‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 123 sur 142 · BRIENNE A SCHWERIN · texte numérisé non relu

BRIENNE A SCHWERIN

[On ne sait pas au juste pourquoi ni dans quelles conditions Brieniie gagna les états du duc de Mecklembourg. Voici du moins divers extraits de documents officiels qui fourniront quelques détails sur les débuts de cet exode. Ce sont des passages recueillis dans la correspondance de Pierre Bidal, le futur baron d'Asfeld, qui d'abord marchand, puis agent de la reine Christine de Suède, fut enfin résident de France à Hambourg (1661), où il mourut en 1682. Bidal se préoccupa, en cette qualité, de l'arrivée de Brienne à Schwerin et en écrivit à Lionne, à cause des excentricités du nouveau venu. On trouvera ici ce qu'il en dit, qui nous a été signalé parM. Hyrvoix deLandosle.]

Pierre Bidal à Lionne.

J'ai écrit en termes généraux la lettre ci-jointe ; ce billet que j'y ai joint vous fera savoir le détail véritable de Ihistoire, pour que Voire Grandeur puisse prendre les mesures que sa prudence lui fournira.

M. le comte de Brienne m'a dit qu'il étoit chez les Petits Augustins du faubourg Saint-Germain, qu'ayant appris que Messieurs ses parents avoient fait marché de deux mille livres par an pour le mettre dans l'abbaye d'Echailiy, qu'il avoit pris résolution, pour éviter cette retraite et la dureté de ses parents, de se retirer ; qu'il en avoit fait parler à M. le duc de Mecklembourg; que ce prince l'avoit lait enlever et lui avoit donné trois de ses chevaux, avec deux de ses domestiques, pour le conduire sur ses États.

J'ai fait connoitre à M. le comte de Brienne le mauvais parti qu'il avoit pris, qu'il devoit prendre garde que sa conduite ne donnât pas lieu de justifier celle dont il se

plaint que Messieurs ses parents ont tenue à son égard, et ne pas causer des affaires à un prince qui l'avoit servi. Il m'a dit que JM. le prince de Mecklembourg lui ofiVoit deux partis: celui d'être maréchal de tout son état, ou celui de l'évêché de Ratzebourg, avec douze mille livres de rente, et qu'il l'envoieroit en Suéde pour solliciter les prétentions qu'il a pour la ville de \V ismar, que les Suédois tiennent. Je lui fis connoitre qu'après ce (ju'il avoit été il ne devoit pas s'embarrasser d'aller en Suède pour une afl'aire odieuse et de la part d un prince pour lequel l'on avoit peu d'estime; et que, pour les autres emplois, je croyois qu'il ne devoit rien (aire ([ui pût faire des affaires à M. le duc de Mecklembourg; que je croyois qu'il étoit à propos d'écrire à Sa Majesté. Et comme il me montra une lettre qu'il avoit écrite pour envoyer à Sa Majesté, et que je vis qu'elle étoit comme s'il eût été encore caché en France, je le priai de la réformer pour ne rien dire que de véritable à Sa Majesté; aussi bien que, tout le monde d'Hambourg sachant qu'il étoit ici et l'ayant appris par la voix publique, je ne pouvois me dispenser d'en avertir Sa Majesté ; qu'il ne gàtoit rien de ne point s'engager; qu'il eût patience de savoir les volontés de Sa Majesté, qui, peutêtre, tiendroit-il son absence en indifTérencc, et ainsi qu'il pourroit ensuite prendre tel parti qu'il lui plairolt ; et, sans intéresser en son ad'aire Leurs Altesses de Mecklembourg, que je lui laisois offre de ma maison de celte ville, et en être le maître, ou de mes terres de Wildenbruck, pour deux ou trois ans, avec l'équipage d'une personne de sa condition et mille écus pour les employer comme il voudroit; et que, quoique j'eusse huit enfants, il ne lui inanqueroit en rien, pourvu que Sa Majesté l'agréât.

