal, capitale de la province d'Uplande et le seul archevêché de toute la Suède ; où nous vîmes, dans l'église cathédrale, des tombeaux des rois, entre autres une grande châsse d'argent, dans laquelle reposent les reliques de saint Eric, qui ne laissent pas d'être conservées avec grand soin, quoique par des Luthériens.

Nous considérâmes aussi le château royal qui est bâti sur une montagne hors la ville et entrâmes dans la salle où la reine Christine a fait son abdication.

Le même jour, nous sortîmes de l'Uplande pour entrer dans la province de Westmarnie, et de là à Sala, ville capitale, à cent pas de laquelle sont les mines d'argent, que nous vîmes avec un extrême plaisir, et comme une chose très digne d'être considérée, tant à cause de la profondeur que pour la beauté et rareté des machines qui servent à tirer le métal du fond de la mine et à en tirer les eaux.

Nous arrivâmes ensuite à Cupersberg, de la province de Dalécarlie, où sont les riches mines de cuivre, qui est ce qu'il y a de plus beau à voir en Suède. Elles sont creusées jusqu'à la profondeur de 116 toises, c'est-à-dire trois fois plus que la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris, par la force du feu qui consume le rocher. Il y a douze mille ouvriers qui y travaillent incessamment, et des machines admirables pour aider leur travail.

Ensuite, passant par la province de Helsingland, nous vînmes à Hudwiswald, ville fort marchande au bord de la mer, puis en la province deMedelpadie et à la ville de Sundswald, où se font toutes sortes d'instruments pour la guerre ; de là dans la province d'Angermanie, où nous ne vîmes, durant trois jours, que des bois de sapin et rochers.

Ensuite, nous entrâmes dans la province de Bothnie, qu'on appelle occidentale et vînmes à Umea, petite ville qui donne le nom à la province des Lapons ; et ayant trouvé le passage de la mer libre, nous ne voulûmes pas prolonger notre chemin jusqu'à l'extrémité du golfe. Ce qui fit que j'allai voir, le jour d'après, les Lapons qui avaient pour lors leurs tentes à deux lieues de la ville d'Umea.

Ce sont des peuples qui n'ont point de demeure assurée, sont sauvages et ne se nourrissent que de gibier et de poisson ; et pour cela demeurent tantôt proche d'une forêt, tantôt d'une rivière ou d'un lac. Leurs tentes sont faites de longues perches attachées par le bout d'en haut, qui viennent en arrondissant par le bas, couvertes d'écorce de bouleau pour parer l'injure de l'air, néanmoins ouvertes par le haut pour donner issue à la (umée du feu qu'ils font au milieu. Ils y peuvent bien demeurer six personnes à la fois ; mais il faut toujours qu'elles soient assises à terre, parce que les tentes sont fort basses.

Ils se servent de deux sortes de machines pour passer les neiges sans v enfoncer : l'une avec de longs bâtons aplatis des deux côtés, relevés par le bout, dont lun est plus long que l'autre, qu'ils attachent à leurs pieds, et se gouvernent avec une perche qu'ils tiennent à la main ; l'autre est la plus commode, ce sont de petits traîneaux en forme de bateau, dans lesquels il ne peut tenir qu'une personne à la fois, que traîne un animal qu'on appelle renne, de la peau duquel ils se vêtent, le poil en dehors, qui ne se trouve en aucun pays que celui-là.

Il est fait presque comme un cerf, excepté que sa tète

ressemble à celle d'un veau et que ses cornes sont velues à l'extrémité. Ces bêtes emportent ces traîneaux avec une vitesse incroyable, dans lesquels les Lapons ne font point de difficulté de passer sur les rochers les plus escarpés. >^ous nous limes ramener par les Lapons dans lesdits traîneaux jusqu'à la ville, mais je ne saurois vous exprimer la vitesse avec laquelle lesdits animaux nous traînèrent.

Nous en sortîmes le jour même et passâmes sur la Mer Glacée aux îles de Rvarken, avec un froid le plus rude qui se puisse sentir, en sorte que si nous n'eussions été vêtus et fourrés comme les Lapons (les habillements desquels nous porterons en France par curiosité), le froid nous auroit beaucoup incommodés ; mais ils sont si chauds que nous n'avons presque point souffert.

Au sortir de la mer, nous entrâmes dans le grand-duché de Finlande, et quittâmes le royaume de Suède, à qui pourtant il appartient, et arrivâmes dans la province de Cajnie, autrement Bothnie orientale. Nous vînmes à Vasa, petite ville sur le bord de la mer: ensuite dans la province de Tavastie ; de là dans la province de Fine et enfin à Abo. capitale de la Finlande, d'où je me suis donné l'honneur de vous écrire, ville située entre les deux golfes Bothnique et Finnique.

Delà, côtoyant le sioen ^ Finnique, nous entrâmes dans la province de Nyland, et, passant à Borgo, port de mer, nous entrâmes dans la province de Carélie et à Viborg, ville frontière de la Moscovie. De là nous passâmes sur les glaces du golfe Finnique jusques à Nerva, ville de l'Ingrie, province de Moscovie, que les Suédois possèdent maintenant, ensuite dans la province d'Estonie. Et passant à Wesenborg, ville de peu de conséquence, nous arrivâmes à Revel, \i\\e fort jolie et beau port de mer, et de là à Pernau, ville aussi maritime.

Et côtoyant le golfe de Livonie, nous vînmes à Kiga,

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