INTRODUCTION. XLIX
l'Élargissement et la fin
Bref, écrivant sans cesse et passant avec désinvolture d'un sujet à l'autre, d'un poème sur les fous enfermés avec lui à Saint-Lazare ou d'un autre sur Versailles, à un traité de la vie chrétienne, notre prisonnier coula ainsi, plus ou moins patiemment, une quinzaine d'années de réclusion, occupées à des besognes que nous ne connaissons pas toutes. L'internement, la contrainte d'une vie surveillée rendirent le calme à son esprit et lui restituèrent une raison qu'il perdait seulement par accès. Lui-même se rendit compta de cette amélioration dans son état, car il songea à se faire élargir de Saint-Lazare et s'y prit avec assez d'habileté pour réussir. Le28 janvier 1692, il allait y avoir dix-huit ans révolus depuis le jour où Brienne avait été conduit parmi les pensionnaires de ce lieu, quand il s'avisa, le 24, de s'adresser à Louis Phélypeaux de Pontchartrain, secrétaire d'État depuis 1690, sous prétexte qu'il était en difficultés avec un fermier récalcitrant : « Si je suis insensé, disait-il, car on « ne peut m'avoir interdit que sous ce prétexte, je dois être « déclaré tel par un juge en personne, et nullement sur un « avis des parents qui pouvoient alors avoir des motifs de poli- « tique et d'intérêt pour me traiter de la sorte, moi absent. » Et il ajoutait : « Il s'agit uniquement de savoir si j'ai perdu la « raison ou non. Et quand même il seroit vrai que mon cha- « grin m'eût fait faire des démarches irrégulières, si Dieu m'a « redonné ma pleine raison, les lois me sont favorables, et je dois « être jugé sur la situation présente de mon esprit et non sur « mes fautes passées. »