11 a fort goûté mes raisons, mais il ne les a pas suivies et a trouvé à propos d'aller à Schvverin avec l'équipage que M. le duc de Mccklembourg lui a envoyé de carrosses et le reste, et a promis d'attendre là ce qu'il plairoit à Sa

Majesté de me commander de lui faire savoir de ses volontés. ,

Je n'ai point perdu de temps à parler aux gentilshommes de M. le duc de Alecklembourg, celui qui a eu sa conduite jusqu'ici et qui est François et fort honnête homme, et à un autre gentilhomme allemand, nomme Benseau, qui est celui qui prend le principal soin des affaires de M. le duc de Mecklembourg. Je les ai priés de me voir et leur ai fait connoître tout ce qu'il se devoit sur l'affaire ; et qu'étant serviteurs de Leurs Altesses, je croyois que je devois les avertir qu'ils dévoient prendre garde de ne se pas faire des affaires avec Sa Majesté, que je croyois qu'il étoit de l'intérêt de Leurs Altesses d'aller voir Votre Grandeur et de lui faire connoître le fond de leurs intentions : ce que ces gentilshommes ont trouvé bon et en écrivent à Leurs Altesses. Et, cependant, m'ont promis et engagé leurs paroles qu'ils tiendroient M. le comte de Brienne dans Schwerin sûrement, en attendant qu'ils eussent eu des nouvelles de Leurs Altesses de leurs volontés.

Le gentilhomme françois m'a dit que c'est M. le duc seul qui a fait l'enlèvement. Cela se peut. Ainsi voilà, ce me semble, ce qui se pourroit faire, qui est de tenir tout en sûreté et donner temps à chacun de rentrer en son devoir sans même que l'on sache que Sa Majesté le sait.

J'ai fait connoître à^L le comte de Brienne les désordres qu'il lui pouvoit arriver avec un prince qui n'est pas ferme dans ses amitiés, et lui ai dit généralement tout ce qu'un homme de bien et bien intentionné pouvoit dire, suivant le service du Roi, à une personne de condition très affligée et qui n'a point de plus grands ennemis que dans sa propre personne: ce qui me fait une pitié, et à Madame Bidal, au delà de l'expression. Il n'y auroit pas, à mon avis, grand risque à le laisser dans les Etats de M. le duc de Mecklembourg, si l'on croyoit qu'il y fût demeuré; mais je ne le crois pas, et je connois le tort qu'une personne comme M. le comte de Brienne, qui va extrêmement vite, peutfaire

dans les cours de Berlin, et plus particulièrement en la cour de Suède, où il a dessein de passer, en parlant contre les intérêts du Roi et de la conduite des affaires.

Je ne dis pas cela sans sujet et sans être fort informé, et même que les Espagnols ne lui aient offert cinquante mille écus et un évêché en Sicile, à ce qu'il dit, et même il est de l'honneur de la France qu'une personne d'une telle considération, et dont les ancêtres et lui ont possédé les première^ charges de l'Etat, aille faire une mauvaise figure chez les étrangers, et à qui il reste encore assez d'esprit pour faire du mal dans les occasions. Pour moi, je prends la liberté d'écrire mes petits sentiments, qui seroit que Sa Majesté par sa clémence rovale nardonnât à M. de Brienne, lui donnât quelque bénéfice de sept ou huit mille livres de rentes, éloigné de vingt ou trente lieues de Paris et commandât à Messieurs ses parents, sur le bien de Monsieur son fils, de lui donner six mille livres, et auSvsi de le laisser en paix et repos. D'autant que le moyen de conserver ce qu'il lui reste de jugement est de le traiter avec douceur et ne lui donner aucune affaire qui le puisse affliger. Il pourra arriver qu'ayant du bien et une retraite honnête, les forces se rétablissent. Du moins, s'il ne peut éviter de faire des impromptus, il vaut mieux que ce soit en France, dans un lieu éloigné de la cour, qne de les faire à la vue de tous les étrangers, qui se serviront bien de ce qui lui reste de bon et se moqueront de ses foiblesses. Votre Grandeur pourroit mettre quelque honnête homme auprès de M. le comte de Brienne, sans pourtant lui ôter la liberté, pour ne pas le désespérer.

