SONNET
Ce peuple que jadis Dieu gouverna lui-même, Trop las de son bonheur voulut avoir un roi ; Hé ! bien, dit le Seigneur, peuple ingrat et sans foi, Tu sentiras bientôt le poids du diadème.
Celui que je mettrai dans le pouvoir suprême D'un empire absolu voudra régner sur toi, Ses seules volontés lui serviront de loi Et rien n'assouvira son avarice extrême.
11 cherchera partout mille nouveaux moyens Pour te ravir l'honneur, la liberté, les biens ; Tu te plaindras en vain de tant de violence.
1. Jean d'Hesnault, né à Paris à une date inconnue, mort en 1G82, après une vie irrégulière et vagabonde. Il faisait les vers avec agrément et Boileau en convenait. On a de lui un petit recueil d'Œut'res diverses (Paris, Jean Ribou, 1670, in-12), et quelques autres pièces disséminées dans divers ouvrages collectifs, dont on trouvera le détail dans la Bibliographie de M. Lachèvre (t. H, p. 254 ; t. HI, p. 306; t. IV, p. 102). Le sonnet cité ici ne paraît pas lui avoir été attribué ni reproduit d'autre part.
Ce peuple en vit l'effet ; il en fut étonné. Ainsi règne aujourd'hui par les vœux de la France Ce monarque absolu qu'on nomme Dieudonné.
J'étois élevé auprès de lui, parmi ses enfants d'honneur, dès le temps qu'il portoit ce beau nom '. J'ai deux ans et huit mois plus que Sa Majesté, étant né le 13 janvier 1636, et elle le 5 de septembre 1638. Il étoit encore entre les mains des femmes, lorsqu'on me mit auprès de sa personne pour lui tenir compagnie. Ses divertissements ne respiroient que la guerre ; ses doigts batloient toujours du tambour, et, dès que ses petitesmains purent tenir des baguettes, il avoit devant lui une grosse caisse toute pareille à celle des Cent Suisses et frappoit continuellement dessus. Il n'avoit point de plus grand plaisir que celui-là. On nous faisoit faire, à mes camarades et à moi, l'exercice tous les jours en sa présence. C'étoit M""^ de La Salle, femme de chaml)re de la Reine Régente, qui nous commandoit, la pique à la main, et avec un air tout à fait militaire. Je croyois voir Thomiris, dont j'avois entendu parler à ma gouvernante. J'eus l'honneur d'accompagner le Roi dans tous ses voyages. Quand il fut en état de tirer, je lui fis présent d'une petite carabine, dont le canon étoit d'argent d'Allemagne damasquiné d'or de rapport et d'acier, proprement, et d'une très belle épée d'agathe, garnie d'or. Il me donna une arbalète dont j'avois envie et qui avoit été au feu Roi^.
1. Brienne a déjà expose au début de la première rédaction de ses Mémoires (t. I, p. 61) les faits dont il est question de nouveau ici.