‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 72 sur 142 · Brienne écrit Vanvres, comme c'était l'usage aIor · texte numérisé non relu

Brienne écrit Vanvres, comme c'était l'usage aIor

2. Le manuscrit porte fautivement de Tlnon. Il s'agit de Louis-Auguste de Thou (1609-26 septembre 1677), président aux Enquêtes, puis (1657) ambassadeur en Hollande, grand ami de Brienne. Il possédait effectivement une résidence à Vanves, ainsi qu'en témoigne une quittance du 23 juillet 1669, citée par Fernand Bournon, Notice historique sur Vanves, 1901, in-S, p. 12.

3. Charles de Sainte-Maure, marquis puis duc de Montausier (6 octobre 1610-17 mai 1690), gouverneur du Grand Dauphin (1668) et que ses qualités de franchise et de droiture ont rendu fameux. On prétend que Molière a songé à lui en composant le Misanthrope. — Dans sa lettre du 22 mars 1663, à Nicolas Heinsius, Chapelain fait allusion à ce rapprochement de Paris. « Le jeune M. de Brienne, dit-il, s'est rapproché de Paris, mais n'a pas encore permission d'y rentrer et bien moins d'y faire sa charge, dont ses amis sont très mortifiés, n'osant presque se promettre son rétablissement à cause de la fermeté que le Roi montre dans toutes les résolutions qu'il a prises une fois. » [Lettres, t. II, p. 298.)

d'État, et de me cacher comme le cardinal de Retz, et de ne donner jamais ma démission ^ Ma femme m'inspira ce conseil, parce que ma charge étoit son amour et je puis dire sa folie. Et en effet, je n'eus pas plus tôt donné ma démission -, par la peur que

1. Ceci est encore confirmé par un passage très explicite de la lettre de Chapelain, du 12 avril 1G63, à Nicolas Heinsius : « Le jeune comte de Brienne, dit-il, que vous plaignez dans son malheur, bien éloigné de le voir adoucir, l'a vu accroître de moitié depuis mes dernières, car enfin le Roi lui a commandé de se défaire de sa charge en faveur de M. de Lionne, et la résistance qu'il y fait en se cachant ne sert qu'à aigrir contre lui Sa Majesté, laquelle, en ayant le consentement du père, dont il n'a que la survivance, passera outre, si le fils s opiniâtre, et revêtira du secrétariat celui qu'Elle a destiné à cet emploi. On m'a encore assuré aujourd'hui que tous les vers latins qu'il a publiés et ceux qu'il vous a envoyés sont du Père Cossart, jésuite. Je sais bien du moins qu'il m'a dit lui-même, en présence de M. Huyghens le vieux, que la prosodie lui étoit du tout inconnue. Je le plains avec vous, mais principalement du tort que sa tête et ses passions effrénées ont fait à sa fortune et à sa maison à laqjielle plus d'une raison m'a attaché depuis trente années, et je ne viens à vous découvrir ses plaies que pour ne trahir pas notre amitié en vous dissimulant ce que vous devez savoir. Je pardonne à sa jeunesse les faux jugements qu'il a fait des auteurs anciens et modernes. » [Lettres, t. II, p. 301.)

2. La Gazette du 21 avril 1663 enregistre la démission de secrétaire d'Etat donnée par Brienne père et fils, et Loret, mentionnant le fait sous la même date, félicite en même temps Lionne de sa nomination. [Muae historique, éd. Ravencl-Livet, t. IV, p. 43.) Sur ce point encore, Chapelain est bien informé. « Je vous ai mandé, écrit-il à Heinsius, le 8 juin 1663, que M. de Lionne étoit revêtu de la charge de M. de Brienne. Nec injuria, vous y perdrez peu, et la bienveillance du dernier, quand il aurait pu conserver l'emploi, ne vous eût guère été avantageuse. Il s'est décrié à la cour et dans sa propre famille en par-

j'eus de perdre le peu de bien qui me restoit si je rompois mon ban, ce qui eût servi de prétexte à mes ennemis pour m'opprimer et ruiner entièrement mes enfants (j'avois déjà un fils et deux filles, ma femme étoit grosse d'un garçon dont on m'a caché ensuite le sexe pour diminuer ma douleur), en effet, dis-je, je n'eus pas plus tôt donné malgré moi ma démission, que ma femme devint inconsolable et mourut à quelques mois de là avec son fruit de pure douleur ^ Elle répandoit des larmes avec une si grande abondance que les draps de son lit en étoient tous trempés et que les mouchoirs ne pouvoient lui suffire. Elle remplissoit des serviettes entières et les mouilloit en un moment comme si on les eût trempées dans la rivière. C'est qu'elle avoit un cœur de reine, cette pauvre femme, mais elle avoit fort mal placé son amour 2. Je lui devins

tie pour une chose louable en soi, j'entends par sa passion pour les lettres, mais qui, vu nos mœurs corrompues et l'ignorance de nos courtisans, doit être découverte avec grande discrétion, qui ne veut pas tomber dans le mépris de se faire tourner en ridicule. » [Lettres, t. II, p. 306.)