C'est ce que je crois à mon avis de meilleur et qui peut réussir à la gloire du Grand Roi et au bien de ce pauvre affligé, dont l'extrême affliction où il se trouve demande que l'on lui aide. M. du Fresne, si Sa Majesté veut que M. le comte de Brienne revienne, peut servir utilement, y ayant grande confiance. Pour moi, je ferai ce que l'on me commandera et je crois qu'il ne se pouvoit

mieux faire que ce que j'ai fait, vu le lieu et l'état où tout s'est trouvé, tant pour le service du Roi que pour donner temps à M. de ]^lecklembourg de ne pas s embarrasser dans des aflaires qui peuvent déplaire à Sa Majesté, et j'ai aussi, autant que j'ai pu, conforté l'esprit de M. le comte de Brienne, qui a fait bien jeter des larmes à Madame Bidal.

Présentement, Monseigneur, je viens d'avoir encore paroles positives des gens de M. le prince de Mecklembourg qu'ils répondront de M. le comte de Brienne, jusques à ce qu'il plaira au Grand Roi d en ordonner. Je leur ai parlé comme de moi et de sorte que je crovois que Sa Majesté tiendroit cela en indifférence, mais que je le faisois pour faire mon devoir. L'on ne sauroit assez se louer de la manière civile et obligeante, pleine de respect et de vénération, dont a usé M. de Benseau, premier gentilhomme de Son Altesse de Mecklembourg, ayant fait et suivi tout ce que j'ai désiré de lui pour le service du Grand Roi. La vérité m'oblige de donner cet éloge à la saffe conduite de ce sfentilhomme.

Je vois ^L le comte de Brienne dans le dessein de se faire prêtre et d'accepter l'évêché de Ratzebourg, si Sa Majesté y consent et que Son Altesse de Mecklembourg demeure ferme dans cette volonté. C'est le mal à présent de n'avoir pas suivi celui de sa retraite qui étoit le véritable état qui lui étoit convenable. Mais c'est une grande pitié que la foiblesse humaine, qui nous donne toujours des tentations contraires à notre repos et nous entête de ce à quoi nous ne devrions plus songer, notre propre réputation et notre repos le désirant. Cependant ce seigneur soupire après les emplois, après les avoir négligés et s'être mis en état d'en être éloigné.

Je suis avec un bien profond respect. Monseigneur, de

Votre Grandeur le très humble, très obéissant et très

obligé serviteur.

Bidal.

D'Hambourg, ce 12 décembre 1670.

Monseigneur, j'ai trouvé à propos de ne point mettre l'autre lettre, parce qu'elle étoit toute semblable.

Affaires étrangères, Correspondance politique, Hambourg, vol. IV, p. 220.

Biclal à Lionne.

...M. de Brienne est parti avec un gentilhomme de ]M. le duc de Mecklembourg pour Scliwerin. En l'état qu'est ce seigneur, il ne pourroit mieux être que dans les états de Mecklembourg, mais je doute fort qu'il y demeure longtemps, vu les inquiétudes perpétuelles et inutiles qu'il se donne. Le meilleur parti qu'il pouvoit prendre est celui qu'il avoit pris de demeurer dans les Pères de l'Oratoire. Ce seigneur a le jugement un peu affoibli, et, à mon avis, les plus grands ennemis qu'il a sont chez lui. Il est à plaindre. Dieu le veuille fortifier. Il est en lieu où l'on en doit répondre à Sa .Majesté, qui pourra mépriser cette retraite. Pourtant il seroit mieux en France que chez les étrangers pour les raisons que j'ai déduites dans une précédente...

D'Hambourg, ce 19 décembre 1670.

Hambourg, IV, 227.

Lionne à Bidal.

