Golfe
capitale de Livonie et dernier lieu de la domination suédoise, où j'ai été reçu par M. le connétable Gustave Horn avec autant dhonneur qu'il se puisse. Il m'a toujours traité comme si j'eusse été ambassadeur extraordinaire en Suède, et m'a lait défrayer tout le temps que j'ai demeuré audit Riga. Il m'a aussi donné ses traîneaux qui m'ont mené jusque sur les terres du prince de Courlande qui envoya trois carrosses au devant de moi, à trois lieues de sa résidence, avec le capitaine de ses gardes du corps.
Au reste, Madame, j'ose ici, avec votre permission, prier mon père de vouloir remercier par quelqu'une de ses lettres M. le connétable Horn de tant de civilités que j'ai reçues, comme aussi M. le prince de Courlande, qui m'a retenu trois jours auprès de lui avec tous les honneurs possibles. Il m'a traité en ambassadeur extraordinaire, m'a fait servir à table par trois gentilshommes servants, faire l'essai des viandes et tenir les gardes du corps, jour et nuit, à la porte de ma chambre.
Il m'a promis de m'envoyer les deux plus beaux chevaux de son écurie, aussitôt que je serai arrivé en France, et m'a fait de fort beaux présents d'ambre et de pied d'élan. J'ose vou« dire encore une fois que je supplie très humblement mon père d'écrire à ces deux personnes pour leur témoigner qu'il prend part aux honneurs que j'ai reçus d'eux. J'espère cette grâce de sa bonté.
Le pi'ince de Courlande m'a fait conduire par trois de ses gentilshommes jusques hors de ses terres et toujours traiter par ses officiers. Je les laissai à Memel, première forteresse de la Prusse ducale, et avant passé le bras de mer qu'on appelle Kurische-llaff j'arrivai à Kœnigsberg, capitale de la Prusse ducale, où nous fîmes nos Pâques. De 1.1 passant par toutes les villes de la Prusse royale situées sur le bord de la mer dite Frische iNehrung, j'arrivai à Dantzig, le 3° d'avril.
J'ai oublié de vous dire que les marchands de Higa, me donnant la collation dans la maison de leur Bourse, où ils
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conservent des reliques de saint Georges qu'ils oui prises dans Téglise c;ithédrale de la ville lorsque, le roi Gustave la prenant par la force de ses armes, les catholiques en furent chassés, je leur en demandai un morceau dont ils me firent présent de fort bonne grâce. Je vous assure que je l'ai pris moi-même dans la châsse et que vous pouvez v avoir foi. En voilà un petit morceau que je vous prie d'avoir pour agréable. Il y a aussi une pièce du taffetas dans lequel lesdites reliques étoient enveloppées ; mais je suis si las que ma main ne peut plus écrire.
Donnez-moi donc permission de finir et faites-moi la grâce de croire que je suis avec une soumission extrême et un tri'S profond respect, Madame, votre très humble et très obéissant fils et serviteur.
Brienne.
N'ayant point reçu d'ordre ici pour la dépense de mon voyage, par l'absence de M. de Canasilhes, qui est à Varsovie, j'ai reçu sur la lettre de crédit de M. de Roquette, marchand à Stockholm, la somme de six cents risdalles, pour lesquelles j'ai ici donné lettre de change sur vous. Madame, que je vous supplie très humblemeni vouloir faire acquitter, comme aussi deux cents risdalles que j'avois touchées à Riga sur la même lettre de crédit. Jespère que nous trouverons vos ordres à Varsovie, pour pouvoir continuer notre voyage jusques à Venise, car je n'espère pas de pouvoir recevoir devant de vos nouvelles.
Bibliothèque de l'Arsenal, nis. n*^' 60.34, f° 395.
Chanut à Brienne père.
... Je ne doute point que M. le comte de Brienne ne vous ait écrit de Dantzick ; mais pour ce qu'il arrive quelquefois que des paquets se perdent, je pense être obligé d'ajouter ici que j'ai ouvert cette lettre déjà fermée pour vous faire savoir que je reçois de ses lettres présentement, datées de Dantzick le 9** du mois passé.