1. Loret (t. IV, p. 117) date ce décès du 3 novembre 1663 et en profite pour aligner quelques vers d'éloges au souvenir de la défunte. La Gazette du 17 novembre enregistre que, dix jours avant, un service avait été célébré, en l'honneur de M™® de Brienne, à Auxerre, en l'abbaye de Saint-Germain, dont Charles-François de Loménie était abbé.

2. Dans le Recueil des portraits et éloges en vers et en prose, dédié à Son Altesse Royale Mademoiselle (Paris, Charles de Sercy et Claude Barbin, 1659, in-8), il y a (p. 167) un Fortraitde Madame la comtesse de Brienne, la fille, fait par elle-même On y apprend qu'elle était petite, avait la bouche grande, le nez fort. « Il est extraordinaire, dit-elle, et presque incroya-

insupportable et elle ne gardoit plus de mesure avec moi, comme si j'eusse été l'artisan de ma perte. Elle perdit peut-être son âme avec celle de son fils qu'on trouva dans son sein, où la douleur de la mère l'avoil étoufl'é par ses sanglots. J'en fus touché plus que je ne puis dire et qu'on ne le peut croire ; et sans délibérer davantage, et peut-être sans vocation, je me jetai, poussé par mon désespoir, comme un fou, dans l'Oratoire, où je ne fut pas plus tôt que je m'en repentis. Je ne pou vois me faire plus de mal que je m'en procurai par cette action précipitée. Dieu m'appeloit à la Chartreuse ^ et je n'obéis

ble, qu'étant jeune comme je suis, j'aie si peu d'afféterie et d'attachement à ma personne. Je ne suis point gaie ni extrêmement mélancolique. J'aime le monde, non pas en général, mais ce qui s'appelle le monde choisi. Les conversations des gens savants me plaisent. Je me connais bien en beaux esprits, en ceux qui sont galants et polis, et qui savent bien vivre, et distinguer fort bien ceux qui sont obscurs et pesants. J'ai un peu étudié et saurois plus que je ne sais, si j'avois voulu m'appliquer, car j'avois un particulier talent pour apprendre. Je n'aime pas assez la lecture, ayant une aussi heureuse mémoire que j'ai : ce n'est pas que je ne goûte les bons livres et que je n'aie connoissance de quelques-uns ; mais je suis trop paresseuse pour entreprendre quelque chose qui me gène. J'écris passablement et d'un style fort aisé. Je peins bien pour une femme et sais mieux l'orthographe qu'elles ne la savent d'ordinaire. Je parle peu et suis fort froide, si ce n'est avec les gens avec qui je suis libre. » Elle conclut ainsi : « Je suis heureuse, parce que je sais me satisfaire de ma condition, et si je suis à plaindre en quelque chose, c'est de ne pouvoir éviter les maux qu'elle engage de souffrir. »

1. Le 20 décembre 1G63, Chapelain écrit encore à Heinsius : « M. de Brienne se prépare à entrer dans la Chartreuse de Paris, dégoûté du monde après la perte de sa charge et de sa femme, et il est déjà retiré pour cela dans leur voisinage, chez

pas à sa voix. De là sont venus tous les malheurs de ma vie, la plus traversée qui fut jamais.

A peine fus-je entré dans l'Oratoire, que je m'aperçus que ce n'étoit pas là le lieu où Dieu m'appeloit ; cependant je fis bonne mine à mauvais jeu. Je m'y tins sept années durant dans un fort grand calme, et si le Jansénisme où je m'engageai fort imprudemment ne fût venu à la traverse, peut-être serois-je encore à Saint-Magloire où je me plaisois assez K Mais l'envie d'être chartreux gâta tout. Je ne fus ni chartreux ni Père de l'Oratoire. Inde tnali lahes. Voilà la source de tous mes malheurs. Il fallut sortir de France comme un fugitif et un proscrit et je n'y revins que pour me faire enfermer dans la prison du monde la plus honteuse, où j'ai pensé perdre le peu de raison qui me reste. J'ai passé trois hivers sur les bords de la mer Baltique^ .

les Pères de l'Oratoire. » [Lettres, t. II, p. 343.) Comme on le sait, le couvent des Chartreux de Paris, situé au sud-est du Luxembourg, sur l'emplacement actuel des allées de l'Observatoire, étoit voisin de l'Institution de l'Oratoire, aujourd'hui hospice des Enfants assistés, rue Denfert-Rochereau, 74.