Le Roi a été fâché de l'équipée qua fait^I. le comte de Hrienne, plus pour la considération du préjudice qu'elle peut faire à lui-même et à ses enfants que pour aucune autre raison. Contribuez pour ce que vous trouverez aux occasions à ramener son esprit et à lui conseiller son retour en France, l'assurant, comme il est vrai, que jamais ses parents n'ont eu le dessein de l'enfermer et qu'ils ne le prendront point quand il sera ici. Aussi est-il aisé à voir que ce n'est qu'un prétexte qu'il a pris pour faire son

équipée, dont, en mon particulier, je suis très fâché, ayant toujours aimé sa personne et sa maison. Du 9 janvier 1671.

Hambourg, IV, 235.

Bidnl à Lionne.

jMonseigneur, j'ai reçu la dépêche de Votre Grandeur du 9 de ce mois. J'ai écrit aussitôt à M. de Brienne et au premier gentilhomme de M. le prince de Mecklembourg, et tâcherai par ma conduite de faire réussir ce que Votre Grandeur témoigne si généreusement désirer pour la réputation de M. de Brienne et pour l'honneur de Messieurs ses enfants. Je n'ai rien omis, dans le peu que je l'ai vu ici, de lui inspirer ce que je croyois qui lui étoit le plus nécessaire, qui est son retour, vu l'état où il se trouve, ne pouvant faire qu'un personnage déplorable et honteux.

Depuis que M. de Benseau fut ici, je l'obligeai à tenir mondit seigneur de Brienne dans la maison et le faire voir au moins de monde qu'il se pourroit, conseil que ce gentilhomme a suivi jusques à son départ de cette ville, pour éviter les désordres et la confusion où s'alloit mettre M. de Brienne, qui, en deux matinées, a dépensé trois cents écus, dont je lui en avois prêté partie. Il avoit mis à part pour une somme considérable de livres. Tout lui étoit propre et il seroit venu à bout en peu de mois de la banque d'Hambourg, s'il en eût eu la disposition. Et à dire la vérité à Votre Grandeur avec le très humble respect que je lui dois, M. de Brienne est attaqué d'un mal que, sans un très grand miracle, il aura peine à sortir, et, ce qui est fâcheux, c'est que le peu qui lui reste de clarté, ill'emploie d'une manière qui mine sa réputation entièrement, et Messieurs ses parents, quand ils auroient eu la pensée de de le mettre en quelque maison de campagne et de lui fournir des livres et autres choses pour sa distraction, je crois que c'étoit le véritable parti qui se pouvoit prendre

et que l'on pourra prendre à l'avenir. D'autant que je ne crois pas, par ce que j'ai reconnu en l'entretenant, que tous les bons avertissements, tant pour la conservation de son honneur que pour celui de Messieurs ses enfants, fassent aucun effet sur lui, et que lui-même lasse aucune réflexion, puisque dès le moment il fait tout le contraire de ce que les personnes d'honneur lui ont conseillé. Ainsi je ne vois point de meilleur parti à prendre pour lui-même que celui d'une retraite, et rien de plus utile pour sa réputation et celle de Messieurs ses parents et enfants que de le tenir éloigné des lieux où l'on a occasion de voir le monde, d'y faire dépense et autres choses, pour éviter le grand scandale qui ne manqueroit pas d'arriver. Il ne seroit pas mal au lieu où il est, s'il y pouvoit demeurer, vu que c'est dans un pays éloigné des passages et où il y a peu de gens raisonnables, et éloigné des occasions de dépenses, etc. Mais je doute fort qu'il y demeure longtemps, vu l'inquiétude perpétuelle dont il est agité, et laconnoissance que j'ai de M. le duc de Mecklembourg, qui se lasse bientôt des choses, même si considérables, aura peine à souffrir longtemps celte charge, quoique jusqu'à présent il en ait usé tout à fait bien. De ma part, je puis assurer que je n'ai rien omis de mon devoir ni n'omettrai rien, qui puisse porter M. de Brienne à ce qu'il doit faire, et j'espère que Dieu me fera la iirâce d'v réussir, étant véritablement à propos de le retirer en France, pour éviter le scandale qu'une personne de cette qualité, et qui a été dans de si grands emplois, fait à lui, et à sa patrie, et au reste, et même pour l'empêcher de parler comme il fait, étant encore persuadé qu'il est plus habile que ceux qui ont fait les livres, et ne disant que des choses qui pourroient lui faire d'extrêmes torts. A la vérité, il ne m'a pas osé parler comme il a fait à M. Du Pré et à M. Baluze, qui eussent bien fait de les taire. Mais il y a de certaines personnes qui pour se faire de fête ne peuvent contenir leurs langues, et qui donnent et s'attachent à tout pour avancer leurs

