‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 89 sur 142 · Juvénal, Sat. X, v · texte numérisé non relu

Juvénal, Sat. X, v

De tout ceci je conclus que le Roi, dont je parle avec si peu de ménagement, est trop sage et trop judicieux pour s'en offenser. Les fils tiennent de la mère encore plus que du père. Son aïeul et le roi son père étoient braves. Le Roi l'est encore plus et cela lui vient de la fermeté et du grand courage de la Reine, sa mère, qui jamais en sa vie n'a eu peur de rien, sinon peut-être de la main du chancelier Séguier quand il eut la hardiesse de chercher et de vouloir prendre dans son sein la lettre du grand écuyer Saint-Mars, son compère prétendu ^ ; mais il ne la trouva pas, et le pauvre Monsieur le Grand ne laissa pas de porter sa tête sur un écliafaud. Or, elle eut peur ce jour-là. Le chancelier trouva ce qu'il ne cherchoit point ; ce fut une lettre de la princesse Anne de Gonzague * à la Reine, où elle parloit de toute autre chose que de conjuration avec les ennemis de l'État. Elle étoit la confidente des amours de la Reine avec celui qui passoit, disoit-on, pour être le père du Roi. Cela est encore bien équi-

1. Cet épisode si connu se place à la date du 22 août 1637. Victor Cousin dans Madame de Chevieuse et René Kerviler dans Le chancelier Séguier ont rétabli les faits à l'encontre des historiens et chroniqueurs contemporains, et il semble bien que Séguier n'ait pas eu le rôle qu'on lui a prêté. Il est vrai que La Porte parle (coll. Petilot, 2** série, t. LIX, p. 357) d'un autre incident, postérieur en date, où le chancelier aurait fait mine de rechercher une lettre compromettante que la Reine cachait dans son sein. Saint-Simon a maintes fois fait allusion à cet incident (Éd. Roislisle, t. I, p. 189 ; t. V, p. 241 ; t. XI, p. 291, etc.).

2. Anne de Gonzague (1616-1684), sœur cadette de la reine de Pologne, la princesse Palatine de Bavière, que Bossuet parvint à convertir.

voque et fort incertain. Quoi qu'il en soit, j'ai ouï dire à Louis le Grand une fois en ma vie : « Si le cardinal de Richelieu est mon père, je lui ai beaucoup d'obligation. Le soit qui voudra ; je suis Roi et fils d'une très grande Reine '. » Il ne feroit pas bon, à l'heure qu'il est, de s'entretenir de pareils propos avec lui ; mais en ce temps-là on en disoit bien d'autres et les triolets de la Fronde ne parloient d'autres choses. Le Roi n'étoit encore qu'un enfant, mais tout enfant qu'il fut, il avoit déjà du penchant pour la duchesse de Châtillon-. Aussi Benserade fit sur leur flamme naissante cette courante ^ :

Châtillon, gardez vos appas Pour une autre conquête ; Si vous êtes prête, Le Roi ne l'est pas.

Avec vous il cause, Mais en vérité Il faut autre chose Pour votre beauté Qu'une minorité "*.

1. Ce propos que Brienne affirme avoir entendu n'a d'autre garant que lui. C'est un propos de jeune homme que le Roi n'aurait pas dit plus tard, s'il le dit jamais à l'époque où on le rapporte.

2. Isabelle-Angélique de Montmorency, successivement duchesse de Châtillon et de Mecklembourg, dont il a été question ci-dessus sous ce dernier nom (p. 158). Elle avait onze ans de plus que Louis XIV, étant née en 1627.

3. C'est, proprement, un air de musique d'une mesure ternaire et triple. Mais, on appelle aussi coMran^e, dit Furetière, « tant l'air, que les pas qu'on fait dessus pour le danser, et même les paroles sur lesquelles on a mis un air de cette mesure ».

4. Le recueil de pièces satiriques connu sous le nom deMaurepas contient cette courante sous la date de 1657, mais sans

Rien de mieux ! Les héros ont toujours été amoureux de fort bonne heure. Comme on ne peut être amoureux sans être brave, car enfin un poltron n'a pas la hardiesse de dire à une belle femme qu'il a de l'amour pour elle, je conclus de la vie du Roi qu'il est brave et qu'il a eu trop de maîtresses et fait trop de conquêtes en guerre et en amour, pour n'être pas brave, qui est ce que j'avois à prouver.

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