Je suis, Monsieur, votre très humble, très obéissant et
très obligé serviteur.
Chanut.
A La Haye, ce 22 avril 1655.
Hollande, vol. 54, f 377.
D" Argensun à Brie une père.
De Venise, le 29 mai 1655.
... Monsieur votre fils n'est point encore arrivé ; je l'attends de jour en jour et je loue Dieu de ce que l'honneur de le voir me sera une occasion de vous témoigner avec quel respect je suis votre très humble, très obéissant et
très fidèle serviteur.
D'Argeissoa.
Venise, vol. 38, P' 205 \\
D' Ari>enson à Brienne père.
Venise, l'^'juin 1655.
... Pour les crieries que lait l'ambassadeur d'Espagne, Il ne laisse pas de m'envoyer de temps en temps ses compliments accoutumés, et depuis peu j'en ai eu de sa part sur les heureuses couches de ma femme, (^est le troisième enfant que Dieu m'a donné dans Venise, et je puis vous assurer, Monsieur, qu'ils seront des serviteurs et des servantes de toute votre maison. J'en assurerai Monsieur votre fils, quand j'aurai l'honneur de le voir, mais il n'est pas encore arrivé...
Venise, vol. 38, 1" 209.
D'Argensun à Brienne père.
Venise, le 17 juillet 1655.
Monsieur, j'ai cru (jue je dcvois (aire à part cette dépêche pour vous parler à cœur ouvert de Monsieur votre fils. Il est
céans depuis trois jours, et pendant le temps (jue j'aurai l'honneur de le posséder, je n'oublierai rien de ce qui dépendra de moi pour son contentement et pour l'information qu'il peut prendre d'un Etat qu'il ne voit qu'en passant. Je l'ai trouvé dans une sagesse qui n'est point de son âge, infiniment instruit des nations qu'il a vues, savant de beaucoup de choses, et dans un extrême désir d'apprendre et de devenir parlait. Je n'ai guère vu déjeunes gentilshommes avec tant ce bonnes qualités, et ce vous doit être une grande joie, Monsieur, de ce que Dieu l'a favorisé de si belles inclinations. Je vous en écris ici avec ma sincérité accoutumée, et si je n'avois reconnu en sa personne toutes les vertus que je remarque, je ne vous ferois pas un compliment si étendu. J'espère qu'il remplira dignement la place où vous le destinez et je voudrois pouvoir contiibuer par mes soins aux avantages que votre maison en doit attendre. Je lui ai donné toutes les dépêches que vous m'aviez adressées pour lui. Il vous y fait réponse, et je le retiendrai tout le plus que je pourrai pour lui faire passer les chaleurs avant que d'aller à Rome . . . Venise, vol. 38, f" 229 v".
D'Argenson à B rien ne père.
Venise, 11 septembre 1655.
Monsieur, je ne saurois vous rendre assez de grâces des essentielles bontés que vous me témoignez par votre lettre du 15 d'août. Je n'ai fait que ce que j'ai dû à l'égard de Monsieur votre fils et je continuerai toute ma vie à lui rendre autant de services que j'en aurai le pouvoir. Avec cela je ne m'acquitterai jamais des obligations que je vous ai, car vous les avez fait monter au dernier point. J'envoirai à Rome le paquet que m'avez adressé, où je crois que vous aurez réponse, parce que je crois que Monsieur votre fils fait état d'y passer une partie de l'hiver. Si vous lui permettez, d'y demeurer tout le carême, nous pourrions
bien retourner ensemble à Paris; mais de la sorte uu'il m'a parlé, il y doit être avant que j'y puisse arriver. . . Venise, vol. 3H, f» 240.
Lionne à îirienne ]>ère.
A Rome, le 27 septembre 1655.