affaires, et j'en ai de la confusion, vu que je sais que M. Baluze, cependant qu'il fait croire servir un parti, travaille tant qu'il peut, et c'est la vérité, de rentrer, lui et son fils, auprès du roi de Pologne, par le moyen des amis qu'il a en Pologne, qui sont ceux qui ont aussi bien que lui perdu les affaires de leurs amis par leurs fourberies, et Messieurs les ambassadeurs ne trouvent point de plus grands ennemis dans leurs postes, et qui ruinent plus les affaires du Grand Roi, que ces messieurs les François, gens inquiets et sans fidélité qui vendroient leurs amis pour un écu. Je vous demande pardon, Monseigneur, de la liberté que je prends de vous écrire ces vérités : un homme de bien comme moi, qui sert Sa Majesté avec tant Je zèle et Je fidélité, se croit en conscience obligé de donner des avis qui sont véritables à son illustre patron... Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

BiDAL.

D'Hambourg, ce 19 janvier 1671.

Hambourg, IV, 242.

Bidal à Lionne.

... M. de Benseau, premier gentilhomme de M. le duc de Mecklembourg, me rendit hier la réponse que M. le comte de Brienne a fait à la lettre que je lui avois écrite, que Votre Grandeur trouvera dans ce paquet. M. de Benseau dit que l'on lui a ôté le vin et le tabac et qu'il se porte un peu mieux, et assure qu'il aura soin que mondit sieur de Brienne demeure en sûreté à Schwerin. Je lui ai fait connoitre qu'il étoit de l'intérêt de M. le duc de Mecklembourg que M. le comte de Brienne fût sûrement, de crainte que s'en allant autre part, s'il s'y gouvernoit mal, l'on pourroit se plaindre de Son Altesse. Je crois que M. de Brienne ne peut être mieux que où il est, et s'il y

pouvoit demeurer plusieurs années, ce seroit une bonne affaire pour lui et pour Messieurs ses parents, qui seront hors de dépenses et d'autres confusions. Où il est, il y a peu de monde, et, hors quelque honnête gentilhomme qui connoisse ces infirmités, le reste n'est guère plus raisonnable que les bêtes, et Schwerin est hors de tout passage, et je crois que M. le duc de Mecklembourg a mis l'ordre qu'il soit très bien traité, mais fort observé ;M. de Benseau, son gentilhomme, en a usé très bien.

Le gentilhomme François qui a eu la conduite de M. de Brienne, depuis Paris jusques ici, s'y en retourne aujourd'hui, verra Votre Grandeur et dira toutes choses. Il m'a dit que M. de Brienne s'étoit offert à JM. l'évêque d'Osnabruck pour être précepteur des princes ses enfants. Il ne faut plus se mettre en peine de celle affaire ; après les mesures que j'ai prises, il n'y a rien à appréhender.

Je suis avec un très profond respect. Monseigneur, de Votre Grandeur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

BlDAL.

A Hambourg, le 26 janvier 1671.

Hambourg, IV, 245 v".

Bidal à un cojnmis de Lionne.

