‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 88 sur 142 · juillet 1652. Voy. t. I, p · texte numérisé non relu

juillet 1652. Voy. t. I, p

2. Armand de Gramont, comte de Guiche, fils du maréchal de Gramont. Il fut exilé une première fois, en 1662, pour ses assiduités auprès de Madame, et une deuxième fois, en 1665, pour complicité dans une afTaire de lettre anonyme adressée à

reproche, tel que le chevalier Bayard, La Hire et Poton '. Biissy ri'étoit pas de cette trempe, ni M. le maréchal de Clérambault ; ils n'étoient guère braves que par raison, non plus que M. de Turenne qui ne s'est jamais exposé mal à propos aux mousquetades. Le comte de Grandpré ~ étoit un brutal achevé ; il n'a jamais eu peur de la mort ; il se seroit jeté dans un feu avec autant d'assurance que les poltrons se jettent dans la rivière qu'ils connoissent. Donc, pour en revenir au Roi qui veut qu'on le croie brave, je dis qu'il l'est devenu par raison et par habitude, comme cent autres qui le sont et ne laissent pas de craindre la mort autant que lui. Henri lY lacraignoit et l'avoit méprisée. Le prince de Condé n'étoit pas des plus intrépides avant que d'être échauffé par l'action. Dira-l-on qu'ils n'étoient pas braves ? On auroit tort. Ainsi je conclus que Louis le Grand est d'autant plus brave que, craignant la mort, il l'a tant de fois bravée et affrontée, et encore qu'il ne se soit jamais trouvé à une bataille, ni même à un combat, cela n'y fait rien. Il a essuyé des mousquetades en reeonnoissantBesançon, etle brave Cavoye ',

la Reine contre La Vallière. Il fut tout particulièrement brave au passage du Rhin et mourut dans la campagne du Palatinat, le 29 novembre 1673.

1. Pierre du Terrail, seigneur de Bayard ^1475-30 avril 1524). — Etienne de Vignolles, dit La Hire, mort le 11 janvier 1443. — Poton de Saintrailles ou Xaintrailles, mort à Bordeaux le 7 octobre 1461.

2. Charles-François de Joyeuse, comte de Grandpré, brigadier de milice en 1693.

3. Louis d'Oger, marquis de Cavoye, fut grand maréchal des logis. Il se distingua au passage du Rhin, où on le crut

qui est brutal et téméraire, fut blessé à ses côtés. Il a passé le Rhin dans un bateau : c'est que la dignité de sa personne lui défendoit de s'exposer aux forces de son cheval. Il auroit traverse ce fleuve redoutable de même que les plus intrépides s'il n'avoit pas été roi. Le prince de Condé auroit peut-être eu peur, s'il eut été obligé de passer le Rhin à la nage d'un coursier. Le duc de Chevreuse ^ le traversa en même

mort. Racine se plaisait en sa compagnie, ce qui provoqua cette remarque du Roi : « Cavoye, dit-il, croit devenir bel esprit, et Racine se croira bientôt un fin courtisan » (Abbé de Choisy, Mémoires, t. I, p. 26).

1. Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes et de Chevreuse, épousa le 3 février 1667, Marie-Jeanne-Thérèse Colbert, la fille aînée du ministre. On discuta sa conduite au passage du Rhin. « Le duc de Chevreuse, écrit le marquis de Saint-Maurice au duc de Savoie, le 2 septembre 1672, a maintenant une méchante affaire à la Cour et de mauvaise grâce pour sa réputation. Lorsque l'on passa le Rhin à la nage, il fut commandé de passer avec la belle et bonne compagnie de chevau-légers de la garde du Roi qui est de deux cents maîtres, et dont il en a acheté la lieutenance 700.000 livres. Il n'eut pas la hardiesse de se mettre dans l'eau et donna cent pistoles pour la traverser en bateau ; cette lâcheté, qui ôte le cœur aux troupes, a déplu au Roi qui lui a fait commander de se défaire de sa charge. M. Colbert son beau-père, travaille à le sauver, à faire qu'il garde sa charge ou à tout le moins qu'il ait celle de grandmaître de la garde-robe ; son crédit fera quelque chose, mais, quand il s'agit de lâcheté, le Roi n'a aucun égard au ministère, car enfin il regarde son service et la réputation de ses armes. On croit que si M. Colbert ne peut pas obtenir que le duc de Chevreuse garde ladite compagnie, que le comte de Guiche l'aura. Il a tout à fait l'honneur du passage du Rhin ; il le proposa au Roi et le tenta des pi-emiers. On remarque la modération du Roi en cette rencontre et l'estime qu'il a pour Monsieur le Prince, car, quand le comte de Guiche lui proposa ledit pas-

bateau avec La Salle ; on le railla fort, et cela ne fit aucun mauvais effet contre La Salle, dont la bravoure étoit connue * . De tout cela je conclus que le soldat ne se trompe guère et qu'il faut, puisqu'il loue l'in- Irépidité et la bravoure du Roi, que Sa Majesté soit brave et même intrépide, qui est ce que j'avoue ; mais cela ne fait pas qu'elle ne craigne la mort : c'est qu'elle a plus à perdre que moi.

Cantabit vacuus coram latrone viator ^.

La mort sans doute est un larron, et il faut être bien préparé à ce terrible passage (et on ne peut y être préparé que par une bonne vie), pour ne le pas craindre.

sage, il lui répondit qu'il n'étoit pas encore assez savant pour prendre cette résolution lui seul et qu'il falloit consulter Monsieur le Prince pour cela, ce qui fut admiré de tout le monde, et Monsieur le Prince fut quelque temps en doute si on se hasarderoit, mais le comte de Guiche fut si importun qu'on le lui permit et il en réussit glorieusement » [Lettres sur la cour de Louis XIV, publiées par Jean Lemoine, t. Il, p. 404\

1. Louis de Caillebot de La Salle et de Monîpinçon, capitaine aux Gardes françaises, puis enseigne des gendarmes de la garde, dont il eut, en 1666, la charge de lieutenant-capitaine, après la démission du maréchal d Albret. « II fit en cette qualité la campagne de Hollande en 1672, dit Le Pippre de Nœufville. Ses incommodités ne lui permettant pas de passer le Rhin à la nage, à la tête de sa compagnie, il s'embarqua sur une nacelle. En y entrant, il eut le déplaisir de voir son fils fort blessé, arriver dans un petit bateau. A peine eut-il le temps de le reconnoître et de le recommander à ses gens, parce qu'il falloit marcher et se séparer de lui » [Abrégé chronologique et historique de la maison du Roi, t. I, p. 444).

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