‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 82 sur 142 · Voy. t. II, p · texte numérisé non relu

Voy. t. II, p

Ce n'est pas que je n'eusse la tête très forte ; mais l'excès du vin me faisoit mal, et je n'ai jamais aimé les débauches des Allemands. Je bus beaucoup en Danemark et je ne m'y suis enivré qu'une seule fois, dont je fus fort incommodé, ce qui depuis me rendit sobre en Suède et en Pologne. Je vis la Prusse en passant, et traversant la JJvonie et un petit coin de la Moscovie, je me rendis par Dantzick à Varsovie, où la reine Marie de Gonzague me reçut comme ayant l'honneur d'être son parent du côté de ma mère, de l'impériale maison de Luxembourg aussi par sa mère et de celle de Béon, cadet de Béon, par son père *. Je traversai toute la Pologne dans un carrosse du Roi, accompagné d'un gentilhomme de la Reine et comblé de très riches présents. Si j'eusse voulu recevoir des chevaux, les Palatins m'en offrirent une si grande quantité et de si beaux, de selle et de carrosse,

1. Brienne n'a pas poussé jusque là la traduction de son Itinéraire latin. Citons ici un passage de la Gazette au 29 mai 1655, qui concerne son séjour à Varsovie : « Le 22 du courant (avril), le comte de Brienne arriva en cette ville, où il a été fort bien reçu de Leurs Majestés Polonoises, la Reine ayant fait préparer pour son logement la maison canoniale du sieur de Fleury, son confesseur, où il est défrayé et servi par les officiers de Sa Majesté. Le roi de Pologne l'a régalé et diverti d'une chasse, et au retour lui a donné un diamant estimé plus de huit mille livres, avec six beaux tapis de Perse, et la Reine son portrait dans une boîte aussi garnie de gros diamants, du prix de vingt mille livres. Il a été ensuite visité par le nonce de Sa Sainteté et le vice-chancelier, qui l'a traité magnifiquement, de même que le grand trésorier et tons les principaux de cette cour, de laquelle il doit bientôt partir pour Cracovie dans les carrosses de Sa Majesté Polonoise, qui le veut faire escorter par ses dragons. »

que j'eusse amené en France, outre deux attelages, plus de quatre chevaux lartares infatigables et six autres des plus beaux coursiers turcs et polaques qui soient jamais sortis de Pologne, et des haras du Grand Seigneur. Ce sont les présents les plus ordinaires que font les Palatins de Pologne et les plus grands seigneurs qui sont tous presque Palatins, petits ou grands.

Je rentrai dans l'Allemagne au sortir de Cracovie, où l'évéque me régala superbement'. J'y rentrai, dis-je, par la Silésie et la Moravie. Je fis un tour en Bohême, et de là, par Vienne, je me rendis à Presbourg-, capitale alors de la Hongrie impériale, et je m'y trouvai pendant le couronnement de l'Empereur d'aujourd'hui, à qui les Hongrois déférèrent l'hérédité et la couronne de leur royaume.

De là je vins à Munich, en Bavière, puis à Augsbourg, et traversant le Tyrol, je me rendis par Trente, Vicence, Vérone, à Venise ^, où la République me fit le présent des ambassadeurs, qui fut des verres de cristal, quantité de confitures, de vins, de fromages, de liqueurs et deux grandes caisses de bougies. Je me rendis de là par Padoue et Mantoue à Florence, où je passai la canicule. Enfin je vins à

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