TROISIEME MEMOIRE
Qui sera tout de la vie du Roi Et de son règne glorieux
[article premier] [Des conquêtes et des vertus de Louis le Grand.]
Parlons d'abord de ses conquêtes et de ses vertus. Ce champ est bien vaste à la vérité et comme je ne suis plus du monde ni de la cour, il ne m'appartient guère de pénétrer dans les secrets de ce plus habile roi du monde, le plus craint et le plus aimé. La politique a moins de part à ses conseils que la justice et la religion. Il défend et protège un roi, son cousin germain, opprimé par son gendre ^ et en même temps il soutient seul la cause de l'Église contre le schisme et l'hérésie. Dieu bénit visiblement la justice de ses armes. On lui reprend Namur sa conquête ^ ; et peut-être que Dieu n'a permis ce léger échec que pour couronner de nouveau, en le reprenant avec plus de gloire, que la première fois,
1. Jacques II, roi d'Angleterre, battu et détrôné par son gendre Guillaume, prince d'Orange, qui fut roi sous le nom de Guillaume III. On trouvera les circonstances de cette lutte exposées avec beaucoup de profondeur par M""* de La Favette, dans ses Mémoires delà cour de France pour les années 1688 et
2. Prise par Louis XIV le 5 juin 1692, elle fut reprise par le prince d'Orange le 'i août 1(395.
les exploits de ce saint héros qui combat pour la défense des rois et de la religion, inséparables l'une de l'autre dans cette guerre où la maison d'Autriche, qui se pique d'être si catholique, n'a pas rougi de honte d'entrer contre l'unique prolecteur et défenseur de la foi. Quel opprobre devant Dieu et devant les hommes pour un empereur qui tient toute s n autorité du Pape et pour un roi catholique qui a reçu l'Inquisition dans ses états.
Mais les choses doivent se traiter l'une après l'autre. Passons légèrement pour venir plus tôt au prince d'Orange, ce nouveau tyran de l'Europe, ce fléau de Dieu ; passons, dis-je, légèrement sur la première guerre de Flandres pour le maintien des droits de la Reine et de Monseigneur le Dauphin ^ ; sur la conquête de la Hollande que les mauvais conseils du marquis de Louvois ont f;iit perdre à Sa Majesté ; sur la conquête de la Hongrie par l'Empereur, contre les Musulmans, qui n'eût jamais été faite sansl'argent du Pape ; sur les bombardements de Gènes et d'Alger - qui nous conduiront insensiblement à l'invasion de l'Angleterre par le prince d'Orange. Ce sont là les sujets qui me restoient à traiter dans le chapitre qui finit mon second mémoire.
La guerre de Flandres dont on a tant parlé étoit plus spécieuse que juste, et le marquis de Louvois, tout bien considéré, fit très mal de la conseiller au Roi. L'envie qu'il avoit de régner dans la guerre lui fit faire cette faute qui jeta l'épouvante et la terreur