1. Le P. Batterel dit à ce propos : « Il (Brienne) vint se mettre en retraite en notre maison de l'Institution de Paris, à la Toussaint de la même année 1663, et après avoir examiné pendant près de trois mois ce que Dieu demandoit de lui, il fut reçu parmi nous, le 24 janvier 1664. » [Mémoires domestiques, t. III, p. 265.) Si l'on en croit Chapelain et sa lettre du 24 janvier 1664, à Nicolas Heinsius, on ne croyait pas, au dehors, à la détermination de Brienne : « On m'a pourtant dit, il y a quelques jours, qu'il ne persistoit pas dans cette humeur noire et qu'il songeoit à combattre cette maladie de Bellérophon. » (Lettres, t. II, p. 347.)

2. Les hivers de 1670, 1671 et 1672 que Brienne passa dans les états du duc de Mecklembourg-Schwerin.

Je reviens sur ma bonne foi ; on m'exile; je romps mon ban, on m'enferme; je sors de prison, on m'y remet, et je n'en sors enfin que pour être de nouveau envoyé en exil. Tâchons de nous y tenir, de peur de pis.

Mon père et ma mère, qui vi voient encore \ me déterminèrent à entrer dans l'Oratoire ^, voyant qu'on ne vouloit pas me recevoir dans la Chartreuse de Paris. C'est une nouvelle obligation que j'eus à M. Le Tellier et au petit ministre le bigot Peletier, qui dirent que j'étois fou et qu'on ne me reçût pas. Cependant, au lieu d'aller postuler ailleurs, où j'aurois été reçu indubitablement, j'entrai dans l'Oratoire, et comme j'ai dit, je ne fus pas long-

1. Selon la Gazette, M™^ de Brienne mère mourut le 5 septembre 1665, dans sa 63® année, et Brienne père mourut le 13 novembre 1666, à 71 ans.

2. Le 2 février 1664, Loret mentionne cette entrée (t. IV, p. 160), qui, comme on l'a vu, avait eu lieu le 24 janvier précédent. Cette date est confirmée par une lettre, du 29 janvier, de Guy Patin à Falconnet. « Le comte de Brienne, ci-devant secrétaire d'Etat, après avoir perdu sa charge et sa femme, fille de M. de Chavigny, s'est enfin rendu père de l'Oratoire. Voilà un jeune homme perdu si Dieu ne le sauve, que les jeux et les pipeurs ont ruiné. Il méritoit une meilleure fin; car c'étoit un honnête homme et très savant. Il aimoit mon fils Charles au dernier point et l'euvoyoit quérir tous les jours. Il lui a fait une belle préface à &es Familiae Romanae. [Lettres, éd. Réveillé-Parise, t. III, p. 455.) En effet, en tête du recueil de Charles Patin : Familiae Romanae in antiquis numismatibus (Paris, 1663, in-folio\ on trouve : Liidovicus Henricus Lomé-' nius, Bricnnac cornes, Régi a consiliis, actis et epistolis, in Caroli Patini, doctoris niedici Parisiensis, Romanas familias praefatur. — L'achevé d'imprimer du livre est du 7 septembre 1662, ce qui confirme la débauche de latin faite par Brienne à cette époque.

temps sans m'en repentir ^ Tant que mon père vécut, on ne me dit rien. Je jouissois encore d'une pension considérable que je m'étois réservée sur la terre de Brienne, sans celle de Pougy^, que jen'avois pas encore donnée à mon fils. C'étoit du bien beaucoup plus qu'il n'en falloit pour vivre très honorablement dans l'Oratoire ; mais ma tête s'échaufFa à force de veilles, de jeûnes et de pénitence. Je voulois mener la vie de chartreux dans l'Oratoire, ce qui me jeta dans de très grandes insomnies. Enfin je succombai sous le faix de mes austérités mal réglées et je devins fort infirme. Je me cassai la tête (c'est le terme) et je devins inutile à toute sorte d'exercice régulier et fort à charge à moi-même et aux autres^. ,