J'ai le bonheur d'avoir céans ^lonsieur votre lils ; mais au même temps que je vous remercie de la grâce qu'il m'a faite en cela, que je tiens pour précieuse, je vous demande justice de ce que, quelques conjurations que j'aie su emplover, il n'a jamais voulu qu'aucune personne de son train me fit la même faveur, quoique les appartements fussent prêts pour tous, et que je le souhaitasse autant qu'il se peut. Je l'accompagneiai un des jours de celte semaine chez le Pape, que j'ai averti de sa venue et de sa qualité, afin qu'il soit traité de Sa Sainteté comme il convient. Il nous menace déjà de son départ, à quoi je vous avoue que je m'offenserai, mais non pas si fortement que je ferois sans la crainte que j'aurois de me rendre coupable envers vous, en vous retardant le contentement de revoir un fils aussi honnête homme qu'il est.
Sans flatterie. Monsieur, ni sans exagération, je voudrois de bon cœur avoir payé le tiers du bien qu'aura mon fils aîné et être assuré qu'il pût en toutes choses lui ressembler à son âge ; mais les qualités qu'il possède ne s'acquièrent ni par souhait ni par argent. Dieu a voulu bénir votre bonté et la piété de Madame sa mère, de la plus sensible et solide satisfaction qu'il donne en ce monde. Je compte déjà pour beaucoup qu'il parle latin et allemand mieux que sa langue naturelle, qu'il ait fait un si beau journal latin de tous ses voyages qu'il sera un jour fort recherché dans les bibliothèques ; que rien ne lui soit échappé des mœurs et des affaires de tous les pays qu'il a vus. Mais ce que j'ai admiré, c'est qu'à vingt ans il sache
ce qui se peut savoir en toutes les sciences*nécessaires ou curieuses, et qu'il ait joint à une vivacité d'esprit extraordinaire la prudence et la retenue d'un homme de cinquante ans et autant de connoissance de tous les intérêts des princes du Nord, d'Allemagne et d'Italie que leurs ministres propres. Vous serez étonné de l'ouïr parler, et si je vous mens d'un mot, ni si je vous flatte, je prie Dieu qu'il me punisse.
Enfin, Monsieur, permettez-moi un trait bien hardi, mais qui ne sauroit déplaire à un père qui aime bien. Vous pouvez maintenant vous reposer quand il vous plaira, et être assuré que votre charge ne sauroit être plus |dignement remplie que par Monsieur votre fils, ni le Roi être mieux servi par aucun autre ; et quand vous jugerez à propos de lui donner part à l'exercice, je consens qu'on me traite d'imposteur, si on ne trouve vrai ce que je vous mande.
Rome, vol. 130, f" 229.
D'Argenson à B rien ne père.
Venise, 28 septembre 1655.
Monsieur, je suis confus de la manière dont vous me traitez sur le sujet de Monsieur votre fils. Je n'ai rien fait que vous et lui ne dussiez attendre d'un homme aussi avant dans vos intérêts que je le suis, et je vous proteste que, si je l'avois pu servir moi-même dans les choses dont il a eu besoin, je l'aurois fait sans passer par les mains d'autrui. Je suis bien persuadé que vous ou Madame la comtesse donnerez les ordres nécessaires à me décharger, et je ne vous en parle ici que pour répondre aux obligeantes civilités dont votre dépêche du 23" d'août est toute remplie...
Venise, vol. 38, f 253.
Lionne à Brienne père.
A Rome, le 4 octobre 1655.
J'eus l'honneur de conduire hier Monsieur votre fils au baisement de pieds de Sa Sainteté. Il vous rendra compte, je m'assure, de tout ce qui s'y passa, dont il est très satisfait, et le Pape encore plus que lui, car il m'en dit mille biens après qu'il fut sorti, et qu'il n'avoit guère vu de jeune homme de si grande espérance. En effet, Monsieur, je ne saurois vous exprimer combien je lus moi-même surpris et édifié de la manière dont Monsieur votre fils s'acquitta de son compliment. Il lui fit un discours latin le mieux imaginé et le plus élégant qu'il sepouvoit; le pape y repartit de même, et leur conversation en la même langue dura près de trois quarts d'heure. Je l'introduisis en entrant, parce que je voulois qu'il assistât à tout ce que je dirois au Saint-Père et particulièrement sur l'affaire de M. le cardinal de Retz, afin qu'il pût vous témoigner à son retour que je ne m'épargne pas quand je tombe sur cette matière ; mais Sa Sainteté ne l'ayant pas fait lever comme je l'avois espéré, parce qu'il n'avoit pas de lettre du Roi, je ne jugeai pas ni de la bienséance ni de sa commodité, qu'il demeurât encore deux heures durant à genoux, qui fut le temps que dura le reste de mon audience, m'étant chargé de plus de trente mémoriaux d'affaires particulières, après celles du Roi.
