INTRODUCTION. XV
Quidquid tentabam dicere versus erat,
répétait-il de lui-même, prenant pour un mérite cette disposition à pratiquer tous les rythmes désuets.
Si on Teùt laissé faire, Brieune eut fait mettre en latin tous les actes importants du nouveau règne, ce qui ne plaisait guère à Louis XIV, soucieux avant tout de la suprématie des lettres françaises. Boiieau lui aussi, qui gardait sur le cœur le malentendu dejadis, séuervaitde cette littérature facile, dépensant de lingéniosité desprità tenter de ranimer des sentiments abolis. Il amorce contre eux une satire latine, entame un dialogue latin, où ils sont raillés avec leurs propres moyens. Il est vrai que Brienne n'est pas nommé dans ce qui nous reste de ces écrits. INIais la manœuvre dirigée contre tous ceux qui pratiquent la métrique latine, n'est pas pour épargner celui qui y prétend le plus. Brienne a donné au public les vers de Madelenet, la prose liistorique de Prioleau, les recherches érudites de Charles Patin — le tout en latin, bien entendu. Lui-même, pour son propre compte, compose dans des conditions pareilles, versifie sur tous les sujets qui s'offrent, correspond avec tous les humanistes de sa comiaissance. C'est un besoin, une manie que tout excite et qui conduira fatalement à mal celui qui en est la victime, si quelque auti^e accident s'y ajoute.
C'est ce qui advint. Les Brienne n'étaient pas riches ou du moins pas bons ménagers de leurs revenus. Au cours de sa longue charge ministérielle, le père avait disposé de grandes ressources financières, gérant les intérêts de l'État avec plus de souci de ses propres besoins que des besoins publics. Il disposait, notamment, des consulats du Levant, et en usait sans scrupule. Mais désireux de sauvegarder sa situation ministérielle, il ne comptait pas avec son bien, empruntant,