INTRODUCTION. XLV
tort sans doute. La véracité de Brienne parait hors de conteste. Il a une mémoire excellente et sa vivacité d'esprit, qui est réelle, ne s'exerce pas à imaginer des situations extraordinaires, pas même à les agrémenter par la trouvaille de Texpi'ession. Ce qu'il sait ou ce qu'il croit savoir, il le dit tout uniment, sans forcer la noie, se contentantde l'originalité de la situation exposée.
Ce n'est pas une raison, parce que nous ignorons la source orale où Brienne a puisé, quand il ne parle pas d'après son propre souvenir, pour mettre en doute sa bonne foi. C'est le propre des extravagants, quand ils prennent la parole ou la plume, de dire ce que de plus sensés tairaient : ils servent ainsi à mesurer les convenances de leur temps, et, parce qui choque en eux, on juge de la limite de ce qui est admis ou malséant. Remercions-les de cet enseignement et usons-en, à l'occasion. A cet égard, on pourrait regretter que l'œuvre de Brienne n'en contienne pas davantage. Mais sa spontanéité va en s'affaiblissant et elle est moindre encore, sans doute, dans la partie de ses souvenirs que Brienne rêvait de consacrer à son passage aux affaires. Peut-être ne rédigea-t-il pas complètement celte partie ; mais il avait revu dans ce sens sa correspondance, et celte adaptation qui semble à peu près complète, montre un plus grand souci de rései've et de raison contenue que les précédentes parties n'en faisaient prévoir.
Au contraire l'équilibre devait manquer dans une série d'écrits que Brienne composa tout au début de son internement, au moins sous leur forme première, et qui paraissent égarés aujourd'hui. Ce sont ses écrits sur le jansénisme, qu'il rendait responsable de ses malheurs. Sainte-Beuve rechercha longtemps ces écrits, et avec méthode, sans parvenir à les retrouver. On n'a pas été plus heureux que lui. On n'en possède toujours que des extraits fort décousus, bons tout juste