Rome, vol. 130, f 242 v«
Lionne à Brienne père.
A Rome, le 11 octobre 1655.
J'ai été passer quelques jours de la semaine dernière à Frascati, à dessein principalement de faire voir à M. le
comte votre fils, les beautés de ce lieii-ià et des autres environs de Rome.
Je fis hier conjurer Son Eminence (le cardinal Bichi) de faire efïort pour se trouver à ce consistoire afin de terminer, s'il yavoit moyen, sans plus de délai, ralTaire des trois gratis avec le cardinal Brancaccio et ceux de l'escadron. Il me promit de se forcer en toute façon d'y aller; mais je viens d'apprendre en écrivant ceci que son mal ne le lui a pu permettre, dont j'ai un double déplaisir, voyant reculer jusqu'à un autre consistoire cette affaire que j'aurois extrêmement souhaité que Monsieur votre fils eut vu achever pendant son séjour en ces quartiers et qu'il vous en eût porté la nouvelle. Il est présentement à Lorette, où il s'est pressé d'aller en poste, pour profiter du passage de la galère qui doit venir prendre M. le cardinal Grimaldi et qui vraisemblablement sera à Civita-Veccliia le 15 ou 16 du courant. Comme mondit sieur le comte fait état, pour l'impatience qu'il a de vous revoir, de prendre la poste à son débarquement en Provence, pour peu qu'il ait les vents favorables sur la mer, vous pourrez bien l'avoir près de vous avant même que cette dépêche vous soit rendue. Je vous proteste, Monsieur, que je prends une part très sensible à la satislaction que je suis assuré que vous aurez extrême de le revoir si honnête homme, avec tant de sagesse et de connoissance des affaires.
Rome, vol. 130, C^ 250 et 253 v".
Lionne à Brienne père.
A Rome, le 1®'' novembre 1655.
M. le cardinal Grimaldi partit de Palo il y a trois jours sur la galère de Gènes, et avec lui Monsieur le comte votre fils en très bonne santé. Je suis bien fâché de n'avoir pu jouir pkis longtemps de sa présence, vous protestant
sans flatterie qu'il laisse ici en tous ceux qui l'on connu une si haute estime de sa sagesse et de sa capacité qu'il ne vous reste pas même à souhaiter qu'elle tût pkis grande. Pour mon particulier, j'ai occasion de vous confirmer encore plus lortement tout le bien que je vous en ai mandé par mes premières dépêches où je parlois de lui, comme l'ayant encore mieux connu. Certainement, je n'ai point vu de personne à son âge qui sût tant de choses, qui eût tant d'application aux affaires et tant de désir de ne rien ignorer. Ajoutez à tout cela votre sincérité et votre bonté même, et jugez, Monsieur, combien vous avez occasion de louer et remercier Dieu à toute heure de vous avoir donné un successeur si accompli en toute vertu et bonnes qualités. J'ai beaucoup de douleur de ne l'avoir pu servir ici comme il le mériioil. Il a cependant la bonté d'excuser mes manquements, et je vous demande le même pardon et !a même grâce.
.laurois passionnément souhaité de terminer pendant son séjour l'affaire de votre gratis et celui de M. Le Tellier, afin qu'il vous pût porter cette bonne nouvelle, et j'avois fait mes batteries pour cela au dernier consistoire ; mais M. le cardinal Kichi qui s'en étoit chargé avec plaisir, ayant sondé le gué et vu la disposition des esprits, n'osa hasarder tout à fait la chose, reconnoissant que nous tirerions court une seconde lois...
Rome, vol. 130, f 302.
D^Argcnson à B rien ne père.
Venise, 6 novembic 1655.