Monsieur, ayant une estime et une confiance singulière en vous, je prends la liberté de vous écrire sur ce fondement ce que m'a dit depuis six jours M. de Benseau, gouverneur des États de M. le duc de Mecklembourg, sur le sujet de M. le comte de Brienne, que mondit sieur comte vouloit revenir à Hambourg, et par cela j'ai compris que je les vois les uns et les autres très mal satisfaits, .le n'oserois vous faire le détail de tout ce que M. de Benseau accuse M. le comte de Brienne, quoique je croie ce gentilhomme homme d'honneur, trouvant des crimes (jui me font dresser si peu de cheveux (pii me reste ; et en

vérité ce bon seigneur est à plaindre d'être sujet à des foiblesses si extraordinaires et qui surpassent bien les impromptus. Je n'oserois croire ni vous déclarer le principal ; vous pouvez vous l'imaginer et le tenir en vous. J'ai fort rassuré et consolé M. de Benseau et fort affermi à ce qu'il eut soin de tenir M. le comte de Brienne bien, et pourtant en sûreté, vu ce qui pourroit arriver si mondit seigneur comte se retiroit sous la domination de Suède ou autre, ce qui lui reste d'esprit étant plutôt à faire du mal que du bien, et le déplaisir qu'en pourroit avoir M. le duc de Mecklembourg, qui s'est inconsidérément charoé d'une personne qui ne lui peut produire que de très mauvaises affaires, et je crois que le meilleur parti étoit celui que Messieurs ses parents avoient pris de le mettre en lieu de sûreté. C'est ce qu'il faudroit faire pour éviter des scandales très fâcheux qui ne peuvent manquer d'arriver, si Dieu, par sa miséricorde, ne change la mauvaise inclination de ^I. le comte de Brienne. Comme je me vois à la veille de l'avoir sur les bras, non pas que je ne fusse ravi de lui rendre toutes sortes de services, mais l'appréhension du scandale de quelque chose de fâcheux me donne tant de peine que j'ai recours à vous. Monsieur, comme à une personne à qui je me confie pour vous prier de savoir de Monseigneur comment je me dois conduire en cas que mondit seigneur de Brienne se retire en cette ville. Je ne me soucie nullement de la dépense, mais le déshonneur de quelque action contre l'ordre, ce seroit un tel scandale, et à toute la nation. Je vous prie. Monsieur, de ne montrer la lettre qu'à Sa Grandeur, et à son grand loisir, et après vous me ferez la grâce de me donner les ordres que je dois tenir pour ma conduite. M. le duc de Mecklembourg est averti depuis quatre jours de tout le désordre par mondit sieur de Benseau. Le meilleur seroit qu'il fût en Mecklembourg en lieu de sûreté ou en quelque bonne abbaye en France, où l'on auroit soin de lui. D'autant que si le détail que l'on m'a fait est vrai, il n'y a rien à espérer.

Je vous prie de brûler cette lettre ;et de me croire avec passion et sincérité entièrement et de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble, très obéissant et obligé serviteur.

BiDAL .

A Hambourg, ce 20 mars 1671.

P. S. — Depuis ma lettre écrite, je reçois présentement la lettre ci-jointe de mon fils. Vous venez avec quel empressement monsieur le Grand Chancelier ^ désire avoir des nouvelles de M. le comte de Brienne, et qu'il est important, comme j'ai déjà dit, d'empêcher qu'il n'aille faire quelque mauvaise figure en Suède, lui restant, comme j'ai déjà dit, assez d'esprit pour ne rien produire de bon pour les intérêts du Grand Roi. Le reste de la lettre parle de mes affaires particulières, que mondit fils apporte avec une conduite extraordinaire et qui l'a lait admirer de tous, ennemis et amis. Ces premiers ont eu grande confusion de me trouver si homme de bien, et il ne reste en Suède que pour faire punir ceux qui lâchement me vouloient faire du mal qu'il faut qu'ils subissent. C'est un jeune homme très capable de servir très utilement le Grand Roi en tout et qui réussira, avec l'aide de Dieu, très bien ; et si Sa Grandeur le fait employer, il en aura grande satisfaction : il a de l'esprit et de la prudence plus que le double de son âge ne le permet. Je vous aurai, et lui, une singulière obligation d'y contribuer. J'espère qu'il sera ici dans peu. Vous n'aurez point de déplaisir d'avoir aidé à faire donner de l'emploi à un très honnête garçon.

Hambourg, IV, 265.

Alexis Bidal à son père.

...Monsieur le Grand Chancelier' m'a fort prié de vous écrire au sujet de M. le comte de Brienne, devons assurer

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