XXIV INTRODUCTION
Elle souhaitait les soumettre aux lecteurs comme ils étaient, d'abord pour ne pas éveiller le moindre doute sur leur authenticité, ensuite pour ménager à tout le monde la conviction prenante qu'elle avait été la première à ressentir en découvrant, en rassemblant ces morceaux. Au contraire, les amis de Pascal, plus soucieux de goût et d'arrangement, auraient voulu présenter son œuvre avec plus de logique apparente, lui faire de-ci de-là une petite toilette préliminaire, qu'ils estimaient nécessaire à la réputation de l'auteur. Et Brienne était le plus ardent à penser ainsi. Il s'en expliquait avec chaleur, dans une lettre étendue, chargée d'incidentes et de redites, qu'il écrivait, le 7 décembre 1668, à M""' Périer, à ce sujet : « Il est certain, « lui mandait-il, que vous avez quelque raison, Madame, de « ne vouloir pas qu'on change rien aux pensées de M. votre « frère. Sa mémoire m'est dans une si grande vénération « que, quand il n'y auroit que moi tout seul, je serois entiè- « remeut de votre avis, si M. de Roannez et ceux qui ont pris « la peine de revoir ces fragments avoient prétendu substituer « leurs pensées à la place de celles de notre saint, ou les chan- « ger de manière qu'on ne pût pas dire sans mensonge ou sans « équivoque qu'on les donne au public telles qu'on les a trou- « vées sur de méchants petits morceaux de papier après sa « mort. Mais comme ce qu'on y a fait ne change en aucune « façon le sens et les expressions de l'auteur, mais ne fait que « les éclaircir et les embellir, et qu'il est certain que, s'il vivoit « encore, il souscriroit sans difficulté à tous ces petits embel- « hssements et éclaircissements qu'on a donnés à ses pensées, « et qu'il les auroit mises lui-même en cet état s'il avoit vécu « davantage et s'il avoit eu le loisir de les repasser, puisque « l'on n'a rien mis que de nécessaire et qui vient naturellement « dans l'esprit à la première lecture qu'on fait de ces frag- « mentS; je ne vois pas que vous puissiez raisonnablement, et