XXX INTRODUCTION
« oreilles les plus scrupuleuses et que M. de Vence [Godeau] « ne la désavoueroit pas sil l'avoit faite, il me répondit : « Osez-vous bien dire cela non seulement dun évêque, mais « dun chrétien, lorsqu'il sagit d'un recueil où il ne doit rien y « avoir qui ne porte à la vertu ? Confessez-vous ; j'en suis « scandalisé ». Voilà comment tous les jours il falloit être aux « prises avec ce bon, mais chagrin vieillard qui trouvoit du « péché à mettre dans des vers : la mère des charmes.
« Aussi a-t-il tellement défiguré mon recueil par ses dégoûts « et scrupules jansénistes, qu'il n"a pas eu l'approbation quil « auroit reçue s'il n'y avoit eu queM. de La Fontaine, M. Racine « et moi qui nous en fussions mêlés ; mais quand je le pour- « rai, j'espère bien de le refaire tout entier, à ma manière, ou « d'y ajouter au moins une quatrième partie et un jugement « sur les pièces contenues dans les trois premières, que jinti- « tulerai le Recueil du recueil, et auquel je mettrai en tète les « vers suivants que jai faits sous le nom de M. de La Fon- « taine. quoiqu'il les eût sans doute tournés plus galamment « que moi. si j'avois été en état de l'en prier. Jai néanmoins, « si je ne me trompe, tellement gardé son caractère que per- « sonne, si je ne l'eusse dit. neût su que cette dédicace fût « d'une autre main que la sienne. »
Et Brienne en profite pour transcrire cette pièce agréable, facile, mais qui na pas. quoi quen dise son auteur, laisance supérieure du modèle, dont elle pastiche seulement les procédés extérieurs. Du recueil imprimé, La Fontaine disait, dans sa dédicace :
Si le pieux y règne, on n'en a point banni Du profane innocent le mélange infini.
C'est l'intrusion de ce profane, que Brienne eût voulu prépondérant, qui gâta tout, ou, au moins, relarda l'impression.