LIV INTRODUCTION
« ne pas souhaiter qu'il s'appliquât à quelque chose dont l'uti- « lité fût plus étendue et le travail moins casse-tête. Je crois « aussi qu'on lui doit faire entendre doucement qu'il sera bon « de s'interdire entièrement la composition des vers. Elle lui a « fait autrefois beaucoup de tort. « INIais le conseil était plus facile à donner qu'à faire suivre, car Brienne, comme on le voit, en retrouvant l'usage de sa raison et une liberté relative, avait conservé sa graphomanie.
Elle lui avait été trop salutaire pour y renoncer ainsi. Pourtant , il semble avoir voulu éviter l'emploi de la poésie. Sa curiosité d'esprit s'exerce alors sur les beaux-arts et n"a pas moins d'inconvénient. A vrai dire, Brienne avait plus d'une prétention : s'il paraissait abandonner la pratique des vers, c'est qu'il lui convenait de faire étalage de ses dispositions de critique d'art, d'autant qu'il avait obtenu la disposition de quelques-uns de ses tableaux. Toujours ils avaient été présents à son imagination et elle s'exerçait volontiers à les commenter. Avant ses déboires, Brienne avait composé, pour l'abbé de La Chambre, un traité de la Curiosité, que les événements l'obligèrent à dédier plus tard au duc Christian-Louis deMecklembourg, pour mieux capter ses bonnes grâces. A Saint-Lazare. Brienne était revenu sur le même sujet, dans un écrit aujourd'hui perdu, dont on ne connaît que quelques fragments, qui roulait sur la sculpture, la gravure, l'architecture, la peinture, les médailles, et qui était dédié à l'académicien Charles Perrault. Plus indulgent que Boileau et moins absolu dans ses préférences, celui-ci ne craignait pas de correspondre avec le prisonnier et de discuter ses idées : « On voudroit même, lui disait « Perrault, qu'il vous prit envie de vouloir faire les portraits « des curieux de tableaux de votre connoissance ; mais on n'ose « vous demander cette grâce, parce qu'on craint de vous cau- « ser de la fatigue en ce temps où vous avez plus besoin de