1. Un nouveau passage de Chapelain confirme en partie ce que Brienne vient de dire. « Le jeune comte de Brienne, écrit-il le 29 avril 1664, à Nicolas Heinsius, est tombé sans ressource et s'est renfermé dans une des maisons de l'Oratoire de Paris sur le refus qu'ont fait les Chartreux de le recevoir dans la leur, craignant que leur profession ne fut trop austère pour lui. Ce ne seroit qu'un mal supportable d'avoirperdu sa charge, s'il avoit conservé sa réputation, et que sa chute n'eût pas été à litre de pipeur et de fourbe. C'est pourtant dommage, car il avoit de l'esprit et un grand amour pour les lettres dont il faisoit sa principale ambition. Voilà ce que c'est de n'avoir point dé cervelle et d'être indifférent au vice et à la vertu. » [Lettres, t. II, p. 360.)

2. Com. du cant. de Ramerupt, dans l'Aube, qui possédait un « château fort très considérable, dont le vaste emplacement est encore entouré de fossés très profonds ». Théophile Boutiot et Emile Socard, Dictionnaire topographique du département de l'Aube, 1874, p. 127.

3. Brienne fut expulsé de l'Oratoire. « Quelle qu'en soit la cause, il falloit que les effets en fussent bien singuliers et no-

Le bain et le lait me rétablirent un peu ; mais ma ferveur ne battoit plus que d'une aile. Enfin je me rejetai clans la curiosité des estampes et des tableaux pour me dédommager. J'en acbetai pour une somme de vingt mille livres: on en murmura. Ma bibliothèque m'avoit bien coûté quatre-vingt mille livres sans qu'on m'en eût fait un crime. On m'en fit un de mes estampes et je fus obligé de les rendre à Cliauveau ^ qui me les avoit vendues. C'étoit l'œuvre complète de Marc Antoine ^ dont j'avois payé six mille livres ou environ. Je perdis beaucoup sur mes autres estampes. Je donnai mes tableaux à mon fils avec ma belle et curieuse bibliothèque, en m'en réservant toutefois l'usufruit ma vie durant ^. On m'interdit, on m'en dépouilla.

toires pour obliger le P. Senault et son conseil à lui faire signifier cet ordre du 11 février 1670 : « Le confrère de Brienne sera prié de se retirer de la congrégation à cause de sa mauvaise conduite. » On n'en vient pas sans de bonnes raisons à de telles extrémités contre un sujet de cette condition. Il nous quitta le 12 juin de cette même année, et se jeta bientôt dans une vie entièrement dissipée » (Le P. Batterel, Mémoires domestiques, t. III, p. 271).

1. François Chauveau, graveur et dessinateur, né à Paris en 1621, mort dans la même ville le 3 février 1676.

2. Marco-Antonio Rairaondi, né à Bologne, vers 1488, mort vers 1530. V'^ Henri Delaborde, Marc-Antoine Raimondi, 1887, in-4.

3. Le catalogue manuscrit de cette bibliothèque, Bibliotlieca Lomeniana, 1668, est conservé à la Bibliothèque nationale fonds latin n° 10377. On lit à la fin : « Le présent catalogue, contenant cent vingt-cinq feuillets a été signé double par les parties et notaires soussignés, suivant le contrat de donation faite par Messire Louis-Henri de Loménie de Brienne, de l'Oratoire de Jésus, à Messire Henri-Louis de Loménie, son fils mineur,

Mon frère se la fit adjuger pour quatorze mille livres payables au mineur en quatorze années, quoique Léonard ^ ollVit de constituer une rente de vingt-quatre mille livres au profit de mon fils pour le prix de mes livres. On maria ma fille sans mon consentement au comte de Cayeux, second fils de mon beau-frère, cadet de Picardie -. J'étois enfermé alors à Saint-Lazare et condamné par avis de parents à la mort civile. On modifia ma pension à cinq mille livres, dont trois mille pour mon entretien et deux mille pour ma nourriture qu'ont touchées Messieurs de la Mission pendant dix-neuf années, ce qui fait trente-huit mille livres, et moi cinquante-sept mille livres dont je me suis refait petit à petit une nouvelle bibliothèque de sept à huit mille livres, de très

par devant Symonnet et Vincent, notaires auChàtelet de Paris, soussignés, dont la minute est vers ledit Vincent, ce treizième jour de janvier mil sis cent soixante dix, ledit présent catalogue ayant été présentement, à la réquisition des dites parties, coté et paraphé au bas de chacun des feuillets par lesdits notaires soussignés : Charles-Fraxçois, évéque de Coutances ; Phfxipeaux ; de Loméme-Briexne, de l'Oratoire de Jésus; de LoMÉN'iE, comte de Brienxe ; BoLCHATir» ; de Thou ; Symonnet ; Vincent. » Cette bibliothèque fut classée et le catalogue fut dressé par un prêtre parisien, Pierre Delaplanche, le 28 juin 1668. Le British Muséum possède (Harleian ms. 4638) le double de ce catalogue auquel est joint le contrat de donation.

