‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 17 sur 142 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

« folie. Je m'y connois très bien ; je puis acheter un tableau « sans prendre conseil de personne, et sans crainte d'être « trompé par les Jabachs et les Perruchots, par les Forets et « les Podestats, grands maquignons de tableaux et qui ont « bien vendu en leur temps des copies pour des originaux. » De fait, il est étroitement mêlé à ce monde restreint de la brocante, le fréquente, en sait les ruses et n'ignore rien des principales toiles en évidence, note les prix, les acquéreurs, les transformations, d'autant que sa mémoire est aussi fidèle que son œil est exercé.

Ce trafic des belles choses qu'il aime avec volupté est donc une forme du jeu, un épisode du besoin d'aventures rémunératrices: il espère avec le gain de ses trouvailles accroître ses ressources et combler ses pertes. Car il joue ailleurs, et gros jeu, dit-on. Tout le monde jouait alors, depuis Mazarin, inventeur du hoc qui porte son nom, jusqu'au jeune roi, qui convie à son jeu les courtisans qui lui sont sympathiques. Souvent Brienne en est, et là il pratique une habitude également fort répandue : il essaie de corriger la fortune par des procédés peu honnêtes, il triche comme tant d'autres le font autour de lui. On le découvre et c'est prétexte à l'éloigner. Se laissa-t-il prendre dans une partie engagée avec l'archevêque de Paris, Péréfixe, comme il le déclare lui-même, ou bien fut-il entraîné à sa perte par Fabbé de Cessac et l'abbé de Cordes, comme il le dit ailleurs, et d'autres avec lui ? Probablement toutes ces aventures sont plus ou moins vraies, mais il est malaisé de le certifier. Toujours est-il que ce scandale servit à éloigner un secrétaire d'État assez mal en point depuis la disgrâce de Foucquet, et dont la discrétion n'avait jamais été assurée.

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