‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 16 sur 142 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

hypothéquant; creusant sans cesse des dettes nouvelles sous ses pas. Son héritage devait être — et fut — désastreux, et son fils, plus mauvais administrateur, consomma aisément sa ruine, en ajoutant à ces défauts des vices plus dispendieux. Il joua et collectionna des raretés artistiques. C'était encore une de ses ambitions d'être compté parmi les principaux curieux de son temps. Lui-même a décrit — toujours dans un latin trop tendu et trop vague — sa propre galerie de tableaux, De Pinaco. thecâ sud, et ce qu'il en dit suffit à mettre le propriétaire en bon rang parmi les amateurs de son temps. Ailleurs, Brienne a ajouté d'autres détails qui permettent de compléter sa psychologie à cet égard.

Curieux, il l'était par le goût de l'art et de tout ce qui s'y rapportait, aussi par le besoin des émotions que causent la trouvaille, l'acquisition, la vente. Dans ses voyages, en Hollande comme en Italie, il n'avait pas manqué de visiter les galeries et de se mettre en contact avec tous ceux qui trafiquaient de peinture. A Paris, ce fut pis encore, d'autant que la manie de Mazarin a mis à la mode cette habitude de trafic. Brienne y succombe et s'y ruine. « La curiosité des tableaux « n'est bonne que pour les prodigues tels que moi, écrit-il de « lui-même, et pour les rois qui peuvent faire de telles « dépenses sans s'incommoder. Mais pour les particuhers, « c'est certainement une très grande folie, et la dépense passe « infiniment leurs forces et leurs moyens. »

Il voit donc le danger et il y succombe, car son amourpropre y trouve des jouissances particulières. Il se croit peintre, bien qu'il n'ait, semble-t-il, jamais manié les pinceaux, et disserte à ce sujet avec assurance, sans dire d'invraisemblances. Il aime en parler et étale volontiers ce qu'il a appris, par enseignement ou par expérience. « J'ai dépensé beaucoup « d'argent en tableaux, déclare-t-il encore ; je les aime à la

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