‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 35 sur 142 · INTRODUCTION. XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV

que ce soit là que Brienne ait séjourné sans interruption pendant trois ans, quoi que puissent faire supposer deux lettres du cardinal de Retz à son intendant M. de La Fons, où il est question de la visite d'un M. de Loménie, qu'il faut essayer d'éviter et que rien ne prouve être le nôtre. Mais, à Schwerin, la conduite de Brienne ne s'amende pas et on lui impute de fort vilaines choses, « trouvant des crimes, écrit Bidal, qui me <-<• font dresser si peu de cheveux qui me restent, et, en vérité, « ce bon seigneur est à plaindre d'être sujet à des foiblesses si « extraordinaires et qui surpassent bien les impromptus. Je « n'oserois croire, ajoute Bidal, ni vous déclarer le principal ; « vous pouvez l'imaginer et le tenir en vous ». Malgré cela, Bidal n'obtint pas et semble n'avoir jamars obtenu les instructions qu'il réclamait pour pareraux frasques d'un déséquilibré, dont on dédaignait les paroles et les actions. Sans doute on les eût dédaignées jusqu'au bout, si, le Roi se préparant à attaquer la Hollande, sa politique n'eût été d'isoler son adversaire de l'Allemagne et de s'attacher le plus de principicules germaniques qu'il pouvait. Pour cela, Louis XIV dut recourir à la bonne volonté du duc de Mecklembourg, et, à la fin de décembre 1671, celui-ci rentrait dans ses états en compagnie de sa femme, Isabelle de Montmorency, la veuve du duc de Chàtillon, qu'il avait épousée quelques années auparavant et qui n'avait pas encore vu l'Allemagne.

Il faut le reconnaître, ni le caractère ni l'entourage du duc Christian-LouisdeMecklembourg-Schwerin,roi des Vandales, n'étaient faits pour remettre d'aplomb un cerveau qui ne l'était pas. Le prince, personnage falot, inconsistant et versatile, non sans agréments physiques, mais dépourvu de jugement, était obstiné et ladre par surcroit. Sa femme l'avait accepté par calcul, pour jouer un rôle politique dont rêvait cette intrigante et que d'autres alliances ne pouvaient lui permettre.

XXXVl INTRODUCTION.

Coquette et facile sous la Fronde, l'âge l'avait menée à l'ambition, pour la conduire plus tard jusqu'à la dévotion. Elle devait, d'ailleurs, payer cher cette autorité dont elle était vaine. Brienne en fut-il amoureux ? On l'a dit; mais ce ne put être, comme on l'a pensé, la cause de sa venue à Schwerin. Pourtant il est possible que, plus tard, quand la duchesse fut fixée à Schwerin, où Brienne résidait déjà, quelque familiarité se soit nouée entre eux, quoique la duchesse préférât alors, très naturellement, les hommages d'adorateurs plus jeunes et mieux plaisants. Cette petite cour raecklembourgeoise était fort étrange et le prince qui la régentait brutal et cruel, jaloux de l'autorité de la Française que son mariage y avait introduite. Il est vrai que celle-ci ne se montrait pas des plus habiles et contrecarrait volontiers les desseins de son ami.

Bien que M""* de Mecklembourg ait eu tout récemment des historiens très informés, il serait mal aisé de redire les traverses de son ménage, si une correspondance inemployée, d'elle à son confesseur, le docte et pieux bénédictin Dom Luc d'Achery, ne fournissait quelques détails sur cette union orageuse. On trouve Brienne mêlé à ces difficultés et le contraire serait étonnant, avec la nature d'esprit qu'on lui connaît. Par exemple, il y avait à Schwerin, un certain frère morave nommé Eguefeld, qui, après avoir été le favori et le factotum du prince, lui avait déplu et avait été très barbarement emprisonné par îui. Quand la duchesse arriva à Schwerin, elle trouva ce prisonnier dans un cachot depuis six ans. Elle se mit en tête d'obtenir la grâce du reclus et la reçut en don de joyeux avé nement; mais lui ne voulut pas sortir tout de suite de prison, prétextant que sa punition n'avait pas été suffisante. C'était un illuminé, qui ne parlait que de Dieu et de sa justice, et qu'on allait entendre dans son cachot. Notre Brienne ne fut pas des derniers. M""* de Mecklembourg constate, dans sa

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