XIV INTRODUCTION
leur manque de caractère, soit pour leur défaut de talent. C'étaient ceux à qui Brienne tenait le plus. Il protégeait ouvertement l'étrange Benjamin Prioleau, qui voulait passer pour vénitien, quoique né eu Saintonge, en écrivait une biographie élogieuse, le rapprochait de Mazarin et imprimait à ses propres dépens le programme dune histoire, qui de satire s'était transformée en panégyrique, du ministre tout-puissant. Cette protection accordée au louche Prioleau est fâcheuse à Brienne : on reprocha à son latin d'être le résultat des conseils du P. Cossart et de Prioleau, et Brienne le reconnaît, dans un de ses moments d'abandon. Ou pouvait plus justement reprocher au ministre de s'être fait, jusqu'à se compromettre, le soutien d'un homme qui le méritait aussi peu que Prioleau, plume vénale, besoi gueux sans scrupule, pour qui la paUnodie, sinon l'espionnage, n'était qu'un jeu.
La qualité de Mécène ne dépend pas seulement, en effet, de la générosité de celui qui donne, mais aussi du mérite de celui qui reçoit. Bien appliqué, uu bienfait est louable ; accordé sans discernement , c'est duperie, et sur ce point, Brienne n'eut pas autant de chance que de bon vouloir. Si ceux qu'il soutint peuvent être légiou, ils ne sont pas élite. Notre Brienne manque de jugement: il prend ce qui se présente, épilogue sur le talent, l'épluche, le diminue par des remarques d'un goût incertain. Son intelligence, réelle, mais impulsive, ne réussit pas à lui fournir un idéal et surtout à lui donner la constance de s'y tenir. Les amis de Brienne, sur le Parnasse latin, c'est ce groupe de jésuites versificateurs, auparavant protégés par Foucquet. qui s'emploient au jeu inutile de faire servir la métrique d'Horace et des lyriques anciens à exprimer des idées et des sentiments que l'antiquité n'aurait pas pu éprouver. L'ambition de Brienne était d'exceller à cet art puéril, de présider à ceux qui l'exerçaient avec quelque mérite. Il jouait à l'Ovide, en affectait l'abondance, la facihté :