INTRODUCTION. XXIX
contraint par l'injonction de son supérieur, Brienne a dû quitter rOratoire, pour se livrer à une vie d'aventures.
Ce qu'elle fut nous pouvons le deviner. Affolé, dit-il, par les intrigues jansénistes, surtout en proie à sa manie coutumière, « le confrère joue détranges comédies », comme l'écrit Lancelot à Florin Périer, dont ils furent naguère les hôtes à Clermont-Ferrand. La préparation et la publication du Recueil de poésies chrétiennes et divej'ses dédié à M. le prince de Conti par 31. de La Fontaine, en fut une. Elle mit Brienne en piètre posture, car c'est lui qui choisit et qui prépara les pièces qui le composent. Mais depuis, il jugea — ou on jugea pour lui — que son « petit collet », c'est-à-dire sa qualité de confrère de l'Oratoire, l'empêchait d avouer publiquement la paternité de ce recueil, dans lequel il avait inséré le plus possible de ses propres vers. Aussi s'adressa-t-il, de concert avec la princesse de Conti, à un ancien confrère de l'Oratoire dont le nom était illustre en poésie, à Jean de La Fontaine, qui, trente ans auparavant, appartint quelques mois à la même congrégation et qui consentit à faire précéder d'une épitre dédicatoire, en vers de sa façon, au prince de Conti, les morceaux choisis par Brienne.
Cette opération s'était effectuée non sans difficulté sous le contrôle du vieux d'Andilly, qui n'entendait pas raillerie en matière de morale. Brienne, moins chatouilleux, eut fréquemment l'occasion de discuter avec son censeur qui jugeait avec trop d'étroilesse ce que l'autre mettait trop de facilité à accueillir. Brienne s'en plaint dans une note manuscrite où il fait ses doléances à propos d'une ode de Segrais : Au Roi sur Vaccommodement de Mademoiselle fait en même temps que celui de Rome. « M. d'Andilly, dit-il, ne voulut jamais permettre que cette « ode galante fût placée dans le recueil que M. de La Fontaine « a publié à sa prière et à la mienne ; et sur ce que je lui man- « dois que cette pièce ne contenoit rien qui pût choquer les