‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 20 sur 142 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Le monde avait fort glosé, et très diversement, sur cette disgrâce si éclatante. « Voilà un jeune homme perdu, si Dieu « ne le sauve, que les jeux et les pipeurs ont perdu, disait de « lui Gui Patin, avec quelque sympathie. Il méritoit une meil- « leure fin ; car c'étoit un honnête homme et très savant. » Chapelain est plus explicite encore et moins indulgent. Il mandait successivement les phases de cette mésaventure à Nicolas Heinsius, avec qui Brienne correspondait auparavant. « Une « friponnerie de jeu, écrivait Chapelain en parlant de Brienne, « à laquelle on a prétenduqu'il étoit entré pour une partprin- « cipale, a trouvé le Roi facile à se le persuader et l'a porté à « lui envoyer commander de se retirer de la cour, ce qui seroit « peu de chose, les rélégations de gens de cet âge ne durant « pas d'ordinaire longtemps ; mais ce qu'il y a de pis est que « Sa Majesté s'est fait entendre qu'elle ne se serviroit jamais de « lui en la charge de secrétaire d'Etat, dont il avoit la survi- « vance et que même elle vouloit qu'il s'en défit. »

Chapelain, comme on le voit, est exactement informé. Tout en affectant de plaindre le jeune homme, il en apprécie le cas : « Ce n'est pas que sa conduite fût trop bonne, et que d'ailleurs « même dans les choses louables, comme est la passion qu'il a « pour les Muses, il n'ait agi peu considérément. Que peut-on « juger en effet du jugement d'un homme qui méprise le style « de Cicéron et qui n'en voit de bon que celui de Tacite, qui « met Prioleau au delà de tous les écrivains, qui se pique d'en « écrire la vie et qui se rend le publicateur des poésies de Made- « lenet? » Ainsi, d'accord en cela avec Boileau pour l'unique fois de sa vie. Chapelain compte l'amour immodéré du latin au nombre des causes du déséquilibrement de Brienne. Mais Chapelain n'était ni généreux ni désintéressé : il abandonne Brienne disgracié comme il a renoncé à Foucquet malheureux ; ses hommages vont à Colbert, dont l'autorité grandit et qui tient la bourse des pensions et des récompenses.

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