... J'apprends que Monsieur voire fils est parti de Rome en fort bonne santé. Je prie Dieu qu'il lui donne un heureux voyagepour arriver et demeurer heureusement auprès de vous.
320 APPE.XDICES.
Je suis toujours, comme je dois, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.
D'Argenso>.
Venise, vol. 38, P268 v».
Brienne fils à d'Avaui^our.
Paris, ce 3 décembre 1655.
Monsieur, je renouvelle présentement avec vous le commerce que mon prompt départ de Rome m'avoit fait interrompre, sans vous en donner avis. Je vous en demande pardon et vous promets de l'entretenir dorénavant fort ponctuellement avec vous, dont les grâces et les bienfaits m'ont si fort obligé que je suis honteux de ne vous en avoir pas encore témoigné ma reconnoissance. J'espère que vous me ferez naître des occasions pour en donner des preuves et vous témoigner avec combien de sincérité je vous aime. J'ai déjà parlé à mon père pour faire quelque chose pour M. Akakia; je vous assure qu'il y est fort porté de sa part, et que de la mienne je n'oublierai aucune diligence pour l'exécution. \ous attendons demain le retour du Roi, qui me donnera plus de matière de vous écrire la semaine prochaine.
Je suis, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Brie\ne.
Correspondance politique. Suède, vol. 1*J, f° 417.
Une table manuscrite ancienne du volume indique une autre lettre de Brienne k d'Avaugour, du 20 juillet 1655, qui ne s'y retrouve plus.
yjme ^g Brienne à ht reine de Pologne.
L'état où j'ai été depuis les troubles de vos Etats m'a ôté le pouvoir de témoigner plus tôt à Votre Majesté l'impression qu'ils ont faite dans mon cœur. Mais en vérité, Madame, les douleurs de ma maladie, qui m'a fait voir la mort de fort près, ne m'ont pas été si sensibles que les
peines de Votre Majesté. Elles me rendent même incapable d'en parler qu'à Dieu, et c'est seulement à ses pieds que je répands mon cœur et mes larmes, avec un ardent désir d'être bonne, afin que mes prières pour Elle méritassent d'être exaucées. Mais quelque grands que fussent mes sentiments, j'avoue. Madame, que depuis le retour de mon fils je me sens encore et plus sensible et plus tendre. Car quel moyen de ne l'être pas en apprenant et en voyant tout ce qu'il a plu à Votre Majesté de taire pour lui? Il en est si extrêmement touché, lorsqu'il en parle, et des excessives bontés du Roi, qu'en vérité. Madame, s'il n'étoit pas mon fils, je dirois qu'il n'est pas tout à fait indigne des grâces qu'il a reçues de Vos Majestés, puisque je le trouve aussi reconnoissant que je le désire, c'est-à-dire aussi reconnoissant qu'on le sauroit être. Il me dit sans cesse, dans l'excès de la douleur sur ce qui se passe maintenant dans votre royaume, que Votre Majesté ne l'a pas seulement traité en reine, mais qu'Elle l'a traitée comme Dieu traite les hommes lorsqu'il daigne agir vers eux de même que s'ils avoient l'honneur d'être ses enfants. Oseraije prendre la liberté. Madame, de dire à Votre Majesté que nous le marions avec une fille de feu M. de Chavigny, qui est telle, soit pour la personne ou pour tout le reste, qu'il seroit difficile qu'il rencontrât mieux. Mais si quelque chose me pouvoit donner une pleine joie, ce seroit. Madame, que Votre Majesté voulût bien nous faire l'honneur de se servir de tout ce que nous avons au monde, rien n'étant si absolument à elle, et je le proteste à ses pieds, que nos personnes, nos biens et nos vies. Au nom de Dieu, Madame, donnez-nous le moyen de vous le témoigner par des cfïets. Ce sera lors que Votre Majesté verra que ma passion pour son service et ma reconnoissance des infinies obligations dont nous lui sommes redevables ne pouvant aller plus avant, personne ne sera jamais avec plus de respect, de zèle et de fidélité que moi, etc.
[Décembre 1655.]
Biljliothèque de l'Arsenal, nis. n° 0034, 1" 406.
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