Le 8 décembre
que c'est que d'avoir peur. C'est son sang enflammé et qui bout dans ses veines qui l'emporte ; il ne sait ce qu'il fait. Un brutal peut être un fort grand coquin. Un homme sage qui voit tout et quiconnoît le danger et l'envisage dans toute son étendue, ce qui n'arrive guère que sur la mer, cet homme sage et de sang-froid qui voit la mort présente et ne s'en effraie point est brave sans doute. Croyez-vous, fanfarons, vous qui lisez ceci, vous qui, pour être habitués aux coups de mousquet et au bruit du canon, être braves pour cela ? Nullement. Vous l'êtes moins que moi qui ne fus jamais homme de guerre. Centmousquetades me siffleroient aux oreilles que je n'en frémirois pas de peur, ni ne baisserois pas la tête. J'ai donc cela de commun avec vous pour la fermeté de mon âme, sans avoir vu toutefois de mes yeux la mort présente aux champs de Mars. La véritable bravoure, selon moi, consiste à savoir qu'on est en péril de mort, à la voir, à l'envisager fort proche et presque inévitable, et cependant à ne la craindre ni la désirer. Un brutal, tel queLa Guillotière ', qui néanmoins étoit un fort brave homme, s'enveloppe la tête dans son manteau et se laisse couler à la mer le plus doucement qu'il peut, quand le vaisseau le Soleil d'or
1. Michel d'Aits, sieur de La Guillotière, maréchal de camp le 23 mars 1649. Il alla, en 1664, servir sous les ordres du comte de Gadagne et se distingua au siège de Gigeri. C'est au retour qu'il se noya (octobre 1664). Monglat dit que ce fut par accident. « Un vaisseau français, nommé la Lune, se perdit en vue des côtes de France et les dix premières compagnies du régiment de Picardie furent noyées avec La Guillotière, maréchal de camp, qui fut un surcroît de malheur » [Mémoires^ année 1664, coll. Petitot, 2* .série, t. II, p. 132).
OU d'argent prend l'eau dans le port de Toulon et est sur le point de faire naufrage. C'est un lâche qui a perdu la tramontane et qui a eu peur de la mort. Je me serois bien gardé de faire cela ;j'aurois lutté tant que j'aurois pu contre la mer : les flots, en faisant mon possible pour me sauver, m'auroient englouti. A la bonne heure. Mais je ne m'y serois point jeté la tête la première. C'est être fou. La vie est le bien le plus cher que nous ayons. Il faut la conserver autant que nous pouvons et ne l'abandonner qu'à la dernière extrémité. Pour être assuré de la bravoure et pouvoir s'en rendre témoignage à soi-même, il faut, comme le prince de Condé, s'être vu dans le combat en butte aux déterminés qui ont conjuré notre mort et les avoir tués de notre propre main, comme ce brave prince tua Fouilloux de la sienne à la journée du faubourg Saint-Antoine^. « En voici un, dit-il, qui m'approche de bien près. )> Fouilloux lui tire son coup de pistolet dans la cuisse, couverte d'une casaque volante. Le prince de Condé lui casse la tête et le fait tomber à ses pieds. Voilà ce qui s'appelle brave. Il a vu le péril, il l'a connu, il en a reçu la preuve sur ses armes, il tue sans s'effrayer et sans perdre le jugement le téméraire qui l'a voulu tuer. Voilà ce que j'appelle la bravoure et c'est sans doute être brave à toute épreuve. Le comte de Guiche ^ étoit encore un bon cavalier et sans