‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 45 sur 142 · INTRODUCTION. LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LI

bienveillantes du Roi. Mais la visite du lieutenant civil troubla le prisonnier, en l'interrogeant sur des événements vieux de plus de vingt ans, et surtout en lui faisant entrevoir les dispositions de la famille et des Lazaristes. Pour éviter toute complication, Brienne écrit aussitôt à Pontchartrain, le 7 février, et lui rappelle qu'il ne s'agit, pour le moment, que de la levée de son interdiction : « Je resterai partie au procès contre mon « fermier, déclare-t-il. Je n'insiste à la cassation de ma pré- « tendue interdiction que dans la vue de rendre un très impor- « tant service à mes enfants, en faisant voir que je ne suis « pas tel qu'on l'a publié, et qu'afm d'être en état de disposer « par mon testament de la somme que je me suis réservée. »

Mais la famille s'agite, secondée par les Pères de la Mission, affectant toujours de croire leur pensionnaire incurable. Quoique Brienne ait eu à souffrir, dans sa réclusion, de la sévérité de ses gardiens, il n'ose récriminer, craignant pis de leur part. Il affecte donc de désirer rester encore à Saint-Lazare, à quelques, adoucissements près, comme il le dit. Les dispositions du ministre ne sont pas douteuses ; mais, en dépit de l'intention, elles peuvent être contrariées, sinon annulées, par le manque d'empressement des gardiens. Brienne sent le danger et s'efforce d'y parer, dans une lettre du 16 février, courte et directe, à Pontchartrain : « Je vous supplie. Monseigneur, les larmes « aux yeux, lui écrit-il, de détourner par votre charité, dont « j'ai déjà reçu tant de preuves, l'orage dont je suis menacé ; et « de vouloir, s'il vous plaît, adresser àM. Joly — le supérieur « de Saint-Lazare — la réponse dont j'espère que vous vou- « drez bien honorer encore une fois. Monseigneur, votre très « humble, très obéissant et très obligé serviteur. » C'était un cri d'alarme trop sincère et trop spontané pour manquer de toucher celui à qui il s'adressait.

Brienne ne fut pas longtemps à être rassuré sur le sort de sa

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