‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 19 sur 142 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

Sous l'épreuve, Brienne s'était « mis dans la dévotion », comme il dit, et il finit par accepter le sacrifice qu'on lui demandait. Le 14 avril 1663, par acte sous seing privé entre Brienne père et fils et Lionne, les premiers faisaient cession au dernier, moyennant 900.000 livres, de la charge de secrétaire d'État et se soumettaient ainsi aux exigences du Roi.

C'était la fin. Ce fut la débâcle matérielle et morale. Les Brienne, le père comme le fils, n'avaient jamais su diriger leurs intérêts pécuniaires. Le 18 avril, par un acte en forme de compte, le père et la mère fixaient leurs conventions et reconnaissaient que leurs créanciers avaient été désintéressés en partie, à l'aide des ressources dotales de leur belle-fille. Celle-ci, au jour de son mariage, avait apporté une dot de 400.000 livres, tant en deniers qu'en rentes, dont la plus large portion lui était restée en revenus. Trois jours après, le 21 avril, elle faisait séparation totale de biens avec son mari ; mais la précaution fut trop tardive, car c'est elle, la jeune comtesse de Brienne, qui fut la principale victime de cette situation lamentable. La plupart de son avoir passa à toutes ces combinaisons financières et le malheur l'atteignit au plus profond de son être. C'était une femme spirituelle, coquette, légère même, si l'on en croit son époux, qui a l'impudeur de ne pas la ménager dans ses Mémoires. Elle était ambitieuse et attendait beaucoup de la situation de Brienne. L'effondrement de celui-ci l'atteignit si bien, qu'elle en mourut six mois après, succombant en pleine jeunesse à la perte de ses illusions et de son bonheur.

Ce nouveau coup du sort affligea Brienne trop vivement peutêtre pour que son chagrin fût salutaire. Aussitôt il songea à entrer en religion et voulut choisir la Chartreuse de Paris, pour laquelle il avait, selon lui, une vocation particulière. Mais on ne l'y accepta pas , et il se décida à s'établir à l'Institution de l'Oratoire, où il était venu faire une retraite après la mort de sa femme et où il fut agréé le 24 janvier 1664.

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