‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 23 sur 142 · INTRODUCTION. XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXIII

pagnie de Claude Lancelot, un voyage à Alet, auprès du saint évêque Nicolas Pavillon, alors relégué dans son modeste diocèse du Languedoc, proche Narbonne, et persécuté par Louis XIV pour ses opinions jansénistes. Beaucoup d'autres y allèrent dans la suite, et cette visite devint une sorte de pèlerinage ; mais Brienne et Lancelot sont à la tête de ces pieux voyageurs. Ils s'y rendirent en 1667 et, par Vézelay, Cluny, Lyon, Genève. Annecy, la Grande-Chartreuse, Avignon, traversèrent presque toute la France pour voir le pasteur ferme et charitable de ce troupeau lointain. Brienne fut, comme on s'en doute, un peu fantaisiste dans la route, autant qu'on le peut deviner dans la relation très discrète que Lancelot en a laissé. Et Pavillon accueillit avec douceur ce personnage étrange, essayant, semble-t-il, de lui inspirer quelques sages exemples, refusant d'accepter une générosité trop ostentatoire et prêchant le mérite du silence et les dangers de la parole, même au service de Dieu.

Si elle fut donnée, cette leçon détournée ne servit guère. Revenant à Paris, Brienne passa par Clermont-Ferrand et ne manqua pas daller voir la famille Périer, Gilberte Pascal et Florin Périer, la sœur et le beau-frère de Biaise Pascal. On pensait alors à l'impression des pensées laissées par celui-ci sur la religion. C'était une trop belle occasion de se mettre en avant et d'offrir ses services. Brienne n'y manqua pas. Un petit nombre d'amis intelligents et zélés avait été chargé par la famille de préparer, de concert avec elle, la mise au jour de ces fragments. Brienne voulut être de ce petit nombre et s'y efforça de toute la ténacité de sa manie. Précisément sa santé était meilleure quand, vers octobre 1668, la famille Périer se décida à faire part au public des trésors qu'elle possédait et quelle voulait, autant que possible, donner tels qu'elle les avait. Les amis de Pascal n'étaient pas suffisamment sensibles, suivant elle, à l'émotion éloquente qui émane de fragments que le temps n'avait pas permis de parfaire.

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