‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 57 sur 142 · C'est-à-dire Richelieu · texte numérisé non relu

C'est-à-dire Richelieu

son régent ; ainsi le Roi n'étoit pas longtemps sans rechercher M. de Chavignyqui alors se faisoit prier. Telle étoit la cour de Louis XIIÏ. Sa défiance naturelle et l'empire que le Cardinal avoit pris sur son es[)rit le tenoient dans une dépendance continuelle de Son Éminence et de M. de Chavigny, son confident. Cependant, comme j'ai dit, le seigneur Giulio rendoit de grandes assiduités à M. et à M"" de Chavigny. Il ne revenoit point d'Italie sans leur apporter de petits présents qui entretiennent, dit-on, l'amitié, surtout auprès d'une femme qui les aimoit extrêmement et qui étoit accoutumée à recevoir plus qu'à donnera II arrangeoit lui-même les vases et les morceaux d'agathe, de cornaline, d'émeraude, de nacre de perle et semblables curiosités dont elle avoit fait un amas considérable. Les petits soins que cel habile courtisan et ce grand politique rendoit à M. de Chavigny et à sa femme le firent enfin cardinal de la nomination de France, chose fort extraordinaire dans un sujet du roi d'Espagne ; mais ce fut cela même qui détermina le cardinal de Richelieu â l'attacher à la France. Le seigneur Giulio appeloit alors JVP'' Bouthillier sa mère et M. de Chavigny son père et son patron. Celui-ci qui aimoit l'encens et les caresses regardoit le nouveau cardinal comme sa créature, et par conséquent comme son meilleur ami . Moi qui ai fort étudié le cardinal Mazarin, je juge assez que personne n'étoit plus capable que lui de plaire et de se faire aimer quand il levouloil ; je ne l'ai connu que dans sa plus haute élévation, mais il charmoit et enlevoit les cœurs par son éloquence et

i. Brienne l'a déjà dit (voy. t. I, p. 293).

par ses honnêtetés, quand cela lui étoit utile, car autrement il faisoit peu de cas des gens et exerçoit beaucoup la patience des personnes qui ser voient le Roi sous les ordres de son premier ministre. Mais ce n'est pas encore ici le lieu de parler de lui. Ils furent fort liés d'amitié et d'intérêts, lui et M. de Cliavigny, jusqu'à la mort de Louis XIII ; mais les démarches qu'ils firent de concert pour ôter la régence à la Reine (coup de la plus raffinée politique du cardinal Mazarin ^ qui savoit bien par où se raccrocher avec elle) furent la cause de la ruine de mon beau-père, que le Cardinal abandonna pour s'attacher, par l'entremise de M. de Brienne, mon père, uniquement à la Reine, qui le rétablit et lui donna toute sa confiance. Ce coup de partie valut à mon père la charge du pauvre M. de Chavigny, qui se vit sacrifié par celui qu'il avoit élevé à l'honneur de la pourpre et du ministère. On commença par ôter la surintendance à M. Bouthillier, et ensuite la Reine obligea M. de Chavigny, qu'elle avoit sujet de n'aimer pas, à se défaire de sa charge de secrétaire d'État entre les mains de M. de Brienne. Alors M. de Chavigny qui avoit de grandes ressources fit bonne mine à mauvais jeu, et, comme il étoit chancelier de feu M. le duc d'Orléans, oncle du Roi, qui pendant la minorité faisoit une fort grande figure à la cour, il ne pensa qu'aux moyens de se venger de l'infidéhté que le Cardinal venoit de lui faire. En effet il fut son plus redoutable ennemi. Le Cardinal mieux informé de ses intrigues qu'il ne pensoit le fit arrêter et cela

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