1. Frédéric I" Léonard, originaire de Bruxelles, fut reçu libraire et imprimeur le 27 février 1653, adjoint au syndic de sa corporation en 1666 et imprimeur ordinaire du Roi en

2. Claude-Jean-Baptiste-Hyacinthe Rouault, comte de Cayeux, était l'aîné et non pas le cadet de la famille. Il épousa effectivement sa cousine germaine Louise-Madeleine de Loménie.

bons livres, qui me suffit pour mon usage et que j'augmente tous les jours considérablement de mon épargne. J'ai encore quelques tableaux, de la santé et de la joie malgré mes peines. O mon Dieu, que vous êtes bon ! Si vous ne m'aviez humilié si puissamment, je n'aurois jamais connu vos justices.

Mais comment trouver une transition de cet endroit si édifiant aux amours du Roi pour M™" de Montespan, sans révolter contre moi ce Dieu de bonté que j'implore ? Il faut le faire toutefois, et le faire sans l'offenser le moins du monde, ni le Grand Roi même dont je me suis engagé de parler ^

Pour cela je n'ai qu'à dire que si Louis le Grand pécha comme David, Dieu lui a fait la grâce d'imiter ce Roi, l'un des aïeux de son fils, dans sa pénitence ; et si M"'^ de Montespan, femme d'un esprit charmant, mène une vie très édifiante, à tout péché miséricorde. Mais ce n'est pas cela que le lecteur attendoit de moi ; j'en conviens. Mais quoi? il y a des choses sur lesquelles un historien doit tirer le rideau.

Je dirai seulement, car ceci peut édifier, qu'il est plus admirable, à l'âge où le Roi se trouve et dans la haute fortune à laquelle le ciel a élevé ce grand

1. Brienne passe un peu bien rapidement sur tous ces faits; et puisqu'il voulait philosopher, à l)on propos, peut-être y avaitil une meilleure occasion de le faire — et plus justement — en les retraçant sommairement. A ceux qui voudront connaître en détail les intrigues qui poussèrent le Roi des brasde La Vallière dans ceux de Montespan, il sullil de rappeler l'ouvrage de MM. Jean Lemoine et André Lichtenberger, De La Vallière à Montespan, s. d., in-8.

héros, de se retirer du péché, comme Dieu lui en a fait la grâce, que de prendre Mons et Namur. Il a rencontré une seconde Esther qui l'a retiré du naufrage. Elle est digne, cette Esther, de toute louange, et outre que je lui ai obligation en mon particulier, je l'ai toujours fort honorée et je ne crains point de dire que M™* de Maintenon dut être comparée à sainte Clotilde qui retira Clovis de l'erreur de l'idolâtrie ^ chose plus facile à faire que ne l'étoit de retirer un prince aimable, et toujours heureux, de l'adultère. La pauvre Fontanges ^ fut la victime qu'il immola à l'amour. Elle en fit les funérailles et tomba comme une hécatombe aux marches de l'autel de ce dieu des malheureux amants. Voici un langage bien différent de celui que je tenois tout à l'heure. Qu'on s'en prenne au fils de Vénus, dont on ne doit parler qu'en termes poétiques et fabuleux, puisque en effet son culte est si nuisible aux hommes encore plus aveugles que lui. C'est tout ce que je dirai des amours du Roi.

1. Avec son ordinaire manque démesure, Brienne ne sent pas le peu de convenance qu'il y a à comparer successivement M™* de Maintenon à Esther et à sainte Clotilde. Guidée sans doute par quelque pensée religieuse, M™* de Maintenon apporta, pour la faire aboutir, l'habileté et l'adresse de la diplomatie la plus féminine,

2. Marie-Angélique Scoraille deRoussille, duchesse de Fontanges, fille d'honneur de Madame, qui inspira une vive passion au Roi, y céda bientôt elle-même et mourut à vingt ans au monastère de Port-Royal, le 28 juin 1681.

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